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Maroc: La prévention routière en panne


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

8 Mai 2008
Publié sur le web le 8 Mai 2008

Julien Pagès

La route permet de se déplacer, elle relie les hommes et encourage les échanges de tous types. Des routes qui mènent « toutes » à Rome, à celle de la soie en passant par la fameuse road 66, première voie goudronnée à traverser les Etats-Unis d'est en ouest. Toutes à leur manière ont permis le développement des communautés par leur interconnexion. Néanmoins et de tout temps, la route tue. Autrefois parce qu'elle était parsemée de bandits, aujourd'hui plus en raison de la vitesse des déplacements.

Le Maroc possède, à ce titre, les plus mauvaises statistiques mondiales en termes de décès par véhicule en circulation : aujourd'hui, 29 personnes sur 100.000 perdent la vie dans un accident de voiture, quand elles sont une dizaine en Europe où la population est pourtant plus équipée. Vétusté du parc automobile, comportement des usagers (automobilistes, motocyclistes et piétons) surcharge croissante du parc ou encore inadaptation des infrastructures, les causes sont nombreuses et impliquent des situations très diverses. Autant que les opérations à mener pour améliorer la situation.

Comme le faisait remarquer Jean Baudrillard dans son ouvrage phare « La société de consommation », l'accident de voiture, dans les sociétés dites « modernes » apparaît comme le plus injuste et le plus spectaculaire des causes de décès. Largement retransmis, voire mis en scène par les médias, l'accident de la route représente dans l'inconscient collectif de pays où la guerre a disparu, la plus tragique et la plus imprévisible des morts accidentelles. Cette sensation explique l'usage d'un code de la route strict et d'une répression policière, qui, si elle peut être mal vécue par les utilisateurs, a toujours le dernier mot étant donné la taille de l'enjeu et la responsabilité de chacun.

Pour cette raison, les opérations se multiplient ces dernières années au Maroc, dans le sens d'une meilleure prévention. Réforme progressive du code de la route, révision des programmes d'auto-école, début de sensibilisation scolaire auxquelles s'ajoutent des campagnes de sensibilisation par panneaux publicitaires « chocs », des émissions de télévision consacrées au sujet ou encore des distributions de casques pour les motocyclistes, comme ce fut le cas, il y a peu, sur l'initiative du ministère.

Dans cette optique, ce mardi 6 mai, compagnies d'assurances, représentant du ministère du Transport et organismes de prévention, organisaient un nouveau séminaire de prévention routière. L'objectif affiché était d'y « proposer des recommandations concrètes permettant d'améliorer le partage de l'espace routier, cette question représentant un enjeu de santé publique », selon les termes du ministre. Ce séminaire regroupait une centaine de spécialistes, membres d'associations, experts automobiles, représentants de mutuelles ou encore des forces de l'ordre. Placées sous le signe du partenariat franco-marocain, les interventions et débats qui les ont suivis ont permis de dresser un bilan des expériences propres aux deux pays.

Selon Claude Rouy, de la délégation interministérielle sur la sécurité routière, la France, mauvais élève européen en matière de sécurité routière, a réussi à redresser la situation, ces dernières années, grâce à une « mobilisation des différents acteurs ». Un exemple de cette collaboration était donné par les représentants de la Mutuelle Macif. Celle-ci a créé sa propre association de prévention routière, réalisant différents supports de sensibilisation, plus tard reconnus par l'Etat comme étant « d'intérêt pédagogique ». Par cette appellation, ses supports ont pu être distribués au sein des collèges et des journées de sensibilisation sont, depuis lors, proposées chaque année à toutes les classes du pays. Cette démarche correspond à l'intérêt, pour les mutuelles, de prévenir les risques afin d'améliorer leur capacité de couverture.

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Le ministère de l'Equipement et du Transport, présentant une étude sur l'identification des zones d'accumulation des accidents dans Casablanca, a mis en garde les auditeurs contre une interprétation simpliste qui viserait à rejeter systématiquement la faute sur les conducteurs. Si ceux-ci se doivent, globalement, de « changer de comportement » comme il est à la mode de le dire, il semble évident que ce changement ne pourra se produire sans une révision des équipements routiers existants. En effet, comme le montrait la vidéo projetée par M. Chraibi, secrétaire du Comité national de prévention des accidents de la circulation, les mauvais comportements des usagers, en l'espèce, la traversée d'une portion de l'Avenue Mohammed VI à contresens pour atteindre une bretelle d'autoroute, proviennent souvent d'une mauvaise configuration des routes. Ici, une ouverture illogique du terre-plein central, laissait penser aux conducteurs qu'ils pouvaient le traverser pour rejoindre la route perpendiculaire. « Dans certains sites, l'absence d'aménagement oblige un conducteur respectant les règles à faire un détour de plus de 4km au lieu de 100m pour arriver à la destination souhaitée».

Généraliste, cette étude, tout en édictant ses propres recommandations, apporte des renseignements précieux pour les futurs choix d'aménagements de la ville, en recensant les points les plus dangereux, notamment à travers une carte des accidents. Elle recommande, de manière générale, une meilleure sensibilisation des techniciens aux impératifs de sécurité routière, la mise en place d'un service de contrôle et de propositions d'aménagements routiers, la mise en place de radars sur les avenues où la vitesse est la principale cause d'accident. D'autres études du même genre sont en cours de réalisation à Rabat, Fès et Marrakech.

Enfin, le problème de la vétusté du parc automobile devrait être progressivement résolu avec la création d'un réseau de centres de contrôle technique respectant scrupuleusement les normes en vigueur. Un réseau possédant une base de données centrale et auquel pourront se rallier les centres déjà existants pour, à terme, interdire la circulation aux véhicules trop dangereux.



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