Nilen Kattany
9 Mai 2008
Port Louis — Convoqué en cour comme témoin dans une affaire de drogue, le Premier ministre affirme qu'il n'est pas au courant du cas. Pour lui, la convocation est un «abus de procédure de la cour». Gérard Marco Théose se dit victime d'un piège pour l'accuser de possession de drogue. Il travaillait chez Navin Ramgoolam.
Le Premier ministre devait comparaître devant le tribunal de Curepipe le 6 mai en tant que témoin dans une affaire de drogue. Il a sollicité la Cour suprême la veille, pour demander à être dispensé. Demande agréée. Mais la défense pourra le convoquer à nouveau après l'audition des autres témoins dans l'affaire
Le Premier ministre estime que ce sera un abus de procédure de la cour de le convoquer en tant que témoin vu qu'il n'est pas au courant de cette affaire. «I was not personally involved in the alledged complaint nor was I personally aware of the facts alledged. I further aver that I do not have any personal or material or relevant evidence to give I am advised and verily believe that calling me to appear constitutes an abuse of process of the court", peut-on lire dans l'affidavit de Navin Ramgoolam. L'affaire remonte à 2004.
Le 14 février, le maître-chien (dog handler) de Navin Ramgoolam, Gérard Marco Théose, est arrêté pour possession de cannabis à Allée-Brillant, Vacoas. La police l'interpelle non loin de sa maison avec 1,38 gramme de drogue dans six sachets de cellophane dissimulés sous la selle de son cyclomoteur.
«J'ai passé deux nuits en taule à cause de cette interpellation», dit Gérard Marco Théose. Ce dernier ne cesse de crier à l'injustice. Selon lui, un des agents de police affectés au domicile de Navin Ramgoolam à l'époque a monté un coup pour le piéger. Ses malheurs commencent vers la fin de 2003. «Mon patron et sa femme étaient en vacances à l'étranger. Zis avan ki zot aller madam ine remarke ki mo motocyclet ti en pann. Li dir mwa line aranz ene transpor pou vinn sers mwa et kit mwa lakaz».
Selon Gérard Marco Théose, personne n'est venu le récupérer ni le conduire chez lui après ses heures de travail. «Quand madame est rentrée des vacances, elle a remarqué que je venais au travail à pied. Elle m'a demandé pourquoi je ne venais pas en voiture. Je lui ai répondu que personne ne m'a conduit ni ce jour-là, ni durant son absence. Je ne sais pas ce qui s'est passé après mais je peux vous dire qu'ils n'ont pas apprécié». L'un d'eux lui aurait même dit : «To bizin mercedes pou voyager toi ?».
«Comment nourrir ma famille ?»
Gérard Marco Théose est persuadé que les policiers lui ont gardé rancune. «Un des policiers connaissait mon beau-frère. J'ai appris par la suite que le policier lui avait dit qu'il allait me piéger. Ma soeur m'a même dit de faire attention.»
C'est d'ailleurs pour se protéger que Gérard Marco Théose aurait alerté Navin Ramgoolam de cette machination probable. Le 14 février, alors que le couple Ramgoolam est une nouvelle fois à l'étranger, Gérard Marco Théose est arrêté pour possession de drogue. Il affirme avoir fait mention dans sa déposition de ce complot et aussi sa confidence à Navin Ramgoolam. La drogue aurait été mise dans son cyclomoteur dans la cour de Navin Ramgoolam. «J'avais l'habitude de garer mon véhicule à côté du police post. Je partais ensuite voir les quatre bergers allemands».
«Quelques jours après mon arrestation, j'ai été remercié. Ma femme, qui faisait la cuisine, a connu le même sort», dit Gérard Marco Théose, qui affirme qu'il est resté sans emploi pendant quatre mois. «Je ne savais plus comment faire pour nourrir ma famille. C'était l'enfer».
Il dit désormais craindre pour la sécurité d'emploi - il a trouvé un nouveau poste - car ce procès dure trop longtemps. «Cela fait quatre ans. Je me suis absenté à plusieurs reprises de mon travail. Mes supérieurs m'ont déjà fait la remarque. Je ne sais pas comment je vais faire si je perds cet emploi aussi», s'inquiète-il.
Gérard Marco Théose devra comparaître à nouveau devant le tribunal de Curepipe 13 mai. Il a retenu les services de Me Ashley Hurhangee. «Je veux en finir avec ce cauchemar une fois pour toutes. Ces allégations sont synonymes de menottes pour moi».
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