Ziad Abdelhadi
10 Mai 2008
L'exploitation de l'emblématique source d'eau minérale Saïda, relevant du portefeuille de la Société de gestion des participations de conserverie, jus et boissons (SGP/Cojub), se fera dorénavant par le groupe privé Yaci versé depuis de longue date dans l'industrie agroalimentaire. Selon Yaci Samir, administrateur général du groupe, cette cession a coûté 700 millions de dinars, dont 450 millions représentant le montant de l'acquisition et 242 millions pour la prise en charge des dettes de l'Entreprise minérale de Saïda (EMS). Ce dernier, qui se prononçait face aux médias en marge de la cérémonie officielle de signature du contrat final de cession de l'entreprise EMS au groupe Yaci, qui s'est déroulée jeudi dernier à l'hôtel El Aurassi en présence de nombreux opérateurs économiques et des responsables d'entreprise du secteur public, a aussi déclaré que l'entreprise allait connaître un programme d'investissement de près de 1,5 milliard de dinars, destiné entièrement à la rénovation de l'outil de production. «La modernisation de l'entreprise est rendue nécessaire car nous nous engageons à mettre en valeur le label des eaux minérales de Saïda et, du coup, pour qu'elle reprenne sa place de leader, qu'elle n'aurait jamais dû quitter, sur le marché national des eaux minérales», a affirmé Yaci Samir. Et d'ajouter : «Nos objectifs sont d'atteindre au plus vite des niveaux de production importants, ce qui reste du domaine du possible à partir du moment où les nouveaux équipements sont des plus récents.» Il précisera que «le nom commercial de cette eau ne sera pas changé, car il est de notre intérêt de le maintenir, sachant pertinemment l'historique de cette eau devenue un mythe au sein des populations». Il indiquera dans la foulée que des postes d'emploi permanents vont être créés pour les besoins d'une production maximale. A signaler que l'EMS comptait 183 employés qui ont été maintenus par le nouveau patron comme l'exige la loi sur les privatisations des entreprises du secteur public. Par ailleurs, il est bon de rappeler que le groupe Yaci est aussi propriétaire de l'eau minérale de Beni Fodda (Sétif), rebaptisée Djemila, qu'il avait achetée en 2006 pour un montant de 300 millions de dinars et qui produit actuellement 500 000 litres par jour. En somme, pour l'administrateur général du groupe, «ces deux acquisitions [Djemila et Saïda] vont nous permettre de nous situer sur le marché avec une production de 32 l/j avec l'entrée effective de notre unité de Saïda, soit un volume journalier de plus de 2,5 millions de litres».
Soulignons que, lors de son intervention après la cérémonie de signature du contrat, le président du directoire de la SGP, Ahmed Sebbah, a tenu à rappeler que la privatisation d'EMS parachève ainsi la cession de la totalité des entreprises constituant la filière Eau minérale du GBA et qui étaient au nombre de quatre, dont les eaux minérales de Mouzaïa et de Ben Haroun cédées au groupe SIM, et les eaux de Batna au groupe Attia. Quant aux cinq dernières entreprises publiques constituant encore le portefeuille de la SGP/Cojub, le président a indiqué qu'elles «devraient être privatisées d'ici la fin 2008». Et de préciser également que trois de ces dernières entreprises font partie du Groupe Boissons d'Algérie (GBA). Il s'agit de la brasserie d'Annaba et de deux limonaderies : l'une à Constantine et l'autre à Tolga. Les deux autres sociétés font partie de l'Entreprise nationale des jus et conserves (Enajuc), dont une à Boufarik et l'autre à Tahir (wilaya de Jijel). Selon M. Sebbah, le processus de privatisation d'une partie de ces 5 entreprises restantes est en phase d'appel d'offres, tandis que d'autres ont vu leur processus relancé pour offres infructueuses, dont celle de l'unité Enajuc de Boufarik. Quant aux entreprises déjà privatisées depuis quatre ans, elles étaient une vingtaine, entre conserveries, unités de production d'eau minérale et brasseries, a-t-il précisé. La mise en vente de toutes ces unités pour un montant global de 12,4 milliards de dinars a permis de maintenir plus de 1 540 emplois directs et de créer 710 nouveaux postes liés notamment à la distribution, selon les données de la Cojub. Notons enfin, selon des opérateurs privés rencontrés lors de cette signature de contrat, que le processus de privatisation reste encore long.
A l'exemple de cette dernière opération de cession qui a, d'après Yaci Samir, duré pas moins de vingt-deux mois. «L'épuration de la situation de l'entreprise a demandé beaucoup de temps, compte tenu du nombre d'institutions concernées par cette opération, contrairement à l'étape de formulation avec le CPE qui a duré tout au plus trois mois.» Disons enfin que, si les estimations avancées par Sebbah au sujet de sa SGP viennent à se concrétiser, il faut croire que le secteur public des boissons et jus dans sa totalité, qui a souffert d'une léthargie et mis en péril des postes d'emploi, va renaître grâce à sa prise en main par des opérateurs privés. Autrement dit, cette opération de privatisation était attendue compte tenu de son impact sur l'existence même de ces unités de production.
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