Serge Coulibaly
8 Mai 2008
"L'Etat ne peut pas couvrir les besoins de tout le territoire"
23 avril 2006 - 23 avril 2008. Voilà deux ans qu'ont eu lieu les élections municipales. Celles-ci ont consacré la communalisation intégrale du territoire. Deux ans après, que peut-on retenir de cette expérience dans une commune rurale comme celle de Safané qui, tout comme les 301 autres communes du pays, a fait ses premiers pas dans la communalisation intégrale ?
Pour nous faire une idée de ce bilan, nous avons rencontré le premier magistrat de cette commune, Paton Séré. Avec le maire, nous avons échangé sur les deux premières années de la communalisation intégrale, les acquis et les insuffisances.
Pour rappel, quatre partis politiques (ADF/RDA 28 conseillers, CDP : 50, UPR : 2, UFP : 1) composent le conseil municipal de cette commune. La commune compte 40 villages pour une population estimée à 49483 habitants. Elle est dirigée par un maire issu des rangs du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP)
"Le Pays" : Comment arrivez-vous à concilier vos fonctions de maire de la commune rurale de Safané avec celles de huissier à l'Assemblée nationale ?
Paton Séré : Il n'y a aucune incompatibilité entre ces deux fonctions et, à mon niveau, aucun problème ne se pose. D'ailleurs, étant huissier, j'étais assez fréquent au village. Aujourd'hui, je suis élu maire, et je parviens parfaitement à conjuguer ces deux activités. Au niveau de l'Assemblée nationale, j'ai la chance de faire un travail que j'aime beaucoup et que j'exécute avec fierté depuis bientôt 15 ans. Mais cela ne m'empêche pas de visiter régulièrement Safané, ma commune que j'aime également. Et je crois d'ailleurs que c'est cela qui m'a permis d'être élu maire. Aujourd'hui, je suis très satisfait et je n'ai aucun problème particulier dans l'exécution de ces deux métiers, même si je dois reconnaître qu'il appartient aux autres de me juger.
Cela fait maintenant deux ans que des communes rurales ont été érigées. Quelle appréciation d'ensemble faites-vous de la communalisation intégrale du territoire national ?
Je me réjouis de cette initiative. C'est une très bonne chose qui, je crois, était nécessaire pour le processus de développement de notre pays. C'est une bonne chose que de donner main libre à de petites entités communales pour gérer leurs propres affaires. Il appartient à chaque commune d'y mettre le sérieux et travailler. Il est clair que l'Etat central ne peut pas, de façon efficiente, couvrir les besoins de tout le territoire. La communalisation intégrale est, à mon avis, une façon pour l'Etat de dire aux communes : "Débrouillez-vous, entendez-vous ; travaillez. Si vous êtes fatigués, je vous donnerai de l'eau à boire et de quoi mangez (...)". J'apprécie très positivement cette démarche et je crois que c'est la meilleure formule pour un véritable développement à la base.
Cela fait également deux ans que vous dirigez le conseil municipal de Safané. Alors, quel bilan pouvez-vous établir de l'action du conseil municipal de Safané ? Qu'avez-vous pu réaliser à ce jour ?
Je ne saurai tout seul, en tant que maire, faire le bilan exhaustif des deux années d'activités du conseil municipal de Safané, car je ne suis qu'un membre de l'équipe. Je peux tout de même vous dire que lorsque nous avons été élus, nous n'avions pas de mairie. Il nous a donc fallu trouver un siège, ce qui fut fait. Nous n'avions aucun document de première nécessité pour travailler, au niveau de l'état civil surtout. Il nous a fallu nous en procurer. De même que les équipements de bureau et autres. Aujourd'hui, je peux dire que ça va. Le conseil arrive à s'en sortir. Nous commençons à apprendre petit à petit à nous débrouiller tout seuls, et je suis confiant qu'avec le temps tout ira.
Il y a des conseils municipaux de communes rurales comme urbaines qui ont du mal à se réunir pour les sessions trimestrielles. Qu'en est-il de la commune rurale de Safané ?
Chez nous, il n'y a aucun problème à ce niveau. En tant que maire, je n'ai jamais convoqué mes conseillers pour un conseil municipal sans que le quorum de présence ne soit atteint. Nous travaillons en parfaite complicité avec l'ensemble des conseillers municipaux et il n'y a aucune divergence liée aux appartenances politiques.
La commune de Safané dispose-t-elle de ressources nécessaires à la mise en oeuvre de son plan de développement ?
C'est là tout le problème. Et je sais que c'est le propre de toutes les communes surtout rurales. La réalisation du plan de développement nécessite énormément de moyens financiers. Au niveau de Safané, voire au niveau de toute la province du Mouhoun, nous sommes en bonne voie vers la mobilisation de ressources. Nous avons heureusement des bailleurs de fonds qui sont en train de se pencher sur cette question.
En dehors de l'insuffisance de ressources financières, est-ce que vous avez d'autres difficultés particulières dans la mise en exécution de la mission qui vous a été assignée ?
Il n'y a pas de difficultés particulières, pas de handicap majeur dans le fonctionnement du conseil municipal. Je dois, toutefois, souligner que le conseil a besoin d'une formation continue ; il a besoin d'être éclairé parce que, comme on le dit, ce n'est pas facile. Il nous arrive même de nous poser la question de savoir pourquoi nous avons été élu maire. Et c'est la même chose pour les conseillers. Il nous faut donc une formation. Les conseillers doivent aussi s'habituer à l'idée qu'ils ne sont pas des gens qui sont là pour s'attendre à un salaire ou à quelque avantage que ce soit, mais plutôt des gens qui doivent se battre pour l'avenir de leur village ou de leur commune.
Vous êtes le maire de Safané, vous résidez à Ouagadougou. Cela ne pourrait-il pas être vu comme un handicap au bon fonctionnement du conseil municipal ?
Comme je vous l'ai dit, le problème ne se pose pas à mon niveau. Cela fait 15 ans que je suis à l'Assemblée nationale et j'ai toujours aimé mon village. C'est vrai qu'il y a de petites difficultés qui, d'ailleurs, existent partout. Ce n'est pas parce que j'ai été élu maire que je vais commencer à dire que ceci ou cela me manque pour aller au village. Même n'étant pas maire, si je dois aller au village, j'y vais. Je crois que tout cela relève de la volonté. Pour quelqu'un qui est déterminé, il peut y arriver sans problème.
Encadré 1
La parole à des citoyens
Loin d'être une panacée à tous les problèmes institutionnels, la décentralisation est un facteur de développement local, une démocratie à la base. Elle vise ainsi une meilleure répartition des rôles au niveau des acteurs socio-économiques et la libération des initiatives communautaires et locales. Deux après les élections municipales, des citoyens de Safané apprécient le processus et décortiquent la gestion du maire.
Sidiki Séré
"En 2 ans, Safané a changé"
J'apprécie positivement la communalisation intégrale qui est un système d'auto-prise en charge. Elle a permis aux gens d'avoir le courage et de se rendre par exemple à la mairie pour établir certains actes administratifs. Avant cela, nos parents des villages étaient obligés de passer par leurs tuteurs afin que ces derniers interviennent auprès de l'Administration. En deux ans, Safané a changé dans divers domaines. Aussi l'organisation des marchés a permis de mieux sensibiliser les commerçants pour le payement des taxes et impôts. Je peux vous avouer que deux années de communalisation intégrale ont convaincu plus d'un sur la nécessité de confier le développement des localités aux populations.
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