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Madagascar: «D'accord pour payer des impôts car nous, artistes, avons enfin une existence légale » affirme Nini de Kiaka
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Midi Madagasikara (Antananarivo)
9 Mai 2008
Publié sur le web le 9 Mai 2008
Patrice Rabe
Quand on lui dit qu'il est l'un des piliers du rock malgache, Nini ne peut pas s'empêcher de sourire. Et pourtant, il est bel et bien l'une des locomotives de ce genre musical qui transcende les générations. Le rocker endiablé d'il y a 22 ans, a laissé la place à un artiste citoyen, conscient de tous les problèmes que le pays traverse.
Nini revendique son statut de professionnel de la musique car il vit par elle et pour elle et c'est donc de manière consciente qu'il accepte de payer des impôts. Il y voit une reconnaissance égale de sa condition d'artiste. Il revient sur sa carrière qui est en train de reprendre de plus belle, ces derniers temps, mais il parle aussi de la relève qui tarde à trouver ses marques. Interview.
Le groupe Kiaka semble, récemment, être sorti de son silence musical. Qu'est-ce qui nous vaut ce retour sur le devant de la scène ?Mes camarades et moi, n'avons jamais quitté le monde de la musique. En fait, il s'agit pour nous d'une stratégie. Il n'est pas bon d'occuper en permanence le devant de la scène.
L'absence est même bénéfique car elle crée une certaine envie chez le public. Cette absence est même relative car nous avons fait des cabarets et des concerts sans tapages médiatiques. Cette année, nous amorçons notre retour sur le devant de la scène. Depuis janvier, nous faisons au moins un grand spectacle par mois. Le dernier en date est celui du P'tit Tana, vendredi de la semaine dernière. Et je peux vous dire que nous avons retrouvé cette ferveur rock qui nous anime depuis toujours.
Le rock a besoin de grande scène pour exploser. N'envisagez-vous pas de vous produire dans des grandes enceintes comme Antsahamanitra ou Antsonjombe ?Comme je vous l'ai dit plus haut, tout est question de stratégie. Pour faire cela, il faut être pris en main par des grandes maisons de production. Le monde du showbiz a beaucoup évolué. Il n'est plus possible de s'auto-produire car il faut beaucoup investir. Mes camarades et moi, préférons affirmer notre présence sans faire de grand tapage et je peux vous dire que cela paie.
L'effet « Kiaka » est toujours là. Nous sommes fiers de rester une référence dans le monde du rock. Je peux même vous dire que dans notre public, il y a plusieurs générations qui se côtoient. Tenez, lors du cabaret au P'tit Tana, nous avons l'heureuse surprise de voir des grands parents venir avec leurs petits enfants.
N'avez-vous pas peur de ne plus pouvoir être en phase avec la jeune génération de rockers malgaches ?Je ne connais pas tellement la musique rock de la jeune génération, mais je peux vous dire que nos morceaux sont toujours autant appréciés. Certains d'entre eux ont vraiment marqué les esprits. Tenez, par exemple, « Faly » est entré dans le domaine public, en devenant l'hymne d'un candidat à l'élection communale d'Antananarivo. « Asabotsy alina » est la chanson de ceux qui ont envie de sortir le week-end.
Vous marquez votre retour par la sortie d'un DVD. On n'y trouve que des tubes archiconnus. N'avez-vous pas de nouvelles compositions ?Nous avons beaucoup de nouvelles compositions, mais chaque chose a son temps. Nous préférons offrir à nos admirateurs une sorte de survol de notre carrière en chansons.
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En vous regardant aujourd'hui, j'ai du mal à retrouver le jeune rocker fougueux que vous étiez à vos débuts. Si je vous dis que je vous trouve plus assagi, est-ce que je vous vexerai ?Je n'ai plus vingt ans. J'ai mûri et j'ai évolué avec le temps. Je crois que c'est normal. Mais la passion du rock est toujours intacte. Les grands groupes traversent le temps. Se moque-t-on aujourd'hui des Rolling Stones, de Deep Purple ou de Led Zeplin ? Pour en revenir à moi, je dirai que je suis devenu plus responsable. J'agis comme tous les pères de famille malgaches. Je me soucie de l'avenir de mes enfants.
Permettez-moi de saisir la balle au bond pour parler de sujets plus actuels. Je voudrai vous demander votre avis sur l'imposition des artistes.Alors là, je suis pour à 100%. Nous, artistes, devons contribuer au développement du pays en payant des impôts. Mais, c'est aussi une reconnaissance implicite que nous accorde l'état.
Dorénavant, nous aurons une existence légale et nous pourrons nous en servir dans notre vie professionnelle.
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