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Côte d'Ivoire: Ascad - l'argent et l'espace, les freins aux activités
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Fraternité Matin (Abidjan)
9 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008
Michel Koffi
Abidjan
Le nouveau bureau de l'Académie ivoirienne a animé une conférence de presse, mercredi.
Dans la salle Jean-Delafosse du Conseil économique et social, le nouveau bureau conduit par le vice-président, Pr Barthélémy Kotchy, en l'absence du président Harris Memel-Fotê, s'est entretenu avec la presse nationale. Une conférence pour marquer le début de ses activités, en rappelant aux journalistes les missions de l'Académie des sciences, des arts, des cultures d'Afrique et des diasporas africaines (ASCAD), mais aussi et surtout pour faire le bilan des activités de cette société savante ivoirienne.
Créée par décret No 2003-336 du 01 septembre 2003, cette institution «d'excellence qui a pour objet de contribuer au développement et au rayonnement des sciences, des arts, des cultures d'Afrique et des diasporas africaines en vue de la croissance économique, du progrès social, du développement intégral de la personne et de la culture de la paix», malgré les difficultés liées aux manques adéquats d'un espace propice à son fonctionnement, et de «financement nécessaire pour mettre en oeuvre (ses) projets et s'acquitter de (ses) missions», n'a pour autant pas baissé les bras et arrêté la marche de sa réflexion si nécessaire, en ces périodes de crise, où sa voix doit être un repère incontournable. En terme de bilan, depuis la mise en place de son premier bureau (25 novembre 2004), dans la difficulté d'être (contre mauvaise fortune, il faut faire bon coeur), elle a pu, cahin caha, avec «le soutien permanent du Président de la République et du Président du Conseil économique et social dont les locaux ont abrité toutes ses manifestations», organiser neuf conférences dont six sur la science, une sur économie, une sur la musique et une sur la littérature. La raison: «Notre conviction est que, ajoutera Pr Kotchy, sans l'esprit scientifique et les sciences qui en découlent, le développement est impossible et la cohésion sociale ainsi que la paix seront précaires». A cette première activité, s'ajoutent les deux rentrées solennelles en présence du Chef de l'Etat, la contribution de l'ASCAD dans la crise des déchets toxiques: «Elle a fait des propositions en vue de promouvoir une conscience écologique ivoirienne plus affirmée». Elle a pu, également, procéder à l'élection des membres étrangers, des Européens et des Africains, qui viendront apporter leur compétence et leur renommée, comme le dit si bien le vice-président, au service de l'Académie: «A l'avenir, nous pourrons nous ouvrir à l'Asie et à l'Amérique».
En attendant, le nouveau bureau mis en place le 14 avril, qui voit l'arrivée du Pr Bakari Tio-Touré à la tête du Domaine des Sciences naturelles, a inscrit le règlement de la question des locaux et celle du financement «afin de donner la pleine mesure de ses capacités pour servir la nation et surtout sa jeunesse», au titre de ses priorités.
En attendant aussi encore l'hommage de la Nation, les savants Ivoiriens ont rendu hommage au grand poète martiniquais, Aimé Césaire, mort le 17 avril 2008: «C'est un véritable monument des Lettres mondiales par ses combats pour l'identité et la liberté, celles de tous les hommes et singulièrement des diasporas africaines, par son immense capacité de création». Aussi l'Académie a-t-elle invité les Ivoiriens à «s'inspirer des valeurs qu'il a su incarner durant ses 94 ans de fidélité à soi».
«Il est des moments, écrivait Joël Des Rosiers, poète et psychiatre, où le chagrin atteint la chair des peuples ». Ainsi disait-il de Césaire auquel il rendait hommage.
Dans son exposé liminaire, le conférencier du jour n'oubliera pas non plus de rappeler les hommages « dignes de leur contribution à la science », que l'Académie a rendu à deux de ses membres si tôt disparus : les professeurs Allechi M'bet, économiste et Anoma Glawdys, biologiste, première bachelière de Côte d'Ivoire.
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Question pertinente d'un confrère: l'Académie n'est-elle pas une voie de garage, créée par le Chef de l'Etat, pour y «parquer» les professeurs Kotchy (pour avoir soutenu le FPI-renaissance) et Séry Bailly (pour sa tiédeur militante)? La réponse est venue cinglante. D'abord du premier: «Non! On ne peut pas créer une Institution de cette envergure à cause de deux individus. Le Président est un historien, il a pensé à créer cette Académie, en tant que lieu où se retrouvent des têtes pensantes d'un pays; lieu où se retrouvent des hommes de science, pour apporter encore leurs savoirs au développement du pays. Il faut avoir une plus haute idée de l'Académie ! Nous ne sommes pas au garage». Du second: «Je me sens honoré d'être auprès de mes aînés. Avec les années qui vont venir, on verra le mérite de l'Académie, de même que celui de ses chercheurs ». Discours complétés, entre autres, par Pr Aïdara, cela donne: «C'est une valorisation des hommes de qualité qui ont contribué au développement de ce pays. Elle donne l'occasion à ses savants de continuer à apporter leur pierre au développement de la Côte d'Ivoire, en se fondant sur la science». Il en profitera d'ailleurs pour citer le botaniste hors pair, Aké Assi: «Il est unique au monde». Et, pour convaincre l'assistance de l'importance d'une Académie, ces mots du Pr Tio Touré: «C'est une vision. Un pays digne de ce nom doit avoir une Académie, qui est basée sur la promotion de la connaissance scientifique. Il en existe au Sénégal, en Tunisie, au Maroc, au Ghana, etc. C'est une référence, une Académie!».
Face à la crise, les Immortels ont tenu aussi à dire aux journalistes qu'ils ne sont pas restés inféconds. D'ailleurs, au temps du Premier ministre Charles Konan Banny, dans le cadre de la sortie de crise, l'Académie a déposé sa contribution. «Le texte existe; il sera édité », précise-t-on. De même que celui concernant les déchets toxiques. Elle n'est donc pas un lieu isolé de la vie de la société, une sorte de vie en vase clos, assise grandement dans son laboratoire. Au contraire, elle se saisit de la vie, la regarde, propose, riche des expériences diverses de ses membres Aussi se réjouit-elle des avancées de l'Accord politique de Ouagadougou, «car l'éducation et la science ne peuvent prospérer dans la discorde, le désordre et la violence débridée».
L'intéressant échange entre les Immortels et les journalistes s'est achevé sur ce plaidoyer des seconds: que la presse, invitée toujours aux activités de l'ASCAD, vulgarise suffisamment ce qu'elle fait. Car, ce que les éminents membres déplorent, c'est l'absence, presque, d'écho dans les médias de l'existence, des cérémonies de leur institution. Ont-ils tort?
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