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Ile Maurice: «Affirmer notre identité pour construire la nation arc-en-ciel»
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L'Express (Port Louis)
8 Mai 2008
Publié sur le web le 8 Mai 2008
Port Louis
Jocelyn Grégoire a réuni des milliers de personnes en cette fête du Travail. Je suis content de constater aujourd'hui, par la foule présente au stade Sir Gaetan, le réveil des consciences créoles. ( ) Je suis sûr que ce jour sera gravé dans notre histoire. Je suis très heureux de lever avec vous la flamme de cette fierté qui éclairera les ténèbres dans lesquelles nous avons trop longtemps vécu, très heureux de dessiner avec vous un arc-en-ciel mauricien où notre dignité sera reconnue.
( ) Je suis bien conscient que l'action que je mène soulève des questions. Pour certains, c'est l'occasion d'une réflexion sociologique et une analyse politique du problème des Créoles. Mais certains m'accusent de communalisme, de sectarisme. D'autres encore pensent que je vais renoncer à ma vocation de prêtre pour faire de la politique.
J'ai l'audace de croire que cette vocation me demande de ne pas dissocier la foi et la vie des gens. Mon action trouve sa signification dans ma vocation de prêtre, l'engagement que j'ai auprès des plus pauvres, dont les Créoles constituent la majorité. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le rapport sur la pauvreté à Maurice et les analyses des sociologues de l'université de Maurice et d'ailleurs. Ils soulignent que la communauté créole a un grand retard à rattraper par rapport à son développement économique, académique et politique.
arginalisés
Ce désarroi me peine énormément. Il provient de cette histoire que nous traînons, l'esclavage et le marronnage. Il provient de la manière dont nous avons été marginalisés depuis 1967. Le Créole a l'impression qu'on l'a puni pendant quarante ans parce qu'il était parmi les 44 % de Mauriciens qui ont voté alors contre l'indépendance. Son désarroi lui a fait perdre l'estime de soi, sa confiance en lui. Il se sent insignifiant. ( ) Que ce soit dans le domaine politique, dans le système économique, dans le domaine académique, dans le système juridique, les Créoles sont absents. Ils souffrent.
C'est eux qu'on trouve en majorité parmi les recalés du CPE, les drogués, les prisonniers ou les prostituées. Ce ne sont jamais eux qui sont en première ligne dans les promotions au niveau de la fonction publique ou du secteur privé, dans les admissions dans les écoles confessionnelles, dans ceux qui sont retenus pour des formations. Ma vocation de prêtre m'interdit d'être indifférent. Je trahirai ma fonction si je me contentais de poser la question «Ki fer Créoles souffert ?» sans chercher à apporter un peu plus de justice dans cette histoire qui pèse sur leurs épaules. ( )
La Fédération des Créoles mauriciens s'est donné trois missions spécifiques. La première est de sensibiliser les Créoles. Elle veut leur dire qu'il ne faut plus qu'ils croient qu'ils n'ont pas de racines. Ils viennent de ce peuple fier et fort, de cette tribu du Mozambique du Nord. On les appelle «Créole Mozambique» ? Mais c'est bien de là qu'ils viennent.
On dit aussi parfois «Créole malgache». Parce que vous descendez de cet autre grand peuple noble, des hauts plateaux de Madagascar. Vos ancêtres de là-bas étaient des prisonniers de guerre venus comme esclaves. Les Créoles doivent se réveiller et savoir d'où ils viennent pour refuser de faire partie de ce fourre-tout qu'on appelle population générale. Ils peuvent ainsi réclamer leur droit constitutionnel et exister comme une entité.
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La deuxième mission est d'aider les Créoles à affirmer leur dignité. La FCM veut dire aux Créoles qu'ils doivent désormais être jugés par la valeur de la contribution qu'ils ont apportée au pays, depuis l'esclavage. Ils ne se sont pas croisés les bras, même si l'adage dit «Kreol pares, kreol kontan amise». Ils ont contribué à faire de ce pays ce qu'il est aujourd'hui. Les Créoles ont une dignité. Elle se traduit par une ouverture aux autres communautés. Nous avons tous une belle-soeur ou un cousin d'une autre communauté.
Notre musique, notre joie de vivre, notre sens de l'hospitalité, nous les avons partagés. Nous avons donné à Maurice son métissage. La FCM veut que les Créoles le reconnaissent ( ) Si Maurice a l'ambition de devenir un pays de première classe parmi les pays africains, elle ne peut tolérer que certains citoyens soient de deuxième, voire troisième classe. Il faut que tous soient traités de la même manière.
La troisième mission de la FCM, c'est d'aider les Créoles à célébrer leur fierté. Il est important qu'il y ait l'acceptation et la reconnaissance de l'identité créole pour la construction de l'unité nationale. Le mauricianisme n'est pas une compote de fruits, mais une salade de fruits où chaque fruit garde son goût et sa spécificité.
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