Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)
Ely Ould Maghlah et Harouna Cissé
9 Mai 2008
Démission de gré ou de force, le gouvernement de Zein Ould Zeidane a rendu le tablier.
Pendant 12 mois, l'équipe gouvernementale la plus impopulaire de l'ère démocratique n'a cessé d'essuyer les critiques les plus acerbes ; aussi bien de la part de l'opposition que de la part de son propre camp.
Composée, pour l'essentiel, de technocrates, l'équipe de Zein a démontré son incapacité à aboutir au changement tant escompté.
Ce grand cadre, ayant obtenu plus de 15% des voies au cours du premier tour des élections présidentielles, diplômé de grandes universités françaises, cristallisait pourtant, au lendemain de son investiture à la tête du gouvernement, les espérances de beaucoup de mauritaniens. Mais, plus les jours sont passé, plus les mauritaniens avaient déchanté.
Pire, depuis les émeutes liées à la flambée des prix,survenues il y a de cela six mois, ils avaient commencé à crier au scandale et à clamer haut et fort que le gouvernement de Ould Zeidane doit, le plus vite possible, quitter la gestion des affaires publiques.
Aujourd'hui, la naissance du nouveau gouvernement, qui aura la lourde tâche de sortir le pays de la crise, s'annonce difficile.
L'épée de Damoclès
Elaboration des plans d'action, remise des feuilles de route, requête des fonds, ont été autant de conceptualisations et de théorie qui n'ont pu se traduire concrètement dans la réalité des faits vécus quotidiennement par les populations qui attendaient une amélioration immédiate de leur niveau de vie et sans qu'une mise en train des grands chantiers économiques et sociaux ne soit en marche.
Certes, l'arrivée du gouvernement de Zein Ould Zeidane a coïncidé avec le début d'une conjoncture internationale difficile caractérisée par la hausse fulgurante du prix du baril de pétrole. Cette hausse du prix de l'or noir s'est traduite par plusieurs difficultés liées à la flambée des prix, la rareté des denrées de consommation de base, auxqueelles sont venues s'ajouter les inondations, la recrudescence du trafic de la drogue et, récemment, la crise sécuritaire engendrée par la violence des présumés jihadistes. Ce sont là les principaux obstacles qui ont constitué le noeud gordien, se dressant d'un seul coup devant l'équipe de Zeine, réduisant toutes ces chances à pouvoir remettre les choses sur la bonne voie avec une démission qui constitue une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête.
Le coup de grâce
Depuis le deuxième semestre, le gouvernement de Zeine Ould Zeidane était mis t sous la sellette, victime de tous les torts et vilipendée de toutes parts. La réorganisation des soutiens du président, récemment opérée, dans des grands ensembles de la majorité et leur exigence d'être impliqués, ont été aussi pour quelque chose dans l'accélération des événnments, car elle a montré, tranquillement, la porte à cette équipe . Et chose faite, c'est le premier responsable de ce grand regroupement de la majorité qui s'installe désormais aux commandes du gouvernement. Sidi Ould Cheikh Abdallahi aura, ainsi, investi son poulain de nouvelles charges. Car, l'homme est déjà responsable du dossier du retour des déportés, du plan d'urgence et président du parti PNDD (ADIL), parti de la majorité.
Un gouvernement de Majorité
Ould El Waghev, a tenu, hier, dans l'après-midi une réunion avec les représentants du courants « Mithagh Elwihda »(coalition des soutiens de Sidi Ould Cheikh Abdellahi). A leur sortie de cette réunion, certains représentants de cette coalition, contactés par Nouakchott info ont souligné que que que Ould Ahmed Elwaghev a déclaré que « le président de la République l'a chargé de constituer un gouvernement politique de la majorité ». Ces mêmes leaders de la coalition du « Mithagh Elwihda », ont unanimement declaré que la participation de l'opposition au gouvernement ne serait pas envisageable, pour le moment.
C'est dans ce cadre que M.Abdessalam Ould Horma président du parti Sawab a exclu, franchement la présence de l'opposition au sein de la nouvelle équipe. Cependant que M. Moustapha Ould Abeidarrahmane, président du parti du Renouveau Démocratique (RD) a ajouté qu'il ne serait possible d'intégrer le nouveau gouvernement, que pour les formations qui soutiennent le programme du président Sidi Oul Cheikh Abdellahi.
Pour sa part, Mohamed Yehdhih Ould Hacen, président du parti ELBEDIL, a affirmé que le fait d'intégrer les soutiens du programme de Ould Cheikh Abdellahi constitue la condition sine qua non pour appartenir à la nouvelle équipe. De l'autre côté, l'opposition exprime des positions moins uniformes.
Une opposition partagée
Pour leur part, les dirigeants de l'opposition déjà rencontrés par Yahya Ould Ahmed Elwaghev, ont exprimé des avis mitigés. Jemil Oul Mansour, député président du parti Tewassoul, a affirmé à sa sortie d'audience que le prochain gouvernement serait un gouvernement ouvert à tout le spectre des partis politiques.
Cependant que le leader de l'opposition, président du RFD, M.Ahmed Ould Daddah s'est refusé à tout commentaire, laissant entendre que la position de son parti fera l'objet d'une déclaration qui sera rendue publique aujourd'hui. Des sources dignes de fois ont affirmé à Nouakchottinfo que, les deux chefs de partis Tewassoul et UFP, rencontrés en aparté par Yahya Ould Ahmed Elwaghev, auraient reçu la proposition de la participation de leurs formations au futur gouvernement.
Il demeure, pour le moment, clair que le nouveau premier ministre devra trancher sur cette question de constitution du gouvernement, ce qui ne serait pas une tâche des plus faciles, car il s'agit de trouver les hommes qu'il faut pour sortir le pays de la crise.
Il aura, peut-être, à opérer son choix parmi ceux dont le pedigree répondrait aux critères de compétences requis et aux consignes du président. Ould Ahmed Elwaghev devra se livrer à une véritable gymnastique qui l'aurait conduit à chercher « les perles rares » partout où elles pourraient se trouver. Il aura à entreprendre, pour ce faire, un véritable nettoyage des écuries d'Augias.
Serait-il entrain de vivre les jours fatidiques de sa carrière politique, au moment où il a, entre les mains, le destin d'une Nation déjà menacée par une crise multiforme?
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