Eugène Dipanda
9 Mai 2008
Malgré les performances admirables du Chantier naval, son désormais ex-Dg est présenté comme un pilleur.
Comme la quasi-totalité des cibles de l'opération dite Epervier, Zacchaeus Forjindam, le Dg du Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic) déchu mercredi, 07 mai dernier au terme d'un conseil d'administration extraordinaire, devrait méditer son sort en prison dans les prochaines heures. Un scénario catastrophe, que plusieurs personnes, et notamment les employés du Cnic, auguraient depuis fort longtemps. Les faits ont, en effet, fini par donner raison à ceux que l'on faisait alors passer pour des oiseaux de mauvais augure. Et pour cause. Dans l'enceinte du Cnic, deux camps semblaient opposés sur le sujet. "Ceux qui bénéficiaient des largesses de Zacchaeus Forjindam et ceux qui en avaient ras-le-bol d'être marginalisés par le Dg", explique un employé. Mercredi dernier, la sortie de l'ancien maître des lieux, sous forte escorte policière et sous les cris de joie de ses ex-collaborateurs ; ainsi que le triomphe réservé à son successeur à la tête du Cnic, renseignent d'ailleurs suffisamment sur la haine que certains vouaient, à tort ou à raison, à Zacchaeus Forjindam. Une relation entre patron et employés, qui fut pourtant au beau fixe à un moment donné de l'histoire du Cnic.
Lorsque la société est créée en 1988, il a une mission bien simple : réparer les navires au Cameroun et dans la sous région du Golfe de Guinée, faire la construction navale et réaliser tous les travaux industriels dans le but de participer au développement de la structure industrielle au Cameroun. D'abord dirigé par un expatrié, le Cnic a ensuite été conduit par Zacchaeus Forjindam, qui y a assuré l'intérim dès 1989, avant d'être confirmé au poste en juin 1996. L'homme arrivait à peine de l'ex Office national des ports du Cameroun (Onpc), où il aura notamment occupé le poste de directeur du Matériel et des Ateliers, avant la restructuration de l'office intervenue en 1980. Né le 31 décembre 1949 à Santa dans la province du Nord-ouest, Zacchaeus Forjindam présentait, en effet, un parcours pour le moins enviable. Ingénieur diplômé à l'Université de Sierra Leone, après obtention d'une bourse américaine au Cameroon College of Art and Technology de Bambili en 1968, l'ex-Dg du Cnic a notamment officié au bureau de la société Véritas à Marseille et Paris (France) ; ainsi qu'à la Compagnie marseillaise de réparation navale (Cmr), entre 1976 et 1978.
Bilan positif
Dès son arrivée au Cnic, Zacchaeus Forjindam s'est, entre autres tâches, attelé à la diversification du portefeuille de la société et à l'ouverture du Chantier naval au marché international. Les résultats eux, n'ont pas tardé. Déficitaire à la création, le Cnic a réalisé plus de 8 milliards Fcfa de bénéfices en 2007 ! Un accroissement qui s'illustre aussi par la taille des effectifs, partis de 32 employés à près de 2.500 personnes de nos jours, qui émargent au Cnic. Au moment où il est débarqué, le Cnic pèse officiellement plus de 40 milliards Fcfa de chiffre d'affaire, et est le premier employeur dans le secteur maritime local. Que s'et-il donc passé entre-temps ?
"Les dieux rendent fous ceux qu'ils veulent perdre", souligne une source interne au Cnic. Selon celle-ci, l'annonce du projet du yard pétrolier de Limbe, qui doit aboutir à l'extension du Cnic, pour un coût estimé à175 milliards Fcfa, serait l'un des points focaux de la déroute de Zacchaeus Forjindam. Depuis quelques années en effet, des sources concordantes laissent entendre que l'ex-Dg et son entourage ont tissé un vaste "réseaux" d'extorsion de fonds au Cnic. En attendant confirmation par l'ordonnance de renvoi devant le procureur, on lui impute notamment des règlements par chèques sans pièces justificatives pour près de 680 millions Fcfa ; des approvisionnements par des chèques non comptabilisés dans les livres de caisse pour plus de 232 millions Fcfa ; des décaissements de l'ordre de 279 millions Fcfa "sans pièces justificatives suffisantes" ; la perception de salaires au nom des employés fictifs ; ainsi qu'un manquant de caisse de plus de 29 millions Fcfa. Le tout, soutiennent des sources internes, "avec la complicité du Drh", aujourd'hui, aussi, dans les mailles des filets de l'opération dite Epervier.
Toute chose qui aurait poussé la présidence de la République, en date du 25 septembre 2006, à prescrire une mission du Contrôle supérieur de l'Etat au Cnic. Celle-ci y travaillera pendant plus d'un an, et son rapport est envoyé en "haut lieu" en octobre 2007. Zacchaeus Forjindam avait néanmoins commis une lettre de protestation adressée au gouvernement le 09 août 2006, et qui s'insurgeait contre les conclusions du Cabinet Cac dirigé par Charles Kooh II et auteur d'un rapport accablant sur la gestion de l'ex-Dg. C'est, manifestement cette demande de contre-expertise qui aurait retardé l'interpellation de Zacchaeus Forjindam. Mais ce dilatoire, hélas, ne semble pas prospérer aujourd'hui. "Bamenda Boy", comme l'ont surnommé certains de ses ex-collaborateurs, devra s'expliquer devant la justice.
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