L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Disco

9 Mai 2008


Port Louis — Contrairement à ce que pourraient s'imaginer les lecteurs de moins de 25 ans, la crétinisation des masses n'a pas commencé avec l'avènement de la techno. Elle était déjà bien installée, il y a une trentaine d'années, avec ce que les marchands de vinyle, relayés par des médias toujours complaisants, avaient nommé «le phénomène disco».

Les plus jeunes auront du mal à se l'imaginer. En ce temps-là (1975-1985, plus ou moins), John Travolta était surtout connu pour ses talents de danseur, il était mince et il avait une coupe de cheveux dont la particularité était justement de n'en avoir aucune. Ce qui n'empêchait pas les jeunes Mauriciennes de se pâmer d'amour pour tout jeune homme arborant la même coupe de cheveux. Les Boney M, Abba, Bee Gees et autres berçaient les coeurs de leurs fadaises monotones. Et le crooner belge, Jean-Philippe Smet, égal à lui-même, réclamait un retour au «bon vieux temps du rock'n roll».

Il fallait cette introduction un peu longuette pour expliquer aux plus jeunes certaines des choses auxquelles le réalisateur Fabien Oteniente fait référence dans Disco, son dernier film. Par exemple, le fait que son héros, Didier Graind'orge/Franck Dubosc, ancien champion des pistes de danse de sa région, tient à se faire appeler Didier Travolta. Ou encore, certains échanges (Gérard Depardieu dans une de ses tirades, notamment) à propos de toute cette époque de la mode disco. Et surtout, le choix même du sujet : la nostalgie un peu ringarde de ces années-là.

L'autre raison de cette introduction qui n'en finit pas est un peu moins honnête. Disco est tout simplement une petite comédie à propos de laquelle il n'y a franchement pas grand-chose à dire, en bien ou en mal. Pour la bonne raison qu'il n'y a dans Disco, rien qui n'ait déjà été vu ou entendu ailleurs. « Après tout, qu'est-ce qui est ringard et qu'est-ce qui ne l'est pas ?» demande Emmanuelle Béart (France Navarre, professeur de danse classique) vers la fin du film. L'incertitude est un propos bien dans l'air du temps, tout comme une certaine indulgence ou affection pour la ringardise. La nostalgie aussi est dans l'air du temps, même si elle n'est plus ce qu'elle était. Il n'y a dans tout cela absolument rien de condamnable et le fait qu'on soit nostalgique ou non des années 'disco' ne changera rien à l'appréciation qu'on aura du film.

Franck Dubosc dans le rôle principal, nous rejoue son personnage d'adolescent quadragénaire. Il se dandine au rythme des années 1975-1985, ce qui le rend attachant de ringardise et il commet quelques gaffes énaurmes qui nous font plus ou moins sourire. Gérard nous fait du Depardieu, c'est-à-dire qu'il cabotine, mais cela passe très bien, vu le contexte. Samuel Le Bihan révèle d'étonnants talents de danseur, malgré sa carrure de docker. Et Emmanuelle Béart apporte à l'ensemble un charme et une grâce qu'elle possède tout naturellement. Autrement, Disco nous raconte une petite histoire dont on aura anticipé chacun des tournants du début jusqu'à la fin. Les petites gens y sont caricaturées sans aucune méchanceté et il y a presque une confrontation entre leur monde et celui des bourgeois, mais ce film n'affiche pas les ambitions d'une comédie sociale à l'anglaise. Malgré la pauvreté de l'ensemble, on finit par céder à l'enthousiasme des comédiens. Après Camping, Fabien Oteniente donne l'impression de vouloir exploiter un filon, mais il ne s'agit là que d'un procès d'intention. En attendant, le disco est de retour. Sauve qui peut !

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