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Bénin: Faute de toilettes, les étudiants se soulagent en brousse
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L'Autre Quotidien (Cotonou)
6 Mai 2008
Publié sur le web le 6 Mai 2008
Maïfoux Nassirou
A l'Université d'Abomey-calavi, il n'existe pas de latrines publiques pour les étudiants des facultés d'enseignement. Souvent pris par le besoin en plein cours, ils sont obligés de se rendre le plus souvent dans la brousse. Il est très difficile de se mettre à l'aise sur le campus. Enquête sur une anomalie dans une université où cohabitent près de 55 milles âmes.
« Puisqu'il n'y a pas de toilettes, je m'abstiens dans la mesure du possible car je ne peux pas aller me mettre à l'aise dans la brousse » Solange Oké, troisième année d'Anglais. S'abstenir, se contenir, se faire des amis dans les résidences pour profiter de leurs toilettes quand ils le veulent bien, ou se diriger vers la brousse environnante, voilà les seules options qui s'offrent aux étudiants d'une université moderne se trouvant dans une localité urbaine en plein développement. La situation est marrante mais peu plaisante. «C'est un fait que nous déplorons depuis longtemps, mais rien ne change», se désole André Assé de l'Union nationale des scolaires et étudiants du Bénin (Unseb), qui reconnaît qu'il n'existe nulle part sur le Campus aucun endroit où les étudiants peuvent facilement satisfaire leurs besoins.
Le paradoxe à l'Uac est qu'il est prévu pour les élèves des Ecoles et Instituts de formation professionnelle des toilettes et des Wc communs, même si par endroit, l'état de délabrement poussé et d'insalubrité insupportable de ces derniers laissent à désirer à plus d'un titre. Surpris en train d'évacuer le contenu de leur vessie, non loin de leur salle de cours (Paillotes 1), quelques étudiants de la troisième année de la Faculté de droit se justifient. «Allons-nous uriner ici, s'il y avait des toilettes à notre disposition ?», demandent-ils avec un air de désolation. Que leur répondre ? En fait, le vrai problème est que ce comportement perturbe le bon déroulement des cours, comme le témoigne Lazare Hounsa, 1er responsable de cet amphi. «Les étudiants, surtout ceux qui restent devant ne parviennent pas à respirer pendant les cours», dénonce t-il.
Des toilettes, pour les élèves des Ecoles
Si du côté des Facultés classiques, les étudiants ne disposent pas de toilettes appropriées ; ce n'est pas le cas des élèves des Ecoles et Instituts de formation professionnelle qui se retrouvent parfois obligés de partager les leurs avec les étudiants des facultés. «C'est ici que les étudiantes de la Fadesp viennent se mettre à l'aise», fait savoir un élève de l'EPAC, qui impute d'ailleurs l'état malsain de ces toilettes à ces étudiants qui « viennent d'ailleurs » Que ce soit à l'EPAC, à l' ENAM ou à la FSA, des toilettes sont disponibles aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants contrairement aux facultés où ces équipements ne sont prévus que pour les professeurs. Dans bien de ses discours officiels cette année, la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) a, à maintes reprises soulevé la question de construction de toilettes et de latrines publiques à l'Université. L'expression du besoin est même allée au-delà des inscriptions sur les plates-formes revendicatives. « Nous avons même conçu un projet » dans ce sens, informe Benjamin Avlessi, 1er Vice-président de la Fneb pour qui, l'initiative n'a été arrêtée qu'en raison du fait que « le Rectorat de l'Université a un projet similaire » qui n'a jamais été mis en exécution.
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A l'unanimité les trois associations syndicales reconnaissent qu'il n'est point facile de se mettre à l'aise sur le campus. Seulement, tous les étudiants ne souffrent pas de ce manque de lieu d'aisance de la même façon. Pour Linda, membre d'une institution spécialisée de la maison, la question se règle autrement «Moi, je suis membre d'une institution spécialisée et pour me mettre à l'aise, je vais là-bas». Effectivement sur le campus d'Abomey-Calavi, la plupart des institutions sont logées sur un bâtiment (B) équipé de matériels sanitaires. Seulement ces toilettes ne sont pas ouvertes au public et l'accès y est strictement limité à une catégorie d'étudiants.
Payer 25 F, pour se mettre à l'aise
En plein coeur de l'Université, se dresse un Centre commercial érigé par le Centre national des oeuvres universitaires (Cenou) et dont la gestion est confiée à une entreprise privée. Il y est prévu aussi bien pour les usagers que pour les occupants des latrines et urinoirs, dont le mode d'accès nécessite le paiement d'une certaine somme d'argent : 25F ou 50F selon le cas. Bien que n'étant pas destinée aux étudiants, ces toilettes publiques enregistrent selon son gestionnaire une fréquentation de 150 à 400 clients par jour, soit environ un chiffre d'affaires journalier de 4.000 à 10.000F généré en grande partie par les étudiants. D'ailleurs la qualité des usagers ou clients de ces toilettes est indifférente quant à l'accès. «On ne refuse personne ici ; il suffit de venir avec la somme exigée», précise, dans un français approximatif, le gérant des toilettes. Pour l'instant les murs et alentours des amphithéâtres et des salles de cours continuent de servir d'urinoir sur le Campus. Et la brousse, le lieu d'aisance par excellence des étudiants qui ne sont logés ni à l'Université, ni aux alentours. Malgré les risques encourus, les étudiants ne sont pas prêts à abandonner la brousse, cette «toilette de fortune». A moins qu' «ils nous construisent, et près des amphi, où uriner et où faire nos besoins », souligne Ignace, un étudiant. Et on reste tout de même sidéré de voir une si grande université qui reçoit des étudiants étrangers, se complaire dans un archaïsme digne d'un petit village oublié par les Ong et autres institutions de bienfaisance ou des partenaires au développement pour qui, une latrine est un équipement sanitaire essentiel et un signe de modernité pour les villages. Qu'une université confine ses étudiants dans la situation d'un village est déroutant.
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