Ali Boukhlef
7 Mai 2008
A l'issue de sa visite, la ministre française de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie
Partenaire stratégique, partenaire clé et relation d'exception. Michèle Alliot-Marie, ministre française de l'Intérieur, a déployé tout un vocabulaire élogieux pour encenser l'Algérie lors d'une conférence de presse animée, hier, à la direction nationale de la Protection civile, à Alger, en présence de Yazid Zerhouni, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales.
La ministre de l'Intérieur du gouvernement français a, en effet, empreint de solennité son intervention devant les médias nationaux et les représentants de la presse étrangère venus aussi en nombre.
«Ma visite est d'une importance capitale [ ] parce que nous sommes en train de bâtir une relation d'exception, particulièrement affirmée lors de la visite d'Etat effectuée par le président Sarkozy en décembre dernier. [ ] Nous avons à coeur de mettre en oeuvre la feuille de route qui nous a été fixée par nos deux présidents de la République [ ]», a dit d'emblée Mme Alliot-Marie, avant de faire une synthèse de sa visite, particulièrement chargée, puisqu'en 24 heures, la représentante de l'Etat français a rencontré deux ministres, Zerhouni et Ghlamallah, et s'est rendue dans plusieurs endroits de la capitale. Pour résumer l'esprit de sa visite, Alliot-Marie a expliqué que l'Algérie «est un partenaire stratégique dans tous les domaines». Et les domaines sont variés. Mais il y a certainement, comme c'est le cas dans ce genre de visites, des sujets rendus publics et d'autres moins, ou pas du tout.
Pour le visible, Michèle Alliot-Marie, particulièrement en verve et gaie, a parlé de l'entraide dans la Protection civile. Une coopération rendue presque «obligatoire» suite à la démonstration de solidarité affichée par les deux services. Puisque les Français ont aidé l'Algérie lors du séisme de 2003 et les pompiers algériens ont joué un rôle vital lors des feux de forêt vécus par le sud de la France durant l'été 2003. La coopération s'étend aussi aux services de police, même si, sur ce sujet, la ministre a seulement évoqué l'échange d'informations dans le domaine de la petite criminalité avec, notamment, l'introduction des empreintes digitales. L'autre domaine que les deux ministres ont dit privilégier, et qui a fait l'objet d'une conférence lundi dernier, est celui des collectivités locales.
Cependant, à côté de ces sujets classiques, d'autres plus sensibles et parfois litigieux se sont greffés aux discussions. Mais ces derniers n'ont pas été abordés publiquement. Il s'agit du terrorisme et de l'épineux dossier de l'union pour la Méditerranée. «L'Algérie est un partenaire clé dans le domaine de la lutte contre le terrorisme», a ainsi affirmé Michèle Alliot-Marie qui a tenu à rendre «hommage à ceux qui ont combattu le terrorisme» dans notre pays. «Le terrorisme a frappé l'Algérie et la France. Il a frappé dans d'autres régions du monde [ ] La lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que si nous la menons ensemble», a-t-elle ajouté, avant d'indiquer qu'il est «important» de lutter contre les terroristes «pour sécuriser nos citoyens respectifs».
Mais là où Alliot-Marie s'est montrée particulièrement éloquente, c'est sans conteste concernant le projet de l'union pour la Méditerranée. Là, la ministre française a tenté de défendre avec brio le projet du président Sarkozy en lui donnant même une dimension futuriste. Mais avant de se laisser aller vers «l'exposé des motifs», la ministre a démenti «les rumeurs» selon lesquelles les rôles ont déjà été distribués entre les pays de la rive sud. Mieux que cela, Alliot-Marie a indiqué qu'«il y aura de la place pour tout le monde, et l'Algérie est un grand pays et aura forcément un grand rôle à jouer dans la future union». Mais, avant cela, précise Michèle Alliot-Marie, «ce ne sont pas les structures qui sont importantes, mais ce qu'on mettra dans le projet». Et elle explique : «De grands ensembles régionaux sont en train d'être formés [ ] et dans 20 ans, si l'Europe et les pays du Maghreb et de la rive sud de la Méditerranée ne se regroupent pas, nous serons des nains [ ]» Le problème pour la conférencière n'est pas forcément géostratégique, mais aussi de proximité géographique.
«Nous avons des frontières communes, une culture commune, des intérêts communs et la Méditerranée en partage», a-t-elle justifié. Sur un autre registre, Michèle Alliot-Marie a indiqué que, avec Bouabdallah Ghlamallah, elle a abordé la question de «la dérive sectaire» et celle de la pratique des religions dans l'un ou l'autre pays. Cela devait être d'ailleurs l'un des thèmes de son déplacement dans l'après-midi à Tlemcen où elle devait visiter trois cimetières des trois religions monothéistes.
Au cours de sa rencontre avec le président Abdelaziz Bouteflika, la ministre française de l'Intérieur a dit qu'il s'agit de discuter des questions communes. Elle a aussi transmis un message du président français à son homologue algérien. «Je profite aussi de l'occasion pour connaître ses analyses sur toutes les questions qui concernent le monde d'aujourd'hui», s'est-elle enthousiasmée.
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