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Bénin: Une nouvelle crise pointe à l'horizon
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L'Autre Quotidien (Cotonou)
7 Mai 2008
Publié sur le web le 7 Mai 2008
Apollinaire Kouton
Les récentes sorties du syndicat des greffiers et des secrétaires de greffes des tribunaux sont révélatrices d'un profond malaise qui risque de bloquer à nouveau le fonctionnement de l'appareil judiciaire. Après une série de malaises , la justice béninoise pourrait plonger à nouveau dans une crise qu'éprouverait les usagers.
Le syndicat des greffiers déclenche une grève d'avertissement de 48 heures à partir du 14 mai prochain. Il l'a annoncé hier après un sit in de ses membres au ministère de la Justice. C'est peut être le prélude à une crise de l'ampleur de celle qui a secoué le secteur de la justice de mai à juillet 2007. L'arrivée de Me Gustave Cassa Anani au ministère de la Justice en qualité de Garde des Sceaux ,à cette période, avait été un véritable soulagement puisqu'elle a permis de dénouer une grave crise qui a secoué l'appareil judiciaire, le syndicat des greffiers avait indiqué que des engagements jugés sérieux ont été souscrits par le gouvernement.
Quelques mois après, mercredi dernier, le même syndicat des greffiers, au cours d'une conférence de presse, alerte l'opinion publique que les engagements souscrits étaient juste un miroir aux alouettes. En d'autres termes, il s'agissait d'accords sans lendemain. Les greffiers affirment n'avoir rien obtenu des nombreuses promesses qui leur ont été faites. Ils mettent principalement l'accent sur les textes d'application du statut des greffiers et officiers de justice et la formation qui leur a été promise à l'école nationale d'administration. En outre, des primes qui leur ont été promises, seule la prime de sédentarisation leur est effectivement allouée. Les greffiers réclamaient de meilleures conditions de travail et des primes notamment des primes de risques, des indemnités de résidences, d'heures supplémentaires.
En somme, les greffiers et secrétaires des greffes réclament un statut adapté à leurs obligations et aux risques auxquels ils s'exposent. Du reste, leurs supérieurs hiérarchiques, magistrats bénéficient, depuis quelques années, d'un statut particulier qui font d'eux ; semble-t-il, des fonctionnaires privilégiés. Pour obtenir la satisfaction de leurs revendications, ils avaient commencé par des sit in. Ils sont ensuite passés aux grèves de 48 heures avant de recourir à la terrible épreuve de la grève illimitée qui a paralysé le fonctionnement de la justice durant plus de huit semaines, puisqu'il s'agissait d'une grève sans service minimum. Le préjudice causé par ce mouvement de grève sans précédent est énorme. Les audiences des tribunaux ne pouvaient plus se tenir, car les magistrats ne peuvant pas rendre les décisions sans les greffiers. Du coup, les dossiers des détenus se sont entassés dans les cabinets des juges d'instruction, entraînant un surpeuplement des prisons. De même, cette situation a entraîné de gros manques à gagner pour des particuliers et certainement pour l'Etat. Durant cette période, les cabinets d'avocats et d'huissiers de justice ont littéralement chômé. Pire, la crédibilité de la justice béninoise a reçu un coup terrible durant ces moments difficiles. Aucune pièce ne pouvait à ce moment être délivrée aux usagers des tribunaux.
La même situation a été observée durant les dernières grèves perlées des magistrats qui exigeaient que le gouvernement rapporte la décision relative à la suspension de l'exécution des décisions ayant pour effet la démolition d'habitations dans les zones urbaines. Avec la menace que brandissent depuis quelques jours les greffiers, le mauvais souvenir de ces moments difficiles vécu récemment est subitement revenu. La hantise des audiences sans cesse renvoyés pour cause de débrayage, les détenus menottés et renvoyés dans leurs cellules faute de procès, refait surface, car les greffiers ont déjà fait l'expérience de la grève illimitée et en connaissent l'efficacité. C'est pourquoi, il faudra prendre leur menace au sérieux et anticiper tout ce qui peut à nouveau plonger la justice béninoise dans une crise inutile qui compromet sa crédibilité. Le garde des Sceaux, Me Gustave Cassa Anani en a certainement les moyens.
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