United States Department of State (Washington, DC)
Kathryn McConnell
9 Mai 2008
Washington, DC — Les propos de la directrice exécutive du Programme alimentaire mondial
Washington - La directrice exécutive du Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM), Mme Josette Sheeran, a demandé aux pays qui interdisent l'exportation de denrées alimentaires de lever ces restrictions afin de faciliter la distribution d'aide alimentaire.
Près de 40 pays ont en effet décidé d'interdire les exportations parce que les prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux ont augmenté plusieurs fois l'année dernière. En conséquence, le PAM à des difficultés à rassembler suffisamment de vivres pour l'aide alimentaire, a déclaré Mme Sheeran, le 6 mai, lors d'une réunion qui se tenait à l'Institut international d'études économiques.
Elle a qualifié cette crise de « tsunami silencieux » dont risquent d'être victimes plus de 100 millions de personnes.
Les problèmes d'approvisionnement empêchent en effet le PAM de distribuer des vivres là où on en a besoin, par exemple au Soudan. Les interdictions d'exportation ont forcé le PAM à s'éloigner de plus en plus des zones où les gens ont faim pour obtenir des stocks de vivres, ce qui rallonge les délais de distribution et complique les problèmes de logistique.
Le PAM est en fait victime d'un phénomène de fusion entre le marché des carburants et celui des denrées comestibles. Les producteurs vivriers habituels n'hésitent pas, en effet, à rompre leurs contrats avec lui, quitte à payer des amendes, pour vendre leurs récoltes, à des prix plus élevés, aux producteurs de biocarburants.
Le PAM cherche également à obtenir des donateurs 755 millions de dollars pour combler son déficit pour l'année budgétaire 2008, déficit causé par la flambée des prix des denrées et du coût des transports. Et encore ce chiffre a-t-il été révisé à la hausse depuis la fin février, époque à laquelle le PAM prévoyait un déficit de 500 millions de dollars.
Le PAM réclame également une réaction internationale plus cohérente et plus énergique à la faim dans le monde.
Ã- court et moyen terme, les donateurs peuvent fournir des semences et des engrais aux agriculteurs des pays en développement afin de leur permettre d'augmenter leur production. Ils peuvent également aider le PAM à identifier les groupes les plus vulnérables à la faim et à la malnutrition et leur fournir une sécurité alimentaire.
Les réfugiés et les personnes déplacées dans leur propre pays sont sans doutes les plus vulnérables, ainsi que les mères et les enfants, les malades du sida, les petits agriculteurs et les habitants des villes disposant de moins d'un dollar par jour. Il faut donc cibler ces groupes en leur fournissant des repas supplémentaires, notamment dans les écoles, afin de leur permettre d'absorber une nourriture suffisante.
De tels systèmes de sécurité alimentaire ont par exemple été mis en Å"uvre en Haïti, où près de la moitié de la population n'est pas suffisamment nourrie et où près de 60 % du revenu des foyers sont consacrés à l'alimentation. Des galettes de boue, sans valeur nutritive mais traditionnellement réservées à des fins médicales, sont maintenant utilisées comme nourriture parce que c'est la seule chose que les gens peuvent se procurer.
Au Burundi, le prix du manioc, une denrée de base, a augmenté de 200 % depuis le milieu de 2007. Les pauvres consomment aujourd'hui du manioc moisi, dont le prix a triplé au cours des derniers mois.
Mme Sheeran a suggéré que les donateurs fournissent aux bénéficiaires de l'aide des coupons qui leur permettraient d'acheter des produits locaux qu'ils ne peuvent pas s'offrir sans aide.
Les autorités des pays concernés peuvent également modifier leur politique de façon à autoriser l'augmentation des quantités de produits achetées auprès d'agriculteurs des pays en développement. Cela aurait pour effet de soutenir le développement économique local et de permettre à l'aide d'atteindre sa destination plus rapidement, sans compter les économies réalisées au niveau des transports maritimes.
Le président Bush a demandé au Congrès d'autoriser les États-Unis à acheter jusqu'à 25 % de l'aide alimentaire destinée à l'étranger à des agriculteurs des pays en développement. Cette mesure fait partie d'une proposition de loi agricole que le Congrès est en train d'étudier.
Quant à la solution à long terme de la crise, elle nécessite des réformes tant des donateurs que des bénéficiaires de l 'aide alimentaire.
Mme Sheeran a affirmé que sans intensification de la réaction internationale à la crise alimentaire, la faim et la malnutrition allaient s'accroître dans le monde entier, entraînant un déclin général de la santé des pauvres et la diminution du taux de scolarisation des enfants.
Le développement agricole
Les Nations unies ont convoqué une réunion internationale à l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) du 3 au 5 juin prochain. Ce sera l'occasion de réfléchir à la façon dont l'agriculture peut continuer de produire suffisamment de vivres pour la population croissante de la planète, et tout particulièrement pour les populations pauvres et vulnérables, dans le contexte du changement climatique.
Selon Mme Sheeran, le rôle du PAM est en train d'évoluer. Autrefois cantonné à la fourniture d'aide alimentaire d'urgence, il s'implique de plus en plus dans le développement agricole afin de stabiliser les chaînes de distribution et de réduire la dépendance vis-à-vis de l'aide alimentaire.
Ces efforts comprennent notamment la formation des agriculteurs à l'utilisation de méthodes plus efficaces et la reconstruction des infrastructures.
Par exemple, le PAM a planté ces dernières années cinq milliards d'arbres, qui contribuent à la stabilisation des sols, et construit des kilomètres de routes.
Mme Sheeran a ajouté que le PAM coordonnait son action avec d'autres donateurs afin d'acheminer des vivres et autres fournitures vers la Birmanie, récemment frappée par un typhon qui, non content de faire des milliers de victimes humaines, a dévasté l'une des grandes zones de culture du riz de l'Asie.
Les États-Unis fournissent à eux seuls près de la moitié de toute l'aide alimentaire distribuée dans le monde. Ils fournissent à l'heure actuelle près de 40 % des contributions au PAM.
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