La Tribune (Algiers)

Maroc: HRW dévoile les abus marocains contre les droits de l'Homme

Ghada Hamrouche

10 Mai 2008


Les violations des droits de l'Homme dans les territoires sahraouis continuent tous azimuts. Des violations qui continuent également à soulever l'ire des différentes ONG. Jeudi, c'était au tour de l'ONG internationale Human Rights Watch (HRW), basée à New York, de dévoiler les abus commis par les autorités marocaines contre des civils sahraouis dans les territoires occupés du Sahara occidental, affirmant que la police marocaine y jouit d'une totale impunité.

Dans un communiqué diffusé sur son site Internet, l'organisation relate le cas de deux militants sahraouis des droits de l'Homme, Dahha Rahmouni et Brahim Al Ansari, arrêtés arbitrairement en décembre 2007, à El Ayoun occupée, par des policiers marocains qui les ont passés à tabac. Les deux victimes ont déposé plainte, mais les autorités marocaines ont refusé de prendre en compte leurs témoignages, clôturant l'enquête pour «manque de preuves» le 5 mai dernier, a déploré HRW. «Une vraie enquête aurait inclus les témoignages des officiers de police accusés d'abus comme ceux des défenseurs des droits de l'Homme qui les ont accusés», a souligné la directrice pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à HRW, Sarah Leah Whitson. Au lieu de cela, «les autorités marocaines ont choisi d'entendre seulement une partie, montrant par-là qu'elles ne sont pas impartiales», a-t-elle ajouté. Depuis le début de l'affaire, a affirmé HRW qui en a suivi les péripéties, «les autorités marocaines ont tenté de discréditer les deux victimes, au lieu d'essayer d'établir la vérité». Il est à relever que ces cas ne sont pas isolés. Chaque année, des centaines de Sahraouis portent plainte contre les abus de la police marocaine dans les territoires du Sahara occidental. Des plaintes qui restent sans suite, a dénoncé HRW.

Dans son rapport annuel 2007, Amnesty International a établi un lien direct entre la persistance des graves violations des droits de l'Homme dans les territoires sahraouis occupés et le blocage du processus d'autodétermination du peuple sahraoui.

De son côté, le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU, qui avait dépêché une mission au Sahara occidental en mai 2006, avait révélé, dans un rapport «confidentiel», mais dont la teneur a été révélée par la presse, que la situation des droits de l'Homme dans les territoires sahraouis occupés était «préoccupante» et que les populations sahraouies étaient privées de leur droit à l'autodétermination. Le même jour, des eurodéputés ont dénoncé les violations des droits de l'Homme au Sahara occidental au Parlement européen à Bruxelles, et appelé l'UE à intervenir pour y mettre un terme.

Au cours d'une session plénière consacrée à «l'état des droits de l'Homme dans le monde», le député européen Raul Romeva (groupe des Verts) a estimé que la situation au Sahara occidental est inhérente au problème de «décolonisation inachevée», et considère que l'ancienne puissance colonisatrice, l'Espagne, et donc l'UE, a des responsabilités à cet égard qu'elle «ne doit pas esquiver». Il engage l'UE à agir en particulier en ce moment où le Conseil de sécurité de l'ONU vient de lancer un appel à la résolution du conflit par une solution politique «juste et durable conformément au droit international, ce qui signifie, comme tout un chacun sait, que soit appliqué le droit à l'autodétermination» du peuple sahraoui. D'autres députés européens, comme Tobia Fluger (Gauche unie), Antonio Masip Hansh Klaus, socialistes ont exprimé des positions dans le même sens, note-t-on. Le ministre sahraoui délégué pour l'Europe, M. Mohamed Sidati, s'est réjoui que la représentation démocratique de l'UE n'aie pas «étouffé les cris de détresse de ces militants des droits humains dont le seul tort est de lutter pacifiquement pour le droit de leur peuple de décider de son sort».

A un moment où le Maroc se livre à des «manoeuvres périlleuses» pour la stabilité de toute la région, «au mépris de la volonté de la communauté internationale qui n'a de cesse d'en appeler au respect des droits inaliénables du peuple sahraoui à l'autodétermination», il est temps que «l'UE mette en oeuvre une politique conforme à ses valeurs de liberté, de respect des droits humains et des peuples», a-t-il estimé.

L'UE, souligne-t-il, doit se libérer des «tentatives de quelques pays à étouffer les aspirations» du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance, et engager une politique «véritablement constructive dans la région et inclusive de tous les peuples maghrébins, dont le peuple sahraoui qui lutte pour sa liberté». Il conclura sa plaidoirie en faveur du peuple sahraoui.

C'est là «sa responsabilité historique et l'UE, pour compter dans ses rangs des pays qui ont su dépasser l'abjecte ère coloniale, sait bien que seule une solution politique, mutuellement acceptable et conforme à la légalité internationale, est de nature à apporter la stabilité dans le Grand Maghreb et ouvrir une nouvelle ère de paix et de stabilité régionales, incontournable pour l'ensemble des relations euro-méditerranéennes».

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