Libération (Casablanca)

Maroc: La Bourse de Casablanca saigne

A. Kidiss

7 Mai 2008


La plaie n'est pas prête à se refermer et la saignée des valeurs cotées, entamée depuis le début d'avril dernier, ne donne aucun signe de répit. Encore une fois, la Bourse de Casablanca a raté le coche, même si le rush des acheteurs des nouvelles introductions préfigurait un test d'envol. La cloche de bienvenue pour «Levivier» n'a, semble-t-il, pas pu sortir le marché de son profond sommeil.

Tous les indices de la Place poursuivent leur descente aux enfers dans l'indifférence totale des faiseurs de marchés. De même, les transactions ont perdu de leur importance, réduites à la proportion congrue. Rarement le chiffre d'affaires n'a atteint un niveau si bas depuis plusieurs années. Finalement, en ces temps de vaches maigres, la Bourse de Casablanca brasse du vent. Elle est même devenue le parfait benchmark du marasme qui frappe l'activité économique ce printemps 2008 apparemment moins fleuri et pas vraiment euphorisant que prévu.

Même le puissant groupe Delta Holding qui lève près d'1 milliard de DH ne risque pas de changer l'ordre des choses. Apparemment les conditions d'une réorientation à la hausse ne sont pas clairement réunies. Les prévisions d'une poursuite du rally haussier des analystes financiers ont été contrariées. On table désormais sur une consolidation à la baisse.

Les raisons d'un tel affaiblissement ne sont pas clairement définies, mais il semble que les perspectives de croissance du PIB, qui ont été abaissées de 2 points, aux alentours de 5,6% (en raison, entre autres, d'une récolte céréalière au-dessous de ce qui était attendu, et d'un renchérissement du baril de pétrole qui vient de franchir la barre fatidique des 120 dollars) est de nature à geler les ardeurs des investisseurs.

Il faut dire aussi que les programmes de rachat des titres annoncés par les sociétés cotées continue à réduire de manière significative le flottant en Bourse. Du coup, c'est la liquidité des titres qui s'en trouve fortement limitée. Les petits porteurs, proie sous les dents des investisseurs institutionnels et des «market makers» ne peuvent rien devant la dictature du marché. Certes la bulle de la place casablancaise a pris une telle dimension que l'on commence à se poser des questions sur un éventuel éclatement. En réalité, cette bulle est l'oeuvre uniquement de trois ou quatre valeurs phares bien connues du marché, en l'occurrence celles évoluant dans l'immobilier et le BTP. C'est en quelque sorte, l'arbre qui cache la forêt. En dehors des titres Addoha et quelques cimenteries, la plupart des valeurs cotées se font déplumer au fil des séances, en dépit des ratios aussi intéressants qu'arborent les «Small et Middle cap». On dirait que le marché boursier casablancais évolue à double vitesse: les grandes capitalisations, très prisées par les zinzins, en raison particulièrement des volumes échangés, poursuivent leur montée au ciel, alors que les petites capitalisations, ignorées ou méprisées, continuent leur plongée. C'est dire que le marché boursier casablancais ne respecte aucune logique, même celle liée à la rentabilité et à la profitabilité.

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Cela dit, les analystes de BMCE Capital Bourse parlent déjà d'un «essoufflement de la Place», faisant remarquer que les principaux indices (Masi et Madex) forcent le trait à la baisse. Le mois d'avril devait terminer sur une perte d'au moins 2%, ramenant les gains sur quatre mois à 13% en moyenne pour le marché. Cette contre-performance s'est traduite par une perte de 10 milliards de DH au titre de la capitalisation boursière. Cette dernière évolue désormais au-dessous des 700 milliards DH à près de 665 milliards de DH. Cette correction risque, aux dires des analystes de BMCE Capital Bourse, de se poursuivre au mois de mai. D'après ces mêmes analystes, la tendance descendante des indices «semble présager une consolidation au cours du mois de mai. Mais, le potentiel de baisse devrait être limité, précisent-ils. BMCE Capital garde l'espoir de voir l'indice reprendre son orientation à la hausse au cours de l'année 2008.

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