L'Autre Quotidien (Cotonou)

Bénin: L'envolée des prix des intrants met l'Etat sous pression

Gnona Afangbédji

8 Mai 2008


Malgré les énormes efforts consentis par le gouvernement pour maintenir le prix du ciment, le marché international semble vouloir le pousser à bout. L'Etat béninois est aujourd'hui tiraillé entre les pertes de recettes fiscales et une revalorisation du prix du ciment pour soulager un peu le marché.

Augmentera ou augmentera pas ? Alors qu'au fil des semaines, le marché international continue de donner des signaux alarmants, le gouvernement maintient toujours le statu quo sur les prix du ciment au Bénin. Depuis deux ans, le prix des matières premières importées (clinker, gypse, calcaire, sacheries) pour la fabrication du ciment ne cessent d'augmenter. Le clinker a vu son prix croitre de 63% en deux ans, et le gypse de 50%. Une envolée des cours des intrants à laquelle s'ajoutent le coût élevé du fret maritime et les effets pervers de la chute du cours du dollar. Le prix CAF de ces matières premières est passé de 46.000 francs Cfa, la tonne à environ 69.000 F CFA. Un montant qui tutoie le prix du ciment distribué dans les dépôts béninois.

De quoi donner du souci aux cimentiers béninois. Bien conscient de cette situation, le gouvernement a voulu jouer à l'équilibrisme afin de ne pas pénaliser les populations, au faible pouvoir d'achat mais, qui accordent un intérêt capital à l'habitat. A cet effet, dans le contexte général de la lutte contre la cherté de la vie, des actions importantes ont été engagées pour soulager les difficultés des cimentiers. Notamment la rétrocession des crédits d'impôts afin de leur permettre de disposer suffisamment de liquidités pour tourner à plein régime ainsi que des avantages fiscaux au cordon douanier. Mais ces mesures sociales qui ont accompagné le maintien du prix de la tonne à 69 000 FCFA ne semblent pas surmonter les problèmes du secteur qui vont de mal en pire.

Pénurie et spéculation

D'une part, la situation de pénurie perdure au niveau des dépôts créant ainsi une forte spéculation sur le marché. L'on ne trahit aucun secret en revétant que le ciment est livré, sur le marché noir, entre 80.000 et 100.000 FCFA la tonne. Cette spéculation s'aggrave au fil des jours du fait de l'incapacité des importateurs à agir pour combler le déficit. Pourtant, les importateurs agréés du ciment foisonnent dans les registres du ministère béninois de l'Industrie et du Commerce. Plus de 200 sociétés disposent aujourd'hui d'une licence d'importation au Bénin. Ironie du sort, aucune n'ose importer un paquet de ciment. La raison évoquée, le prix pratiqué sur le marché béninois n'est pas compétitif. Dans le même temps, le marché régional offre des opportunités d'affaires aux revendeurs subtils qui détournent le ciment produit au Bénin vers les pays limitrophes.

L'Etat au bout de ses efforts

Le gouvernement a fait ce qu'il pourrait pour limiter les dégâts, en sacrifiant des recettes fiscales potentielles pour maitriser l'inflation. Un geste largement apprécié dans le concert des Nations, pour un pays financièrement limité comme le Bénin. Cependant, l'entêtement du marché international ne semble pas aider l'Etat à maintenir le cap. Du coup, il serait intéressant d'envisager d'autres solutions pour normaliser la situation qui, actuellement, n'arrange ni les opérateurs économiques, ni les consommateurs victimes de la spéculation. Lors d'une réunion, tenue début avril 2008, à la chambre de commerce et d'industrie du Bénin, les cimentiers, à mots couverts, avaient demandé à être soulagés malgré les efforts du gouvernement pour ne pas se retrouver au bord de l'asphyxie financière. Aujourd'hui, face à la situation critique du marché, l'Etat semble se retrouver dans une impasse. En attendant que les nouvelles cimenteries soient opérationnelles, il sera plus indiqué de procéder à une hausse raisonnable du prix du ciment afin que les importations soient plus rentables pour le court terme. Cette option devrait limiter la contrebande et stimuler les investissements dans le secteur. Et partant l'accroissement de la capacité de production des unités existantes pour le moyen et le long termes.

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