|
|
Maroc: Les révoltes urbaines de janvier 1984 au Maroc
![]() |
||||||||||
|
||||||||||
Libération (Casablanca)
9 Mai 2008
Publié sur le web le 9 Mai 2008
Jean-François Clément
Le matin du 11 janvier, les élèves du principal lycée de la région Abou Yaqoub Al Badisi organisent une manifestation. Ils crient en arabe : «Etudiants, unissez-vous !» ou «Nous n'avons pas l'intention d'abandonner la lutte des masses populaires ». En berbère, on entendait le slogan : «Main dans la main comme les doigts d'une main».
Aussitôt alerté, le pacha vient dans la cour du lycée tenter de calmer les élèves mais en vain. Aussi la décision est prise de faire intervenir les forces auxiliaires disponibles accompagnées de quelques inspecteurs des renseignements généraux. Quelques lycéens sont blessés.
Le jeudi 12, les lycéens repensent leur mouvement. Mais le ministère de l'Intérieur qui vient de régler l'affaire de Marrakech les jours précédents renforce cette fois les hommes des forces auxiliaires avec des soldats de la Marine qu'il n'était pas besoin de faire venir de l'extérieur puisqu'il y avait une petite caserne sur place. Les lycéens cassent des tables du lycée pour s'en faire des gourdins.
Dans la soirée, la manifestation occupe l'avenue principale de la ville. S'y joignent alors des marginaux et des pêcheurs qui se trouvaient dans les cafés ou près de la station des autocars. Les mots d'ordre sont dirigés contre le régime ou contre l'augmentation des prix. Un affrontement très violent a lieu puisqu'y apparaissent des armes blanches. Les forces de l'ordre ont plusieurs blessés et même un mort dans la soirée. Les émeutiers quittent alors la ville pour se réfugier dans la montagne.
Le vendredi 13, la matinée est calme. Mais dans la soirée, les slogans tournent en injures à l'encontre du Roi. D'un côté, il y a une partie des lycéens, des marginaux divers, des marins-pêcheurs et des habitants du quartier populaire Barrio Haddou. En face les soldats de la Marine et les forces auxiliaires. La fusillade commença à 16h30 et dura jusqu'à 18 heures. Les manifestants avaient coupé toutes les rues avec des tonneaux, des pierres ou des pneus qu'ils incendièrent. Ils tentaient de brûler les véhicules qui avaient amené les marins.
Les femmes du Barrio Haddou faisaient entendre leurs youyous. « C'est la première fois qu'on fait ça ! », disait un garçon, rappelant ainsi que la révolte de 1958 était le fait d'une autre génération.
L'officier chargé du maintien de l'ordre avait un souci primordial : empêcher les révoltés d'approcher de la caserne de la Marine ou de celle des forces auxiliaires afin d'éviter le pillage des stocks d'armes. La fusillade fit quatre morts dont un enfant de 10 ans.
Il y eut un cinquième mort au cours de la nuit. On relèvera d'assez nombreux blessés. Mais les soldats n'ont pas osé suivre durant la nuit les hommes réfugiés dans la montagne. On entendait simplement des coups de feu isolés. En ville, un couvre-feu de fait fut institué à 18h30. C'est ainsi que la situation fut calme le lendemain et ce n'est pas en ville qu'il y eut le plus grand nombre de victimes mais bien à la campagne.
Et lorsque les troubles reprirent le lendemain matin, le 14, et cela à cause des réfugiés de la ville, ce fut au souk Sebt d'Imzouren. Ce marché est le seul centre rural du pays des Ayt Waryaghan d'accès facile par la route. Ce souk jadis le second de la tribu après celui de Taourirt à l'époque espagnole, est aujourd'hui devenu le premier et son équipement permanent est séparé du lieu du marché proprement dit.
Ce souk est relié à Al-Hoceima mais par-delà à l'Oriental marocain et en particulier à Oujda. La révolte grondant, le caïd téléphona au gouverneur pour obtenir des renforts. On lui fit parvenir des forces de gendarmerie, des forces auxiliaires et des soldats de la Marine puisqu'en ville l'ordre était rétabli : les troupes eurent immédiatement l'ordre de tirer: il y eut plusieurs morts et des blessés. Les arrestations furent nombreuses.
Dans la nuit, un autre petit souk, Thamasind, souk du dimanche, celui-là est situé à 6km de la route principale, mais qui est aussi une ancienne communauté dotée d'un coutumier célèbre, se soulève à son tour. Les villageois y attaquent à l'arme blanche la petite caserne des forces auxiliaires. Les soldats ripostent. Il y a 4 morts et des blessés parmi les assaillants mais il y eut aussi des victimes chez les forces auxiliaires. Là aussi il y eut des arrestations.
|
Le lycée d'Al-Hoceima reste fermé plusieurs jours. Les arrestations en ville eurent lieu dans les journées qui suivirent. Elles visèrent, outre les lycéens, le bureau syndical des marins-pêcheurs dont le secrétaire général El Bazouri fut arrêté car un pêcheur avait été tué lors des affrontements en ville. 113 arrestations furent maintenues .
| |||||||||||||||||||||||||||||
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Faites d'allAfrica.com votre page d'accueil | Fils RSS | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Début de page | Plan du Site | Qui Nous Sommes | Publicité | Recherche | Abonnement | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Un commentaire? Remplissez le formulaire. Données Personnelles . | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
![]() Les plus actifs du jour
|