L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Maltraitance - Responsabilités partagées

Valérie Olla

9 Mai 2008


Port Louis — Seyfoullah avait 7 ans. Mardi après-midi, il a rendu l'âme après avoir passé près d'un mois dans le coma. Lorsqu'il a été admis à l'hôpital Jeetoo, il avait le corps couvert de cicatrices. La conséquence de coups que lui aurait infligés son beau-père. Chaque jour, comme Seyfoullah, de nombreux enfants sont victimes de maltraitance. Victimes de sévices corporels. Victimes d'abus sexuels. De janvier à mars de cette année, pas moins de 165 de ces cas ont été enregistrés auprès de la Child Development Unit (CDU). L'an dernier, 566 cas avaient été dénombrés. Une fillette avait même trouvé la mort.

Sachant que dans 60 % des 94 cas de sévices corporels enregistrés de janvier à mars par la CDU, c'est un membre même de la famille, soit le père ou la mère et dans certains cas, les deux parents qui sont responsables de ces sévices, la communauté environnante a un rôle à jouer afin que cessent ces violences. C'est pourquoi, le ministère des Droits de la Femme, du développement de l'enfant et du bien-être de la famille demande la collaboration de la communauté.

Hier, il a présenté son programme de formation sur «Violence against women and Children through Community Safety & Capacity Building» à l'intention de quelque 1000 personnes engagées dans la communauté à travers le pays. Qui dit communauté, dit les voisins mais également l'école et par conséquent, les enseignants. Des enseignants qui ont la responsabilité de signaler aux autorités un enfant à risque. Car comme le dit Karoona Chooramun, responsable de la CDU, «dimoun dir kot lotorite ete me fode nu averti pu nu kone». Ce n'est certes pas les parents maltraitant qui viendront de l'avant

Mais si les marques ne sont pas visibles, comment un enseignant peut-il dépister un enfant maltraité, voire torturé ? Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children, explique: «Si en plein mois de janvier un enfant porte un pullover, l'enseignant doit se poser des questions. Si sa performance n'est plus ce qu'elle était ou si l'enfant a changé, il y a quelque chose qui ne va pas chez cet enfant. Il faut le faire savoir. C'est à des professionnels de take over.»

Du côté du ministère de l'Education, 22 travailleurs sociaux opèrent. «S'ils détectent certains signaux ou s'ils remarquent de longues absences d'un enfant, ces travailleurs sociaux ont le devoir d'enquêter. Si après enquête, ils suspectent une maltraitance, ils nous réfèrent le cas en question», explique la responsable de la CDU. Selon l'article 11 de la Child Protection Act, les enseignants, tout comme le personnel médical et para-médical, ont l'obligation de rapporter les cas de maltraitance.

L'Ombudsperson for Children a rappelé que la non-assistance à personne est un délit selon la loi. «Si ou trouv ene zenfan pe gagne bate, ou pa kapav ferme ou lizie.» Et puisque quatre des cas de maltraitance enregistrés de janvier à mars ont été perpétrés par des enseignants, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a rappelé que le châtiment corporel est illégal à Maurice. «Il n'y a pas une loi spécifique qui le mentionne mais le code pénal dit bien que l'assault est interdit par la loi. Afin qu'il n'y ait pas de flou à ce sujet, il faudrait peut-être amender le Child Protection Act. La loi doit être claire.»

Peur des représailles

La CDU travaille actuellement sur un projet de «Child Protection Clubs» au niveau des écoles. Enfants, enseignants, assistants maîtres d'école et maîtres d'école seraient alors sensibilisés et «empower», afin de développer les aptitudes et les techniques afin de dépister les enfants maltraités. Les enseignants du pré-primaire et du primaire bénéficient déjà d'une formation du bureau de l'Ombudsperson for Children. Mais malgré cette formation, certains hésitent encore à avertir les autorités lorsqu'ils suspectent un cas de maltraitance.

Si pour Shirin Aumeeruddy-Czifrra, dans certains cas, il s'agit tout bonnement d'«égoïsme», pour Ramakrishna Appadoo, qui assure la liaison entre la CDU et les écoles à travers le programme IEC (Information Education Communication), les enseignants ont surtout peur des représailles des parents. Et puis, ils ne veulent pas que la CDU ou la police fasse appel à eux par la suite.

C'est pourquoi, Ramakrishna Appadoo insiste sur la possibilité de garder l'anonymat en téléphonant sur le 113, la Hotline de la CDU. Ce service gratuit est opérationnel 24/24.

Be the first to Write a Comment!

Copyright © 2008 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Ile Maurice

Ask Obama a Question