L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Positions divergentes sur la compensation salariale

Alain Barbé

8 Mai 2008


Port Louis — La première réunion du National Pay Council (NPC), aujourd'hui, promet. L'association des employeurs est en faveur d'une compensation salariale minimale. C'est ce qu'elle propose dans un mémoire remis hier au NPC, dont l'objectif est de déterminer la compensation salariale pour 2008 dans le cadre de la hausse du coût de la vie.

Mais le syndicat Fron Travayer Sekter Privé (FTSP) propose Rs 800 minimum comme compensation.

Au gouvernment, on estime que les positions sont tellement inconciliables entre syndicats et patronat que le NPC risque d'être un échec.

Pour justifier sa position la Mauritius Employers Federation (MEF) tient en considération l'augmentation de l'indice des prix à la consommation et la productivité de la main-d'oeuvre. Or, le FTSP estime que les foyers, à la lumière des sondages qu'il a effectués, ont subi une hausse de prix de Rs 854 des denrées alimentaires de base entre mai 2007 et avril 2008.

Selon le syndicat, il faudrait aussi prendre en considération que les foyers n'ont pas été adéquatement compensés pour l'année financière 2006-2007 (Rs 416). Ce qui porte les augmentations totales de prix à Rs 1 270. En plus de cette perte de pouvoir d'achat, les foyers ont eu à encourir les augmentations de prix de l'électricité, du transport et de la taxe sur les eaux usées.

«Il est inacceptable d'inclure la capacité à payer et la productivité du secteur comme les critères pour le paiement de la compensation salariale. Il faut prendre en considération seulement le taux de l'inflation pour décider de la compensation salariale à payer», estime Reeaz Chuttoo, dirigeant du FTSP.

Mais, selon la MEF, cette compensation salariale minimale donnera plus de flexibilité aux entreprises d'accorder bien plus que ce qui est prévu, dépendant de leur capacité à payer.

Car une étude réalisée l'année dernière a indiqué que 55,8 % des entreprises ont payé plus que la proposition salariale proposée. De ce nombre, 20 % ont accordé en moyenne une augmentation supérieure à 10%.

Selon la MEF, la création d'emplois et le chômage sont en baisse. Malgré cela, des entreprises éprouvent des difficultés et leur optimisme est assez mesuré au sujet de la reprise économique observée au cours des deux dernières années.

Hausse des coûts

Le mémoire fait état de la hausse des coûts de production due aux augmentations des prix des matières premières et des produits pétroliers, du coût du fret, du faible taux de productivité, de manque de main-d'oeuvre, la compétition internationale et des goulots d'étranglement dans les infrastructures. Dans ce contexte, la fédération patronale estime important que le quantum de la compensation salariale accordée aux employés soit dans le droit fil du besoin de consolider la position macroéconomique du pays, favorise la création d'emplois et la compétitivité des entreprises.

La MEF fait état des difficultés de l'industrie sucrière. L'appréciation de la roupie va aussi affecter ses revenus. A la lumière de la baisse du prix du sucre pour les deux prochaines années, les revenus des producteurs sucriers passent de Rs 18 200 la tonne en 2007, à Rs 15 500 en 2008 et Rs 12 500 en 2009. Cette baisse de prix risque de s'accentuer si la roupie devrait s'apprécier davantage. Dans de telles circonstances, la marge de la capacité du secteur sucre de payer la compensation salariale est limitée.

Quant au secteur du tourisme, malgré l'expansion, il este «volatil» et «vulnérable». L'appréciation de la roupie va affecter les recettes et les profits de ce secteur. Une croissance de 7,2 % a été notée pour les trois premiers mois de 2008 comparé à 16,6 % pour la période correspondante en 2007.

Les tendances au niveau des réservations pour les mois à venir indiquent que la croissance en 2008 pourrait être inférieure à 2007. Un sondage de l'Association des hôteliers et des restaurateurs de l'île Maurice (AHRIM) indique que les recettes touristiques vont accuser une baisse de Rs 5,2 milliards en 2008 en raison de l'appréciation de la roupie. Par conséquent, au lieu des Rs 48 milliards prévus, ce sera Rs 42,8 milliards. AHRIM a recommandé qu'une compensation minimale soit accordée aux employés de ce secteur.

Entreprises différentes

Selon la MEF, il est important de prendre en considération les différences structurelles qui existent entre les entreprises, même celles qui opèrent au sein d'un même secteur. Pour cette raison la MEF prône, sur la question de politique salariale, une flexibilité d'approche afin de traduire de façon adéquate les différences dans la performance, la productivité, le potentiel de croissance et la capacité de payer.

Concernant le textile, des exportateurs ont exprimé leurs craintes au sujet de la compétitivité de ce secteur en raison de l'appréciation de la roupie.

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