Cameroon Tribune (Yaoundé)

Tunisie: Danse - brutes et esthètes

Alain Tchakounte

7 Mai 2008


Le thème de la violence traverse certaines pièces programmées à la 7e édition de « Danse l'Afrique danse ! » à Tunis.

Il règne comme une atmosphère de brutalité non dite sur les scènes des 7e rencontres chorégraphiques de l'Afrique et de l'Océan indien. C'est à croire que les 18 compagnies concurrentes et celles hors concours se sont passé les machettes. Si ce ne sont les coups de poings. Sur scène, pourtant, il n'est ni question de machette ou de coups de poings. Mais les pas des interprètes d' « Aataba » sont secs, leurs atterrissages sont rigides, leurs bras fendent bruyamment le vent et les corps se redoutent puis tremblent d'effroi. Ici, ce sont des tomates pétries. Le rouge-sang coule, dégouline des pieds. Là, c'est une jeune fille qui souffre le martyre d'une condition vouée au trouble, à la violence inutile. La pièce du marocain Taoufiq Izzediou n'est pas un moment facile pour la gent féminine, loin s'en faut.

Ensuite, il y a « Still Feel The Presence », part II du Sud-africain Lawrence Mncube Nkosinathi. Un solo mené à la manière de la « Guernica » de Picasso. Des têtes que l'on coupe, des bras qui tombent, du sang qui gicle. Sombre tableau. Mais la danse de Mncube Nkosinathi, loin de réveiller l'instinct meurtrier, le dissèque, essaie de le comprendre pour mieux le chasser. Et avec des poses souvent raffinées et des respirations contrôlées, l'artiste montre qu'on peut trouver le revers d'une situation désastreuse. Le bon côté des choses, une bonne chorégraphie et un sens rare de la rigueur. La danse a permis à l'artiste d'exorciser les démons de la violence, et nous permet à nous, avide public, de passer un moment réjouissant.

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Enfin, il y a la pièce du Tunisien Imed Jemâa, présentée en ouverture. « Tounssi » explore une certaine idée de la jeunesse : foot, fêtes, foire (aux empoignades), folie. Et la folie ici n'est pas passagère. Elle fait partie, semble-t-il, du quotidien tunisien. Pour un rien, on serre les poings, on s'emporte, on devient hystérique. La jeune fille de la pièce et le torturé captivent par leur jeu autant que leur danse brutale. Au sol, le corps ne souffre pas, mais se contorsionne au rythme d'un méchant jazz. Pas étonnant qu'au moment où le honnis est battu, ce sont des applaudissements qui interviennent. Le spectacle est affligeant, mais d'une beauté insoupçonnée. La danse contemporaine en sort grandie.

Elle est pourtant là, l'esthétique de la violence. Souvent présente, jamais accaparante. Suggérée, jamais avouée. Dansée, et foulée du pied. Ensemble, c'est leur manière à eux, ces esthètes, de dire non à cette forme d'expression humaine. Connaître, puis dénoncer. Voilà tout.

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