L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Un médecin légiste - «Durcir les peines n'a aucun effet sur les criminels»

Deepa Bhookhun

10 Mai 2008


(Page 2 of 2)

Justement comme vous le dites, nous ne traitons pas le fond du problème. Pourquoi ?

C'est la facilité. Le problème c'est que personne ne veut analyser le crime. Je ne veux pas m'embarquer dans une polémique mais je crois qu'il faut s'attarder un moment sur le profil ethnique du criminel. Il y a une prédominance d'un certain groupe et c'est une population qui domine la communauté rurale. Il y a des rites inacceptables qui consistent à boire le sang de la victime, verser ce sang dans les temples, etc. Mais où allons-nous ? Nos religieux ont fait fausse route. C'est quoi l'amour du prochain

Tuer ?

Le gouvernement semble pencher pour un durcissement des lois. Vos commentaires ?

La solution n'est pas de durcir les peines et surtout pas la peine de mort. Durcir la loi n'aide pas parce que quand vous giflez une personne trois fois, il a mal mais la quatrième, cinquième ou sixième gifle n'a plus aucun effet. Tout ce que cela fera, c'est affecter la famille de l'accusé.

Cet argument est utilisé parce que l'on se dit qu'avant de commettre un crime... Mais pense-t-on à ce qui arrive après quand on commet un crime ?

Cela dépend des types de crimes. Vous savez, nous avons un vilain défaut dans ce pays, nous nous croyons tous intelligents et nous pensons qu'il y aura toujours quelqu'un qui va croire à tous nos bobards. Donc l'accusé essaiera de vous raconter des histoires pour essayer de se sortir de la situation dans laquelle il se retrouve.

Et les violeurs ? Pourquoi violent-ils ?

Ce qui est remarquable chez les violeurs, c'est qu'ils croient toujours que la femme les a allumés. C'est la personne qui pense que tout est permis. Une femme fait un sourire à quelqu'un et l'homme l'interprète comme une invitation. Mais cela dit, il faut faire attention ; nous ne sommes pas une nation de violeurs. Dans beaucoup de cas rapportés, ce sont des règlements de compte ou des cas de rapports sexuels consentants avec des mineures.

Est-il vrai que la majorité des criminels connaissent leur victime ?

Oui. C'est très rare qu'un criminel ne connaisse pas sa victime. Dieu merci parce qu'à partir du moment qu'un criminel ne connaît pas sa victime, cela veut dire qu'il tue à gauche et à droite. C'est malheureux de le dire mais c'est plutôt rassurant.

Dites nous enfin - est-ce que les criminels d'aujourd'hui sont différents de ceux d'il y a une vingtaine d'années ?

Ah oui. (Rires ) Ceux d'antan étaient des gentlemen ! Ils étaient des criminels mais ils avaient du respect pour les institutions. Ils étaient des sages. Aujourd'hui ceux qui vont à la prison de Beau-Bassin en ressortent avec un diplôme en criminalité.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Ile Maurice

Rubriques