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Mauritanie: Tractations pour constituer le gouvernement - L'ouverture ? «Oui, mais »
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Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)
11 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008
Mohamed Ould KHattat
Vraisemblablement, le nouveau Premier Ministre, M. Yahya Ould Ahmed El Waghef prend son temps pour constituer son équipe, recevant les partis de sa Coordination de la majorité présidentielle, ceux de l'opposition démocratique siégeant ou non au Parlement, les personnalités politiques nationales mécontentes et contentes du parti ADIL, les notabilités, des généraux de l'Armée, des conseillers de la Présidence, bref, tout le monde. Tant et si bien que l'on ne sait plus s'il reçoit ceux qui sont susceptibles de participer au gouvernement qu'il est en passe de mettre sur place même si chacun sait que tout le monde ne peut pas être ministre, ou s'il reçoit des personnes à leur demande, comme certaines notabilités.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : le nouveau Premier Ministre donne l'air d'organiser des journées de concertations nationales, plutôt que des consultations, la tradition voulant, que seuls ceux qui seront ministres soient reçus à la Primature la veille de la constitution du Gouvernement. C'est donc une première, jamais, la composition du gouvernement mauritanien n'aura pris si long temps. Cinq longs jours et autant de nuits de tractations, de rencontres à la Primature, un peu comme si le Président Ould Cheikh Abdallahi et son Premier Ministre Ould El Waghef se disaient que le Pouvoir ayant désormais véritablement les coudées franches avec sa majorité pour gouverner, elle le fera en affaiblissant davantage l'opposition démocratique à laquelle elle fera la proposition assassine d'entrer au gouvernement contre l'abandon de ses différents programmes politiques, pour se consacrer entièrement à la réalisation du programme électoral du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi !
Certes, il ne s'agit pas là d'un gouvernement d'union nationale, comme l'opposition l'a toujours revendiqué, loin de là, sinon et la majorité présidentielle et l'opposition se devraient, chacune de renoncer à son programme et tomber d'accord sur un nouveau programme que le gouvernement s'attèlera à exécuter, mais il s'agit plutôt d'un élargissement de la base de la majorité présidentielle par la compromission de l'opposition si elle venait à accepter l'offre du nouveau Premier Ministre.
Le coup est presque magique puisqu'au fond, le Pouvoir aura fait d'une pierre deux coups : il aura pris à témoin l'opinion publique d'avoir essayé de satisfaire à la vieille revendication de constitution d'un gouvernement d'union nationale ou d'un gouvernement de large consensus que l'opposition n'avait cessé, jusqu'à la veille du départ du gouvernement technocratique de Zein Ould Zeidane, de poser comme «solution ultime» pour sortir le pays de la crise multiforme dans laquelle il est plongé depuis des mois d'une part et d'autre part, il aura affaibli l'opposition démocratique en en choisissant deux grands partis politiques (l'UFP et Tewassoul), grâce à cette espèce de sélection qui ne dit pas son nom pour entrer au Gouvernement: «ceux qui seraient convaincus par le programme du Président de la République, accepteraient de le mettre en oeuvre et élargiraient la majorité présidentielle», aurait dit, selon une déclaration du RFD, le Premier Ministre Ould Ahmed El Waghef, lors de la séance du mercredi dernier.
Comme quoi, d'ouverture politique, le Pouvoir ne se laisse convaincre que par la stratégie du donnant-donnant, loin des états d'âmes, mais aussi et surtout, une ouverture politique qui permet à l'opposition de conserver son leader et une certaine véhémence pour continuer à jouer ce rôle qui lui est dévolu.
Le revers de la médaille
Cette manoeuvre politique du nouveau Premier Ministre, pour ne pas dire du Pouvoir, est pourtant une menace sérieuse pour la stabilité du futur gouvernement car elle laisse présager d'une difficile gestion des rapports entre la Majorité présidentielle et les formations politiques de l'opposition qui seront à ses côtés au sein de cette équipe gouvernementale.
Cela est d'autant plus vrai qu'une formation politique comme Tewassoul dont la seule condition pour entrer dans ce gouvernement serait de trouver, dans un délai de six mois au plus tard, une solution à la question des relations avec Israël (rompre ces relations diplomatiques ou soumettre la question au Parlement), a déjà un pied hors du gouvernement avant même d'y entrer. Le Premier Ministre arrivera-t-il, au-delà, de ce délai à conserver le parti des Islamistes, comme il était appelé, Tewassoul dans son gouvernement et aura-t-il d'ici là la possibilité de poser la question des relations avec Israël au vote parlementaire ?
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La grande crainte sera exprimée par le Comité Permanent du RFD qui, dans une déclaration faite le jeudi dernier, considèrera que «le risque est énorme de voir l'association à la gestion gouvernementale se confondre à une simple invite au partage d'un butin et de conforter les pratiques et la culture du népotisme dans le silence et l'impunité totale».
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