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Kenya: France-Cameroun, je t'aime moi non plus
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Le Messager (Douala)
6 Mai 2008
Publié sur le web le 6 Mai 2008
La réaction d'une personnalité française à notre manifeste pour une assemblée constituante me donne l'occasion de vous rappeler en passant que d'une part, la création de l'Etat au Cameroun est le fait de deux actes du gouvernement français (1), d'autre part, on peut également considérer l'existence de ce régime politique comme l'aboutissement d'une décennie (1948-1958) de revendications nationalistes. Dans les deux cas, il s'agit certainement d'une crise politique vieille de plus d'un siècle entre la France qui veut conserver sa mainmise sur les richesses nationales de notre pays et les peuples camerounais qui veulent accéder à la souveraineté nationale afin d'avoir leur mot à dire dans la gestion de ces richesses. Nous avons perdu la bataille au sortir de la seconde Guerre mondiale. De Gaulle nous a « accordé » une indépendance minée mais pour la souveraineté nationale, la lutte continue.
Qui va sauter sur la mine ?
Vous, vous êtes protégés, probablement, par des siècles de Lumière, alors que l'obscurantisme a fait son nid chez nous. Vous, vous avez aboli la monarchie, mais nos « traditions » ont la peau dure. Le monde « libre » vous a sorti du nazisme mais Mitterrand a bien essayé de nous débarrasser de notre premier égocrate : c'était pour mieux nous enfoncer avec Biya, son illustre successeur ! Et comme vous le savez maintenant, au bout d'un an de pouvoir, ce n'est pas votre Tarzan actuel qui nous sauvera des sauvages de la brousse équatoriale Le totalitarisme tranquille (2) de la France s'est muée sous les tropiques en un fascisme pur et dur : une sorte de totalitarisme réussi, celui qui ne laisse pas de traces et qui banalise le mal absolu. Pire nous sommes convaincus que ce mal est un pis-aller tant que la France n'a pas donné le signal de cette solution finale nommée génocide. Et vous savez bien que c'est déjà arrivé, là, sous nos yeux
Vous savez bien que nos peuples ont toujours pris leur part de responsabilité : nous résistons à ce régime politique et à tout ce qu'il charrie depuis cinq décennies. Mais la France n'a de cesse que de cacher cette résistance en nous faisant passer pour des gens qui sont contre leurs pays. Dès lors que nous osons dire « vous ne pouvez tout de même pas tout prendre et nous laisser mourir » sous toutes sortes de prétextes. On conclut que nous sommes contre les intérêts de la France ! La France a donc été nettoyée des nègres au Karcher Alors il va falloir se ré asseoir ensemble et décider que les « intérêts vitaux » de la France n'ont pas juste une portée de 8 mille km quand il faut aller prendre le pétrole chez les autres. La France et l'Afrique sont liées par un même sort.
La véritable nature du pouvoir en France se révèle dans le désastre de nos pays. On l'a déjà dit. Il faut le redire parce que n'importe qui peut poser le pied sur la mine. C'est un peu ce que je rappelais à Noël Mamère au téléphone, de l'Assemblée nationale, le jour où Kabila a été assassiné. Nous avions organisé un Contre-sommet France-Afrique (le premier en terre africaine en janvier 2001) depuis le Cameroun et M. Mamère se réjouissait que le monde se soit débarrassé d'un dictateur ce matin-là. Bien des patriotes africains ont dû se réjouir de la mort de Charles De Gaulle car s'il a libéré la France, il y est pour beaucoup dans l'anéantissement de l'Afrique. Il va falloir commencer à faire la différence entre un dictateur et un sauveur Si j'ai soutenu Ségolène Royal en 2007 (3), c'est parce que justement, je pensais qu'elle pouvait, peut-être, commencer à montrer la voie dans le projet de construction d'un monde commun.
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Organiser un monde commun
Ce n'est pas des lois qu'il faut dépoussiérer mais des décrets qui ont créé les Etats africains qu'il faut abolir ; ce n'est pas le droit de vote aux municipales qu'il faut accorder mais des Etats de droit qu'il faut instituer en Afrique; ce n'est pas les chambres à gaz qu'il faut installer dans Paris mais les Camps de concentration de la France qu'il faut fermer, ici en Afrique.
Aux grandes douleurs, de véritables solutions. Comment les Français de Gauche peuvent-ils penser après avoir posé tant de fois de bons diagnostics (4) qu'il suffira juste d'une politique africaine honnête, réaliste et courageuse. On est tenté de dire ce sont là les vertus de la Droite. Mais les politiques qui sont vraiment du côté des peuples, et qui font avancer l'humanité, ce sont les politiques qui font rupture avec l'ordre ancien: c'est De Gaulle disant «l'Algérie aux Algériens » ou proclamant «Vive le Québec Libre!» C'est Gandhi disant: nous n'avons pas les moyens de combattre les Britanniques, prônons l'arme de «la non violence» ! C'est Martin Luther King annonçant qu'il a fait un rêve...Il s'agit de briser l'image de l'irréversible: il faut arrêter de diaboliser les immigrés et de ne voir les Africains qu'en horde de misérables réfugiés forçant les frontières de la France et des pays occidentaux.
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