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Bénin: « Un artiste qui ne s'expose pas, n'existe pas »
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L'Autre Quotidien (Cotonou)
INTERVIEW
9 Mai 2008
Publié sur le web le 9 Mai 2008
Franck Raoul Pedro
MÉTIER DE GALERISTE AU BÉNIN - OUSMANE ALEDJI EN PARLE
Après la création, il faut bien pouvoir disposer d'un cadre pour rendre publique une oeuvre artistique conçue avec beaucoup de passion et de professionnalisme afin de la faire apprécier.C'est d'ailleurs au cours de cette dernière étape du processus qu'intervient le rôle de la galerie et surtout du galeriste. Malheureusement, beaucoup ne le perçoivent pas souvent car les galeries ne courent pas les rues au Bénin. Dans cet entretien, Ousmane Alédji, promoteur culturel devenu galeriste par la force des choses, parle de son expérience et du rôle d'une galerie dans la promotion des objets d'arts et surtout des toiles artistiques.
Comment êtes vous devenu galeriste ?
Avant de vous parler de mon expérience, je tiens d'abord à vous donner ma définition d'une galerie. Je pense qu'une galerie, c'est un esprit, plus un esprit qu'un local ou un cadre rempli de toiles et d'oeuvres d'art. Je ne suis pas galeriste de formation, mais je suis un passionné de l'art sous toutes ses formes. Et pour ce faire, je me trouve contrains par la force des choses à jouer un rôle d'accompagnateur, quelqu'un qui défend le travail des artistes, qui en fait la promotion, l'accompagne jusqu'à sa maturité et son accomplissement total. Le faisant, je me substitue à un galeriste qui est quelqu'un disposant d'une bonne culture et d'une meilleure connaissance des artistes peintres et de leur démarche professionnelle et peut en parler avec beaucoup d'aisance.
Mieux, le galeriste élabore une stratégie d'intéressement de la clientèle selon l'artiste et son travail qu'il présente afin de pouvoir inciter à l'achat des oeuvres. Je souligne qu'au départ, je n'étais pas parti pour créer une galerie. Ma structure Arttistik-Bénin est un vaste projet qui brasse plusieurs domaines d'activités culturels. Dans le cadre que j'avais occupé pour lancer mes activités j'ai aménagé un espace de répétition, de représentation théâtrale et de rencontre. C'est ainsi que j'ai pris l'initiative de transformer mon hall en une galerie pour accueillir les oeuvres d'artistes plasticiens. L'initiative a suscité beaucoup d'engouement et c'est comme ça qu'est née ma galerie.
Vous n'étiez pas dans le domaine et soudain vous disposez d'une galerie qui accueille des oeuvres. Comment êtes vous parvenu à convaincre les artistes à vous faire confiance ?
De par mon statut de professionnel du théâtre, je travaillais beaucoup avec des artistes plasticiens dans les domaines de la sérigraphie et de la décoration. J'étais aussi ami à un bon nombre de plasticiens, cela n'a donc pas été difficile pour moi, car ma galerie naissait aussi à un moment où à l'époque, le Centre culturel français était le seul espace disponible pour des expositions d'arts. Mais les artistes qui avaient accès étaient très infirmes. La grande majorité des créateurs n'y avait pas accès. Dés lors, la demande était très forte et perceptible.
Cela a fait que très tôt ma galerie a été envahie par de nombreux dossiers de demandes d'expositions. C'est d'ailleurs ce qui m'a conforté quant à la pertinence de mon projet et m'a fait obligation d'être à la hauteur des attentes. Depuis notre naissance en 2003, nous accueillons en moyenne un artiste par mois et ce, depuis cinq ans, sans compter avec les nombreuses expositions collectives que nous avons souvent initiées dans le cadre de mon festival Miwo novi.
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Quel sont les conditions d'admission d'un artiste dans une galerie d'art ?
Dans les pays du nord, les conditions sont un peu plus rigides. Mais concernant ma galerie, je n'expose jamais un artiste dont je n'aime pas le travail. Entre autres, pour exposer un artiste, je m'intéresse à son discours. Le discours que tient un artiste est pour moi, aussi important que son travail, car il donne de la justesse et de la personnalité à son oeuvre. De même, sa personnalité et sa façon d'être m'importent beaucoup afin de savoir à quoi m'en tenir dans nos relations. Pour vous dire la vérité, j'ai toujours été un admirateur des artistes plasticiens.
J'aime cet espace de liberté qui ressort de leur travail. Je suis un peu jaloux de cette liberté extrême des artistes plasticiens qui, à priori n'ont besoin de personne et n'entendent personne. Ils parviennent à créer à partir de tout et de rien et ne sont pas obligés de défendre leur travail. Mon admiration pour ce corps de métier a donc fait de moi un ardent défenseur de sa cause. Je conçois cette nouvelle vocation que j'ai de promouvoir l'art comme un besoin profond d'extérioriser autre chose que ce que je développe moi-même.
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