Chokri Ben Nessir
10 Mai 2008
La nécessaire montée en gamme
La Presse - M. Khelil Lajimi, ministre du Tourisme, a présidé, hier, à Djerba une table ronde avec les députés, consacrée aux «Réalités et perspectives du tourisme tunisien». Cette table ronde, précédée par une sortie sur terrain des parlementaires sur des sites de projets touristiques en l'occurrence Lella Hdhria, le Casino de Djerba ou les centres de thalassothérapie, a permis aux parlementaires de s'enquérir de la montée en gamme de l'offre tunisienne.
Cette action qui cadre parfaitement avec les orientations du Chef de l'Etat qui a recommandé une plus grande concertation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, a offert aux députés l'occasion de passer en revue l'état des lieux du tourisme tunisien et ses perspectives de développement. Cependant, l'accent a été mis sur la thalassothérapie, un produit phare du tourisme tunisien en plein essor, mais dont les perspectives de développement dépendent largement de l'effort conjugué de toutes les parties concernées.
Pour le ministre du Tourisme, cette rencontre avec les députés de la commission du tourisme, du transport, de l'équipement et des télécommunications est un moment privilégié pour présenter le rendement du secteur touristique tunisien et la forte ambition du gouvernement pour un secteur majeur de notre économie qui agit en tant que locomotive pour les autres secteurs.
Il a, à cet effet, indiqué que la Tunisie dispose de tous les atouts pour être une destination touristique de référence mais que l'enjeu est de disposer d'une panoplie de produits à forte valeur ajoutée et d'une offre de services de qualité qui rivalise avec les meilleurs de nos concurrents. A cet effet, le ministre a indiqué que le diagnostic effectué a démontré une régression au niveau des dépenses touristiques dans notre pays et une baisse de nos parts de marché sur les marchés classiques, notamment le marché allemand, qui présente des spécificités particulières. D'autre part, parmi les raisons qui ont conduit à cette situation peu reluisante du tourisme tunisien, le ministre a montré du doigt une certaine dégradation du produit et des services et le modeste budget de promotion (45%) alloué aux marchés européens qui représentent pourtant 60% de nos réalisations touristiques et 85% des recettes!
A cet effet, le ministre du Tourisme a affirmé que les récentes décisions présidentielles ont tracé les réponses appropriées aux défaillances appréhendées et sont de nature à faire entrer le tourisme tunisien dans un cercle plus vertueux. En effet, les contrats-programmes avec les principaux tour-opérateurs sur une période de trois années, et qui concernent 15 marchés avec un budget de plus de 15 millions de dinars, est une riposte ambitieuse dont les résultats seront évalués à mi-parcours, a estimé le ministre.
Mais sur le moyen terme, l'étude sur le développement du tourisme tunisien à l'horizon 2016 et dont le Chef de l'Etat a ordonné l'élaboration, sera la première étude de son genre puisqu'elle devrait déboucher sur un plan opérationnel à mettre en oeuvre sitôt celle-ci sera terminée et ne manquera pas de marquer un tournant décisif dans les stratégies de développement de notre tourisme, a affirmé le ministre.
D'autre part, l'amélioration du rendement des campagnes promotionnelles, l'adaptation du produit aux attentes des marchés de voisinage, en l'occurrence l'amélioration des principaux points de passage aux frontières tuniso-libyennes et tuniso-algériennes et une attention plus accrue à l'environnement, sont autant de points cardinaux sur lesquels se penche d'ores et déjà l'administration, a conclu le ministre.
La thalasso, un contact humain valorisant
Dans sa communication sur le produit thalasso, le directeur général de l'Office national du tourisme tunisien, M.Raouf Jomni, a rappelé que cette spécialité est pratiquée en Tunisie depuis 1994, avant de mettre en exergue les atouts de notre produit.
En effet, la Tunisie dispose d'un climat «tempéré méditerranéen, d'un bon cadre légal, de centres d'architecture de qualité, d'équipements modernes, d'une grande diversité des techniques de soins et d'un contact humain valorisant et personnifié» en plus d'un bon «rapport qualité/prix», a-t-il indiqué.
C'est ce qui a fait accéder notre pays en deuxième position à l'échelle internationale avec 41 centres «répartis sur tout le littoral dont 17 sur la région de Djerba-Zarzis», a noté le DG de l'Ontt.
M. Jomni a par ailleurs fait savoir que la Tunisie a accueilli en 2007 plus de 160.000 curistes. Cependant, afin de consolider cette position à l'échelle internationale, le DG de l'Ontt a révélé que l'administration du tourisme s'est engagée à participer activement aux salons spécialisés et aux manifestations internationales consacrées à la remise en forme, outre l'élaboration d'un guide sur les bonnes pratiques de la thalassothérapie. Il a fait savoir dans le même sillage qu'une étude sur le développement de la thalassothérapie en Tunisie à l'horizon 2020 est en cours de réalisation pour tracer la voie à un bon décollage de cette activité à forte valeur ajoutée.
M. Jomni a aussi saisi cette occasion pour dévoiler les résultats de deux tables rondes organisées avec Tours Opérateurs Suisses et Français afin «d'être à l'écoute de leurs préoccupations et de celles de leur clientèle, de cerner les forces et les faiblesses du produit thalassothérapie» et d'établir «des plans d'action en fonction des constats», a-t-il indiqué.
Ainsi, le diagnostic établi par les TO suisses sur un marché dont les réalisations ont chuté de 49.000 curistes en 2001 à 10.500 curistes en 2006, dénote semble-t-il d'un problème de cohabitation entre la clientèle russe et la clientèle suisse dans les centres de soins. L'absence d'une démarche qualité, le manque de formation continue , l'absence de motivation pour le personnel, ont été présentés comme principales entraves au développement de ce produit sur le marché suisse.
Même pour le marché français, qui enregistre une croissance notable (69.500 curistes en 2006 contre 44.000 curistes en 2001), les TO français ont appelé à renforcer le contrôle qualité et hygiène au niveau des centres, à assurer le suivi des rapports d'appréciation des clients et partenaires ainsi qu'à motiver le personnel en vue de le stabiliser.
A l'issue de cette présentation, le DG de l'Ontt a énuméré une série de mesures préconisées pour consolider ce produit, en l'occurrence la création d'un label qualité «Thalasso Tunisie», la formation des inspecteurs des ministères du Tourisme et de la Santé à parfaire en la matière, la mise en place d'une démarche qualité, la sensibilisation des professionnels à l'acquisition et à la mise en application des normes «bonnes pratiques en thalassothérapie», outre le renforcement de la formation continue du personnel en exercice, la création d'un cycle de formation spécifique à ce domaine basé sur l'alternance ainsi que le renforcement de la communication institutionnelle de la Tunisie sur les principaux marchés émetteurs.
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