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Algérie: Hamid Mebarki condamné à la perpétuité


La Tribune (Algiers)
 

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La Tribune (Algiers)

6 Mai 2008
Publié sur le web le 6 Mai 2008

Hasna Yacoub

Le procès de Mebarki Hamid, le principal accusé dans la mutinerie à la prison Serkadji, du 21 et 22 février 1995, et qui s'est terminée dans un bain de sang avec la mort de 96 détenus et de 4 gardiens, s'est rouvert hier pour la troisième fois en treize ans après son report en novembre dernier à cause du retrait de la défense.

Hier, et malgré un nouveau retrait des robes noires ainsi que le refus de l'accusé d'être auditionné à la barre sans ses avocats, le juge Boubetra a décidé de poursuivre le jugement de Hamid Mebarki en se basant sur la lecture des procès-verbaux liés à cette affaire. Ainsi, le procès d'une des plus grandes affaires qui a marqué les années de sang en Algérie n'aura pas permis de lever le voile sur beaucoup de zones d'ombre soulevées lors des précédents procès de l'affaire «Serkadji», et Hamid Mebarki a été condamné à la perpétuité par le tribunal après avoir bénéficié des circonstances atténuantes, le procureur général, dans son réquisitoire, ayant demandé la condamnation à mort.

A l'ouverture du procès et pendant plus d'une heure, une guéguerre procédurale s'est déclarée entre le tribunal, le ministère public et les avocats.

Dès l'ouverture de la séance, Me Mechri avait fait état de l'absence des témoins dont la demande de convocation a été formulée à maintes reprises par la défense. L'absence de témoins a d'ailleurs été l'unique cause du report de ce procès lors de la dernière session criminelle. Le procureur général rappelle alors le code de procédure pénale en déclarant qu'aucune demande n'a été formulée pour la convocation des témoins. Après débat et en se référant à l'article 273 du code de procédure pénale, le juge déclare que «le tribunal considère que les témoignages demandés ne sont pas primordiaux du moment que les procès-verbaux sont accessibles».

Les avocats avaient demandé le témoignage de Laskri Djameleddine (condamné à perpétuité dans l'affaire de l'explosion de l'aéroport) et de Abdelhak Layada (présent dans la salle). Ces deux hommes faisaient partie du groupe de détenus qui ont négocié avec les autorités durant la mutinerie. Ils ont également demandé la convocation de l'ancien directeur de la prison Serkadji et de son adjoint. Après ce refus, le juge annonce la constitution du tribunal criminel et la lecture de l'arrêt de renvoi est lancée. Coup de théâtre.

A la fin de la lecture de l'arrêt de renvoi et au moment où le président de séance appelle Mebarki à la barre pour son audition, les avocats demandent au juge le droit de formuler des requêtes. Commence alors la «bataille» des procédures. Le juge refuse d'accepter que les avocats fassent des requêtes orales et ces derniers insistent en affirmant qu'il ne s'agit en fait que de «remarques procédurales après la lecture de l'arrêt de renvoi».

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Me Amar explique alors au juge que la décision de la Cour suprême de renvoyer l'affaire de nouveau vers un tribunal criminel s'est basée sur le témoignage de l'ancien directeur de la prison qui avait déclaré que les quatre gardiens tués lors de la mutinerie avaient été «égorgés» alors que son client Mebarki, accusé de tentative d'homicide avec préméditation, n'est reconnu d'avoir fait introduire à la prison que des armes à feu. L'enjeu est important pour les avocats, il faut le souligner, puisque cela signifierait la suppression de ce chef d'accusation de tentative d'assassinat. Le juge insiste sur la procédure : «Vous voulez présenter votre requête dans la forme ou dans le fond ?» Le ton monte entre le président de la séance et certains défenseurs. Affronts et vexations.

C'est l'intervention de Me Bouchachi qui réussira à calmer un peu les esprits. Ce dernier tentera également d'expliquer au juge que le code de procédure pénale permet à la défende de présenter des requêtes après la lecture de l'arrêt de renvoi sur le contenu de ce document. La parole est donnée au procureur général qui ne parlera que droit. «C'est un tribunal criminel et toutes les requêtes doivent être formulées par écrit. Nous ne sommes contre la convocation d'aucun témoin, il aurait fallu respecter la procédure. De plus, Mebarki n'est pas jugé pour un seul chef d'accusation, il doit répondre à d'autres charges retenues contre lui.

Dans cette affaire, il n'y a pas que les quatre gardiens qui sont morts mais une centaine de détenus. C'est en l'auditionnant que l'on peut savoir s'il a fait introduire des armes à feu ou des armes blanches.» L'affrontement verbal ne se terminera qu'avec la décision des robes noires de se retirer, affirmant que leur client ne peut bénéficier d'un procès équitable sans la présence dans la salle d'audience des pièces à conviction ni des témoins. «Nous ne pouvons juger Mebarki en nous référant juste à des procès-verbaux», dira Me Tahri.

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