Nord-Sud (Abidjan)
Choilio Diomandé
9 Mai 2008
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A Daloa, Georges Meral avait fait du Réveil une redoutable machine. C'était l'une des meilleures équipes de l'intérieur. « Ils ont fait des choses merveilleuses. C'était pour la plupart des mécènes », raconte Joher Yassine, journaliste sportif à la retraite et membre de la communauté libano-ivoirienne.
Un environnement politique souvent hostile
Les relations entre les Libanais et certains cadres autochtones furent orageuses. Ces derniers voyaient en eux de potentiels adversaires politiques. Il fallait freiner leur élan. Ces cadres acceptaient très mal la popularité de ces Libanais qui dirigeaient les clubs de l'intérieur.
Ce fut le cas de Robert Haddad à Oumé. « Il avait pris l'équipe en Division 2 pour la faire monter en D1. C'est lui, qui m'a fait venir à la tête de l'As Oumé comme entraîneur », se souvient Bohé Norbert. Pendant deux saisons (1987-1988 et 1988-1989), la formation d'Oumé a terminé 4e du Championnat. Elle a été désignée meilleure équipe de l'intérieur. L'un de ses attaquants, Alidou Touré, avait terminé meilleur buteur et Bohé Norbert meilleur entraîneur. C'était l'époque des frères Bohé (Cyrille et Sabass), de Okou Charles Roger, de Koné Ibrahim dit Pélé et de Yao Kouassi dit Boston.
A Anyama, les frères Zarour (Samir et Habib) n'ont pas aussi eu la tâche facile. Un jour, Samir a préféré rendre le tablier en laissant le club dans les mains des fils de la région. Pourtant, ils ont fait briller le Rio sport d'Anyama dans le Championnat de Côte d'Ivoire, avec les Amani Yao César, Traoré Aboulaye, Moussa Traoré et un certain Bamba Yacouba ou Bamba Ladji. Le Rio était devenu une équipe redoutable. Ce club rivalisait avec les cadors d'Abidjan. Il se qualifiait régulièrement pour la phase finale du championnat national, appelée Super division. Succès sportifs et calculs d'inspiration politique n'ont pas fait bon ménage. Et la plupart des belles aventures sportives avec les mécènes venus ou originaires du pays du Cèdre se sont éteintes.
Cependant, les Libanais qui s'étaient engagés dans le sport, en ont aussi tiré profit. « Roger Abinader a beaucoup fait pour le sport, mais le sport a beaucoup fait pour lui. Il n'avait pas besoin de faire la publicité de ses sociétés. Car elles étaient les sponsors de ses activités sportives », souligne Eugène Dié Kacou. Et ses équipes de handball et de cyclisme étaient sponsorisées par les Bonbon « Djamo » et les yaourts « Yoplait ». Les produits de ces entreprises ont été largement adoptés par le public.
Où sont-ils passés ?
Depuis quelques années, les Libanais ont quasiment disparu du sport ivoirien. Roger Abinader, qui vit toujours à Abidjan, dans un immeuble au Plateau, serait très déçu du milieu sportif, selon certains de ses proches. Il se raconte qu'il dépensait près de 500 millions par an dans ses activités sportives. Il est désormais dans une tour, loin des terrains de handball, des routes de tours cyclistes et des rings de boxe. Lui qui a longtemps été très malade « il n'y a plus d'argent. Les temps sont durs. Et les gens ne veulent plus investir dans le sport car c'est un milieu très ingrat. Ils n'ont pas eu la reconnaissance après tout ce qu'ils ont fait. Un monsieur comme Roger Abinader a laissé tout son argent et sa santé dans le sport », fait remarquer Joher Yassine. « Un jour, j'ai rencontré Ali Daher, il est complètement ruiné. J'ai demandé au ministère des Sports de lui venir en aide », raconte Eugène Kacou. Déception, situation économique morose ou réorientation des priorités ? Beaucoup de questions ! Une seule certitude cependant : la race des grands dirigeants libanais est en voie de disparition dans le sport ivoirien.
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