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Ile Maurice: Sa dernière folie : plonger avec des cachalots au large d'Albion.


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

7 Mai 2008
Publié sur le web le 7 Mai 2008

Marie-Annick Savripeàne
Port Louis

«Nous devions participer à une réunion régionale à Madagascar et nous voulions leur ramener les dernières photos des baleines à bosses. Mais nous avons rencontré des cachalots. Nous aurions pu nous contenter de clichés mais nous avons préféré plonger. Ce qui n'était pas forcément indiqué car les mammifères étaient accompagnés de leurs petits et auraient pu s'être montrés agressifs», raconte cette jeune femme à moitié sud-africaine par sa mère et à moitié mauricienne par son père.

Elle admet qu'elle a un grain de folie. Elle tente toutefois de s'assagir pour son mari, Jean-Pierre et leurs enfants, Léa, 10 ans et les jumeaux Claire et Thomas, six ans. Cela dit, elle sait avoir la tête sur les épaules lorsqu'il s'agit de gérer vies professionnelles. Elle en a trois, à savoir une en tant que manager de la Mauritius Deer Farming Cooperative Society Ltd, une autre en tant que représentante pour l'Océan Indien et l'Afrique de l'organisation non-gouvernementale américaine Earth Island Institute. Sa dernière occupation professionnelle qui est totalement bénévole mais qui a eu l'avantage de la faire connaître du plus grand nombre est son engagement auprès de la MMCS.

Jacqueline a toujours aimé la mer et voulu se spécialiser dans un domaine qui y est lié. Ce qui explique qu'après l'obtention de son baccalauréat, elle soit partie décrocher un diplôme d'études générales en biologie à l'Université de la Réunion. Diplôme qui lui a ouvert les portes de Jussieu à Paris où elle a réussi une licence et une maîtrise en biologie des organismes et des populations avec option océanographie.

Elle a embrayé avec un diplôme d'études supérieures spécialisées en exploitation des ressources vivantes côtières, aquaculture et élevage à l'Université de Caen en gardant en tête que plusieurs sucreries à Maurice ont investi dans l'élevage d'écrevisses et qu'elle pourrait peut-être y avoir une place à son retour au pays.

Ses études terminées, elle entame un périple autour du monde pendant un an avec son sac à dos pour seul compagnon. Elle s'arrête en Nouvelle- Calédonie où elle effectue un stage à IFREMER, centre de recherches français qui étudie les crevettes. Elle reprend sa route. À Sydney en Australie, elle travaille comme serveuse dans un bar. Lorsqu'elle rentre à Maurice en 1991, Jacqueline passe six mois à chercher un emploi dans sa spécialisation. Sans succès. Les sucreries ont déchanté avec l'élevage d'écrevisses. Elle prête pendant quelque temps main forte à ses parents qui ont un élevage d'animaux et cultivent des légumes à Tamarind Falls.

Elle apprend par communiqué de presse que la MMCS cherche un chef pour un projet de sensibilisation sur les mammifères marins à Maurice et à la Réunion. Projet de six mois financé par le PNUD. Jacqueline postule et est recrutée. Elle dit avoir beaucoup appris au contact de Philippe Lahausse de la Louvière qui est conseiller scientifique à la MMCS et qui a «aiguisé son esprit analytique». Elle apprécie cet emploi qui la met en contact avec des étudiants comme des pêcheurs.

Elle est approchée par Earth Island Institute, organisation non-gouvernementale américaine qui supervise la pêche au thon. L'objectif étant de veiller que les dauphins ne soient pas harcelés dans le processus. Cette ONG a un rôle déterminant dans la commercialisation du thon car c'est elle qui attribue la certification Dolphin Safe. Le contrevenant qui se fait éjecter de la liste des autorisés perd son marché en Europe et aux Etats-Unis et a toutes les peines du monde pour s'y refaire une santé.

La responsabilité de Jacqueline est de faire des vérifications aléatoires lorsque les bateaux de pêche regagnent le port. Elle interroge les capitaines qui notent tout dans leur journal, de même que les pêcheurs. A l'époque, elle ne vérifie que les sorties des bateaux de la Tuna Canning and Fishing. Ce n'est pas comme aujourd'hui où elle représente cette ONG pour l'océan Indien et l'Afrique. À l'époque, elle est obligée de prendre un autre emploi. La Mauritius Deer Farming Cooperative Society Ltd qui regroupe les éleveurs de cerfs, recherche un homme de plus de 25 ans, diplômé en marketing et avec une expérience professionnelle, pour faire le marketing des 50 tonnes de viande de cerf abattus hors saison de chasse.

«On nous dit d'utiliser des ampoules économiques ou l'énergie solaire mais ces équipements sont hors de la portée de M. Tout le Monde.C'est la responsabilité  du gouvernement de rendre accessibles certaines actions écologiques »

Bien que ne correspondant pas à ces critères, elle se présente à l'entretien d'embauche. La surprise passée, les éleveurs de cerfs font attention à elle et au final, ils la recrutent. Au départ, elle place les 50 tonnes de viande de cerfs dans les grandes surfaces avec quelques bouchers et à la boucherie Savi Shop. Lorsque ce marché d'entre la chasse a été bien établi, Jacqueline voit ses responsabilités augmenter puisqu'elle doit trouver un marché alternatif pour une partie des 450 tonnes de viande de cerfs abattus durant la saison de chasse.

Finalement depuis un an, un accord a été signé avec Panagora qui se charge de la découpe de la totalité des cerfs livrés et s'occupe de la commercialisation de la viande. Il n'empêche que Jacqueline doit s'occuper de toute la partie logistique.

Elle qui avait pris ses distances de la MMCS après ses accouchements, est priée d'y revenir lorsque le Dolphin Watching devient une activité touristique importante mais surtout ayant des répercussions négatives sur les mammifères et sur l'image paradisiaque de notre île car ce n'est plus du Dolphin Watching mais du Dolphin Harassment disent plusieurs touristes. On la nomme même présidente. Elle et les membres de l'exécutif contribuent à faire l'Etat définir légalement ce qu'est le Dolphin Watching. Démarre alors le projet d'éducation, de formation et de sensibilisation sur cette activité, financé par le GEF Small Grants Programme.

De concert avec le gouvernement, la MCCS travaille sur l'élaboration de nouveaux règlements en remplacement des autres ne pouvant pas être appliqués par les gardes-côtes tels quels. Ce qu'il faudrait, estime Jacqueline, c'est une autorégulation entre opérateurs. La MCCS les a consultés à titre individuel et très bientôt, ils seront conviés à une table ronde pour discuter et finaliser ces règlements. « Il faut qu'il y ait une win-win situation ».

Un autre projet qui lui tient à coeur et qui est financé par la Fondation d'Entreprise Total pour la Biodiversité et la Mer est une étude sur le seuil de tolérance des dauphins durant les observations touristiques. Ce projet doit prendre fin en 2010. Jacqueline qui déborde d'énergie, est quelque peu frustrée de ne pas être sur le terrain. « Mais cela me permet d'être en contact avec le gouvernement, les bailleurs de fond. Et puis, ce que j'aime, c'est le relationnel. À la MMCS, j'ai rencontré des personnes que je n'aurais jamais croisées dans mon quotidien. Je pense aux experts de l'Union européenne, de la Commission de l'océan Indien et aux scientifiques de renom qui sont aujourd'hui des amis ».

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Si elle croit dans le pouvoir de l'éducation en matière de protection des mammifères marins et de l'environnement en général, elle pense aussi que le gouvernement a une grande part de responsabilité dans tout ce débat, de même que dans celui des énergies renouvelables. «On nous dit d'utiliser des ampoules économiques ou des panneaux d'énergie solaire mais ces équipements sont hors de la portée de M. Tout le Monde. C'est la responsabilité du gouvernement de rendre accessibles certaines actions écologiques »



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