Bénin: La lettre qui jette le doute
L'Autre Quotidien (Cotonou)
7 Mai 2008
Publié sur le web le 7 Mai 2008
Oui, tout le monde reconnaît que lors des dernières élections communales et locales dont les résultats sont encore attendus, qu'il y a eu de multiples dysfonctionnements dont, entre autres, les tendances à la fraude.
Tous les départements ont été, comme d'habitude touchés par cette tendance, couverte un peu par des activistes politiques et des politiciens véreux. Une bien curieuse lettre interceptée et brandie par les adversaires d'un grand parti de l'opposition ayant droit de cité dans l'Ouémé repose la question de la transparence.
Dans cette lettre qui est adressée à un parlementaire, et qui est daté du 24 avril 2008 à Avrankou, Ouémé, un membre du démembrement de la Cena de la localité faisait « le point des activités » qu'apparemment son destinataire lui a commandées. Il est écrit au deuxième paragraphe de cette lettre que « en effet, après le dépouillement des voix et suite à votre passage (c.a.d du député) à Djomon le 21 avril 2008, je puis vous confirmer qu'à l'étape actuelle des choses, tout est en notre faveur. Avec les membres Cea de l'arrondissement de Djomon, j'ai pu modifier les chiffres après dépouillement. Si vous n'aviez pas intimidé les autres membres ce jour-là, la tâche ne nous serait pas facile » La lettre poursuit : «Aussi, j'ai pu en complicité avec certains membres Cec et Cea substitué certaines enveloppes par d'autres ; ce qui fait que le (nom de ce parti politique) est victorieux partout. Nous avions fait voter les cartes mises en réserves et fait voter tôt le matin d'autres à la place d'autres». L'auteur de la lettre prétend avoir eu l'aide d'une personnalité de la commission électorale départementale.
Comme on le voit, si l'authenticité de cette lettre est avérée parce qu'elle porte le nom de l'expéditeur et son numéro de téléphone, on peut s'étonner de sa désinvolture et de son manque de prudence de son auteur. Car le compte rendu que fait cette lettre est grave en raison qu'elle implique des délits électoraux sévèrement punis par la loi. En plus si la fraude est avérée, cela peut conduire à l'annulation des résultats de la localité. Même si aucun flagrant délit n'a pu permettre de déceler les tripatouillages révélés par cette lettre, les candidats adversaires pourraient verser cette lettre à leur dossier pour demander cette annulation.
Ce fait montre qu'il est temps d'entamer la réforme en profondeur du système électoral pour le rendre plus transparent et plus résistant à toutes les formes de fraudes que l'on déplore à chaque opération électorale et qui risque de pervertir l'expérience démocratique béninoise.