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Cameroun: Manipulations ?


Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
 

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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

éDITORIAL
9 Mai 2008
Publié sur le web le 9 Mai 2008

Alain B. Batongue

On n'a pas eu besoin de rumeurs pour que, mercredi dernier, au terme d'un conseil d'administration extraordinaire, Zacchaeus Forjindam, jusque-là directeur général du Chantier naval, soit débarqué et immédiatement gardé à vue dans les locaux de la police judiciaire de Douala.

Tout comme, quelques semaines auparavant et après des dizaines de fausses annonces, le public a été clairement informé de ce que Polycarpe Abah Abah et Urbain Olanguena Awono, respectivement ancien ministre de l'Economie et des Finances et ancien ministre de la Santé publique, avaient été arrêtés en leurs domiciles et conduits dans les locaux de la police judiciaire de Yaoundé, où ils ont passé quelques jours avant d'être transférés à la prison centrale de la capitale politique.

Les arrestations de ces anciens ministres, autant que la convocation de Jean Marie Atangana Mebara et Yves Michel Fotso ont bien été " couvertes " et relayées tout à fait officiellement (parfois avec zèle d'ailleurs) par les médias de service public qui ont achevé de leur conférer une certaine authenticité.

Ce qui laisse supposer, en toute logique que, dans le cadre de la suite de l'affaire Albatros, si la police avait auditionné le Premier ministre, elle se serait appuyée sur une instruction qui la couvrait et n'aurait certainement pas hésité à communiquer officiellement sur cette opération.

Il aurait également été plus facile pour l'autorité compétente, en l'occurrence le président de la République, de trancher rapidement la question puisque, de manière récurrente, le nom du Premier ministre est cité, à tort ou à raison, dans cette affaire. Soit il est effectivement auditionné comme simple témoin, et l'enquête avance ; soit on estime qu'il plus impliqué qu'un simple témoin et on en tire les conséquences administratives et politiques qui s'impose. Mais en louvoyant, comme d'habitude, le pouvoir a donné encore plus de poids aux activistes de tous bords, qui prennent plaisir à répandre les rumeurs les plus folles.

Combien de fois par jour en effet les rédactions sont-elles prises d'assaut, par des coups de fils anonymes ou de personnes se présentant comme généralement bien informées, pour annoncer l'audition ou l'interpellation de telle ou telle personnalité ? A ce jour, on peut compter, probablement sur les doigts d'une seule main, les membres du gouvernement encore en fonction, dont les noms ne sont pas cités dans des dossiers en cours ou en préparation à la police judiciaire, devenue la pierre angulaire du système camerounais, à où se défont et surtout se défont toutes les personnalités qui, à un moment ou à un autre, ont incarné la splendeur du régime.

Dans les batailles d'appareil qui font rage en ce moment dans la perspective d'un positionnement pour la succession du président Paul Biya, le système camerounais est pris à son propre piège : le président de la République, qui a annoncé au cours de son message de fin d'année la relance de la lutte contre tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, sont soupçonnés d'avoir porté atteinte à la fortune publique, semble avoir perdu le contrôle de l'opération qui se pilote désormais au gré des humeurs des pouvoirs intermédiaires, mais aussi de nombreux activistes dont la finalité est de fragiliser le maximum de personnalités publique, dans un environnement où, en réalité, peu de gens dans la galaxie de Paul Biya peuvent dire qu'ils n'ont rien à se reprocher.

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Tout ce qui se passe se passe de cette façon parce que, dans ce système en pleine tourmente, le tempo du pays n'est plus donné par une communication gouvernementale forte et synchronisée, mais par les spasmes personnels d'individus tapis dans l'ombre, et qui attendent impatiemment de tirer profit d'une situation sociopolitique qui pourtant semble avoir échappé à son initiateur.



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