Faustin Kuediasala
10 Mai 2008
Kinshasa — Le cuivre, l'or, le nickel, etc. ne sont plus les seuls métaux à profiter de la forte embellie des cours sur le marché mondial. Voici le tour des métaux rares qui étalent aussi leur bonne forme. Leur atout réside non seulement dans leur rareté mais surtout dans leur utilisation stratégique et leur ultra-concentration en quelques endroits tout aussi rares de la terre.
Un trait commun des différents métaux high tech est leur participation à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il s'agit des platinoïdes (platine, palladium, rhodium, ruthénium...) sans qui les pots d'échappements catalytiques n'existeraient tout simplement pas. Les raffineries pétrochimiques ont également un besoin vital de ces excellents catalyseurs.
Mais ce n'est pas tout ! L'éclairage de nouvelle génération par diodes électroluminescentes - les fameuses LED - ne se conçoit pas sans gallium. Non seulement la qualité de la lumière produite par les diodes se rapproche de celle de la lumière blanche, mais une LED consomme moitié moins l'énergie qu'une ampoule à incandescence...
Pour Christian Hocquard, spécialiste des marchés des métaux, la technologie thin film alliant cuivre, indium, gallium et sélénium permettra de porter le rendement énergétique des panneaux solaires jusqu'à 40%. Contre un peu plus de 30% pour ceux de la génération 2005.
Le stockage d'énergied induit par les voitures électriques n'est pas sans conséquence pour les batteries et les métaux qui sont dedans comme le cobalt, qui taquineent son record de 1978 en s'échangeant aux environs de 50 Usd la livre. La raison ? « Les batteries lithium-ion sont en réalité des batteries lithium-cobalt-ion », indique un analyste, et la Chine en demande de grandes quantités.
Enfin, les superalliages utilisés par les turbines aéronautiques et énergétiques consomment du rhodium et du ruthénium qui permettent de monter en température : en améliorant la combustion, ces métaux rares limitent les émissions de CO2.
Non sans malice, Christian Hocquard note que les systèmes de vision de nuit infrarouges, si appréciés des militaires, ont besoin de germanium. Une autre manière de donner dans le vert - tendance kaki - pour ce métal rare qui est aussi utilisé dans l'imagerie médicale.
MAIS AUSSI DES METAUX ENERGETICO-STRATEGIQUES...
En 2007, le National Research Council américain a identifié 11 métaux rares comme critiques pour l'économie et la sécurité des Etats-Unis. Premiers sur les rangs : l'indium, les platinoïdes, les terres rares et le niobium, un métal utilisé dans les superalliages d'acier.
Pour quelles raisons ? « Etre en pointe sur les matériaux avancés est un avantage compétitif décisif pour maintenir l'avance technologique des pays développés. Ces matériaux utilisent en priorité de petits métaux high tech. Leur importance stratégique vient du fait qu'ils sont associés à l'énergie, à travers les nouvelles énergies, la diminution des consommations et la réduction des émissions », explique Christian Hocquard.
« Ces métaux high tech à finalité écologique sont en fait doublement 'critiques' : d'une part pour nos approvisionnements et d'autre part pour le risque que ferait peser leur pénurie pour l'économie de nos industries high tech », ajoute-t-il.
Voilà comment le métal high tech devient critique : 90% du niobium provient du seul Brésil, 90% du béryllium des Etats-Unis, 85% des terres rares, 82% de l'Antimoine et 75% du tungstène de Chine, 80% du platine d'Afrique du Sud, 70% du tantale d'Australie, 65% du palladium de Russie, 65% du rhénium des Etats-Unis, 40% du cobalt du Congo-Kinshasa et de Zambie...
Selon Christian Hocquard, les industriels utilisent de si faibles quantités de ces métaux - deux grammes d'indium dans une télé à écran LCD - qu'ils ne perçoivent pas le risque qui leur est associé, d'autant qu'ils considèrent que l'essentiel de la valeur ajoutée se concentre sur la conception, l'assemblage et le marketing.
Ils délèguent la fabrication des composants à des sous-traitants, qui assument le risque d'approvisionnement. M. Hocquard n'y va pas par quatre chemins : « l'industriel n'a plus aucune perception du risque [que représente le] métal dans ses produits ».
DES MENACES : LES CHINOIS ET LES INVESTISSEURS !
Sur les métaux rares, les entreprises en position dominante sont fréquentes. Quand ce ne sont pas des Etats : « en raison des capacités de raffinage des métaux de base en forte croissance, la Chine importe de plus en plus des minerais et des concentrés, de sorte que la majorité des petits métaux en sous-produits seront de plus en plus produits en Chine ». Actuellement, la Chine se dote d'énormes raffineries de cuivre et de zinc qui lui donnent la capacité de traiter massivement les sous-produits qui en découlent.
Pour parfaire l'ensemble, la Chine a récemment « instauré des quotas d'exportation sur tous les petits métaux où elle est traditionnellement exportatrice avec une position dominante (terres rares, tungstène, antimoine, bismuth) », précise Christian Hocquard.
Menace ultime, selon le BRGM: les investisseurs. « Les ETF sont spéculatifs. En jouant sur des stocks faibles, ils amplifient artificiellement un déséquilibre offre-demande, jusqu'à induire de vraies pénuries », critique Christian Hocquard, qui s'emporte contre le mimétisme des investisseurs qui se positionnent sur les matières premières via des ETF gagés sur des stocks de métal physique.
Passe encore pour les « grands » métaux comme l'or ou l'argent. Mais dans le cas des ETF platinoïdes, Christian Hocquard s'interroge : « Est-il raisonnable de considérer les petits métaux comme une classe d'actif ? ».
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