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Afrique: Situation nationale - Ce que veulent les refondateurs
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Le Pays (Ouagadougou)
ANALYSE
7 Mai 2008
Publié sur le web le 7 Mai 2008
Clément Toubé Dakio
Une dizaine de partis politiques de tous bords appellent à la refondation nationale. Voici leur manifeste que nous vous proposons en intégralité.
En Afrique comme dans le reste du monde, la démocratie est attaquée à l'intérieur des pays par la dénaturation du mandat populaire en raison de la substitution de la volonté des gouvernants à celle des gouvernés. Il s'agit là d'une dysfonction institutionnelle historique qui favorise la démocratie d'opinion et, plus encore, la mondialisation ultralibérale qui transfère la souveraineté des peuples vers les organisations financières internationales.
Notre pays vit, en plus de la crise générale de la représentation, une crise de régime, doublée d'une crise de société qui l'expose, si des réformes structurelles ne sont pas opérées, à une explosion. Les séries d'émeutes passées sont, à cet égard, des signes avant-coureurs à ne point prendre à la légère.
La situation aurait pu être moins grave si nous n'avions pas raté depuis les années 90 des occasions historiques qui nous engageaient déjà dans la voie de la refondation telles : la table ronde des partis politiques, le forum de réconciliation nationale, la conférence nationale, la mise en oeuvre du rapport du Collège de sages, les processus électoraux, etc.
Nous sommes convaincus tout particulièrement que la non-application des conclusions et recommandations du Collège de sages, auquel nous rendons un hommage particulier, restera sans aucun doute comme l'un des plus grands gâchis dans l'histoire politique du Burkina, l'une des raisons profondes de la déchéance sociopolitique que connaît notre pays. C'est en tenant compte de la dimension globale et multiforme de la crise actuelle que la refondation de la gouvernance nationale est préconisée comme solution indispensable.
Le présent manifeste constitue un message, il est notre appel à tous les patriotes et démocrates du pays, les politiques comme les acteurs de la société civile, pour prendre en charge cette oeuvre de refondation nationale. C'est aussi notre engagement à contribuer au changement tant souhaité par les populations car, en dépit de toutes les entraves et adversités de toute nature, notre peuple n'est pas fataliste, il est capable de s'assumer en toute souveraineté.
En proposant ce manifeste, les forces signataires savent que la refondation ne pourrait être une question véritablement nationale que si elle est perçue comme une oeuvre commune à tous ceux qui aspirent au changement ! C'est pourquoi notre démarche s'appuie fortement sur le rapport du ColIège de sages comme document fondamental de référence dans l'oeuvre de refondation.
I. LES OBJECTIFS DE LA REFONDATION
La refondation ne repose pas sur la politique de la "tabula rasa" ; elle projette, tout en sauvegardant les acquis, de recadrer la gouvernance en la remodelant au niveau des structures, des comportements et des ressources humaines. Elle se fixe ainsi les objectifs essentiels ci-après :
La réorientation du processus de démocratisation ;
La réhabilitation du politique et de la politique ;
La remise en confiance du peuple ;
la réappropriation par le peuple des biens collectifs du pays ;
Une concertation sans exclusive afin de promouvoir un nouveau contrat social.
PREMIERE PARTIE
DES LEÇONS MAL APPRISES DU PASSE ET DE LA CRISE CONTINUE
1. HERITAGE COLONIAL
En Afrique francophone, l'évolution normale de nos pays vers la démocratie et les indépendances, initiée à partir de la Constitution française de 1946, a été contrariée et bloquée par la constitution putschiste de 1958 du Général de Gaulle dont des copies tropicalisées ont été imposées à nos peuples par des régimes successifs à la dévotion des intérêts français. C'est ce qui explique notamment les crises récurrentes qui ont secoué nos pays, à l'occasion de chacune desquelles chaque peuple a essayé de trouver des solutions, tout en essayant d'inventer une démocratie qui garantisse les libertés fondamentales, les droits humains, une gestion responsable et transparente des affaires publiques, une meilleure représentation de la volonté populaire et une meilleure répartition de la richesse nationale.
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