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Ile Maurice: Gouverneur de la Banque de Maurice - «La zone franche ne peut être livrée à la merci des forces du marché »


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

10 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008

Propos recuellis par Nico PANOU
Port Louis

Dans une interview exclusive accordée à «l'express», le gouverneur de la Banque de Maurice explique la décision du «Monetary Policy Committee» de baisser le taux d'intérêt directeur et les raisons de la valeur de la roupie sur le marché des changes jusqu'à récemment.

Est-ce que la baisse du «repo rate» n'est pas un signal pour la lutte contre l'inflation ?

Je crois qu'il faut situer le problème dans son contexte actuel. Il convient d'abord de chercher à comprendre l'origine de cette poussée inflationniste afin de déterminer les mesures adéquates à prendre pour la combattre. Dans le cas précis de Maurice, l'inflation découle essentiellement de facteurs exogènes qui sont, notamment, la hausse des prix des denrées alimentaires (food inflation) et la flambée du cours du pétrole (fuel inflation). L'inflation que nous vivons ici étant essentiellement importée, une hausse du repo rate ne va pas aider à la juguler à plus de 50 %.

Ensuite, l'augmentation du taux d'intérêt directeur aggraverait les difficultés que les secteurs réels de l'économie sont en train de rencontrer. Je veux parler notamment des souffrances qu'endurent bon nombre d'entreprises du fait de l'envolée de la roupie. Si cela devrait continuer, les performances de ces entreprises se verraient sérieusement affectées. Et il s'ensuivrait des licenciements en cascade.

Je me rappelle que le jour où nous prenions cette décision de baisser notre taux, une entreprise décidait de remercier ses employés. On parle du recyclage de ces derniers, mais nul ne peut dire le nombre de ceux qui vont perdre, de façon définitive, leur emploi. Au vu de cette situation, moi, j'estime sincèrement que la zone franche ne peut être livrée à la merci des forces du marché. Particulièrement s'il y a possibilité que les autorités monétaire et fiscale aident ce secteur à surmonter une crise que tous nous espérons temporaire.

Sans abandonner la lutte contre l'inflation, il nous fallait trouver un juste milieu. Nous ne pouvons pas nous garder d'intervenir face à une situation où des dizaines de milliers d'emplois sont en jeu et où la paix sociale, si rien n'est fait, est menacée. L'important était de maintenir un climat où les risques de licenciements massifs sont écartés. Car malheureusement quand les troubles sociaux s'installent, les conséquences se répercutent jusque dans les secteurs attractifs de l'économie nationale.

La situation qui prévaut à Maurice s'observe également sur le plan international. Food inflation et fuel inflation sont à l'origine de graves perturbations économiques. Le ralentissement des activités économiques dans ces pays est si prononcé que le taux de croissance économique a été revu à la baisse. Dans des conditions aussi critiques, nos exportateurs risquent de perdre leurs parts de marché si la roupie demeure aussi forte.

Vous avez mentionné qu'aucune autre baisse du taux d'intérêt n'est envisageable à l'avenir, tant que l'inflation n'a pas reculé de façon sensible

Absolument. Et cela démontre encore une fois notre engagement à continuer la lutte contre l'inflation. Cette dernière constitue l'une de nos principales priorités. La situation que nous avons vécue récemment était exceptionnelle et cela appelait des mesures d'urgence exceptionnelles. Le Monetary Policy Committee (MPC) a effectivement pris la résolution de ne plus procéder à d'autres baisses tant que l'inflation n'a pas diminué, entre-temps, de façon sensible. Et je dois vous dire que cette résolution a été prise à presque 7/7 par le bureau.

«Sans abandonner la lutte contre l'inflation, il nous fallait trouver un juste milieu. Nous ne pouvons pas nous garder d'intervenir face à une situation où des dizaines de milliers d'emplois sont en jeu et où la paix sociale, si rien n'est fait, est menacée.»

Justement, comment êtes-vous arrivés à cette décision de baisse au MPC. Je suppose à l'issue de vives discussions ?

Vous n'êtes pas sans savoir que par le passé, le MPC n'a pas toujours été unanime dans la prise des décisions. L'année dernière, quand j'avais voulu augmenter le repo rate de 75 points de base, précisément pour combattre l'inflation, le MPC ne m'avait pas suivi. Je n'avais pas eu la majorité. A cette époque, il a fallu faire appel au board de la Banque de Maurice qui m'a aidé à faire cette augmentation. A l'époque, le MPC n'était pas encore indépendant.

Aujourd'hui, le MPC est indépendant et je vous assure qu'il a retrouvé une certaine cohérence. Ce n'est pas une équipe si divergente. Pour cette dernière décision de baisse, nous avons eu une quasi unanimité. Seule une personne a voté contre. Et il faut ajouter que c'était une réunion d'urgence.

Je réitère qu'il faut avoir une approche concertée sur plusieurs points, pour essayer de trouver des solutions aux problèmes qui se posent à nous, dès la source.

Parlant des problèmes, comment comptez-vous résoudre efficacement ceux provoqués par les capitaux à court terme qui submergent Maurice ?

Ces flux de devises qui affluent vers Maurice sont les bienvenus. C'est là d'ailleurs le voeu de tout pays, d'attirer des investissements directs étrangers. Malheureusement, pour les flux de capitaux à très court terme, l'impact sur l'économie est désastreux. Alors, en réduisant le coût de la monnaie, on peut ainsi peut-être diminuer ces flux de capitaux à court terme de la circulation. Deuxièmement, on a lancé un appel au gouvernement afin que dès le début de l'année, les fonds tels que le National pension fund, le National savings fund, etc, soient investis à l'étranger.

Nous sommes également entrés en négociation avec un groupe qui s'appelle le Sovereign Investment Partnership de la Banque mondiale (BM), qui vient d'ailleurs à Maurice dans une semaine. Ce sont des gestionnaires de tous les fonds de la BM et de certains pays membres. Leur portefeuille s'évalue à 90 milliards de dollars. Ils vont précisément nous aider à faire une peer review et à organiser la gestion de fonds en devises au nom du gouvernement.

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Indépendamment de toutes ces mesures, il faut ajouter que les instruments que la Banque a introduits sur le marché au début du mois d'avril, pour limiter ces flux de capitaux spéculatifs, portent déjà leurs fruits. Ajoutés à cela, les Special Deposit Facility introduits au cours des mois de septembre-octobre ont déjà produit des résultats au-delà de nos attentes.



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