Utilisez le menu pour découvrir d'autres articles
  


Ou Recherche Avançée pour les Abonnés Uniquement


Cliquer ici pour lire les commentaires ou réagir sur le sujet »

Congo-Kinshasa: Quand les phallus disparaissent


Le Potentiel (Kinshasa)
 

Envoyer par email

Imprimer cet article

Poster un commentaire

Le Potentiel (Kinshasa)

ANALYSE
9 Mai 2008
Publié sur le web le 9 Mai 2008

Kä Mana
Kinshasa

Réflexion sur une psychose sociale

A un rythme de plus en plus inquiétant, le phénomène de vol et de rétrécissement des phallus explose en véritable psychose dans les grandes villes africaines. Il soulève partout des peurs irrationnelles et livre les populations à une insécurité psychique profonde. La « rue » africaine en parle abondamment, les médias en intensifient l'effet dévastateur et les pouvoirs publics se trouvent déroutés devant leurs peuples, au point d'intervenir souvent de manière chaotique et incohérente, pour prendre des mesures qui n'ont rien à voir avec la signification profonde des rumeurs de la radio-trottoir ou du charivari étourdissant du monde médiatique désemparé face aux sexes qui disparaissent ou se rétrécissent étrangement.

D'UN PAYS A L'AUTRE

Il y a une vingtaine d'années, c'est Lagos et certaines grandes agglomérations du Nigeria qui furent l'épicentre des rumeurs sur cet étonnant phénomène. Tout le pays fut pris d'une panique irrationnelle et plongea dans une peur diffuse, sans que l'on cherche à savoir exactement ce qu'il en était de ce curieux vol de sexes mâles ni de quelle manière fonctionnait exactement l'opération de rétrécissement des phallus que les rumeurs les plus folles répandaient dans toute la société.

J'ai assisté à l'explosion de la même terreur sociale il y a cinq ans au Bénin : toute la ville de Cotonou fut prise d'une sorte de convulsion face aux récits de disparition de sexes par simple attouchement ou par simple regard lubrique chargé d'un pouvoir puissamment « voudouvoudou ». Il était devenu impossible de s'adonner à des gestes de tendresse dans les salutations et les conversations de tous les jours, tellement les hommes craignaient d'être victimes de la neutralisation de leur puissance phallique.

Il n'y a pas longtemps, ce fut le tour du Cameroun d'entrer dans la danse macabre des rumeurs sur l'épidémie de vol et de rétrécissement de sexes. Dans la ville de Foumban et dans la capitale, Yaoundé, mille et un récits se répandirent comme une fumée macabre, avec mille et un témoignages colportés par des personnes qui assuraient avoir vu, vraiment vu de leurs yeux et touché de leurs propres mains, des hommes ayant perdu leurs atouts masculins en une fraction de seconde.

Aujourd'hui, c'est Kinshasa qui tremble de peur et brûle de la forte fièvre des phallus volés et des « engins masculins » rétrécis. On dirait qu'une armée de malfaiteurs et de soldats invisibles a pris la ville d'assaut et qu'elle s'en prend sans pitié aux hommes pour neutraliser leur puissance mâle. Comme au Nigeria il y a vingt ans, comme au Bénin il y a cinq ans et comme tout récemment au Cameroun, l'imagination populaire a livré notre capitale à des convulsions de panique qui font dire tout et son contraire sur les menaces pesant aujourd'hui sur la masculinité congolaise et sur ses énergiques pouvoirs d'assaut érotiques.

FAUSSES LECTURES D'UNE GRANDE PSYCHOSE

Qu'en est-il exactement de ce phénomène de vol et de rétrécissement des sexes ? Pourquoi les rumeurs sur son expansion ont-elles un impact si puissant et si profond au coeur de nos populations ? Que veut dire une société quand elle sème dans sa propre conscience la peur, pour les mâles, de perdre leurs attributs les plus intimement précieux ?

Liens Pertinents

A Kinshasa, les deux lectures qui sont faites du vol et du rétrécissement des sexes mâles sont manifestement fausses. Elles reprennent la même vision superficielle que j'ai pu observer au Nigeria, au Bénin et au Cameroun face aux mêmes rumeurs et à la même traînée de poudre de la « rue » et de la radio-trottoir.

La première fausse lecture, c'est celle qui croit qu'il s'agit d'un phénomène physique d'une perte observable des phallus ou d'un rétrécissement observable de « l'engin masculin ». Chaque fois que des enquêtes de police ont été menées sérieusement au Cameroun, au Bénin et au Nigeria, comme maintenant à Kinshasa, il n'y a pas eu de doute sur le fait que les récits colportés parmi les populations ne reposaient sur aucun fait concret. Tout relevait du registre des fantasmagories populaires et des affabulations irrationnelles, dans un jeu de rumeurs que tout le monde reprend sans se poser la question de la réalité même de ce dont on parle.

La « rue » africaine et ses réseaux de communication visibles ou invisibles grouillent des dynamiques de ces phantasmes et affabulations sans fondement. De bouche à oreille, de grossissement de récits en grossissement de récits, par la fureur d'un verbe populaire qui dispose chez nous d'une magie irrésistible et d'une prégnance redoutable, on « engrosse » l'imaginaire populaire d'une foi irrationnelle en des phénomènes purement invérifiables, complètement inventés dans une atmosphère globale où toutes les fables sont possibles, même quand elles ne sont que pure « folie ». C'est cette puissance de l'irrationnel et des croyances populaires infondées qui fait vraiment problème dans nos pays africains. Que des hommes et des femmes, sans aucun recours à leur capacité de réflexion critique, se mettent à colporter des rumeurs dont on ne prend pas le temps de vérifier l'exactitude est une véritable tare de l'esprit, un mal de société contre lequel il y a lieu de lutter. Le vol des sexes et le rétrécissement des phallus ne sont que le miroir et l'expression de cette « enflure de l'irrationnel » (1) dont souffre nos pays. Ils n'ont d'autre réalité que celle d'une crédulité populaire contre laquelle il est temps de lutter.

Page 1 of 3123


AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

 
Partagez cet sur:
Facebook
Digg
Del.icio.us
StumbleUpon
Muti


Faites d'allAfrica.com votre page d'accueil | Fils RSS

Début de page | Plan du Site | Qui Nous Sommes | Publicité | Recherche | Abonnement

Un commentaire? Remplissez le formulaire. Données Personnelles .

HOME
allAfrica.com


Liens Pertinents




Le « Groupe de Contact » de l'accord de Dakar se penche de nouveau sur la crise tchado-soudanaise
Éviter l'escalade entre Khartoum et N'Djamena
Rencontre entre Kabila et Museveni pour parler de pétrole
Une employée de la radiotélévision publique assassinée
Jeux olympiques 2008 - 87 jours pour convaincre