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Zimbabwe: La piroutette de Tsivangirai pour échapper au piège de Mugabe


San Finna (Ouagadougou)
 

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San Finna (Ouagadougou)

éDITORIAL
12 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008

Il avait transporté ses pénates en Afrique du Sud et pendant ce temps, Mugabe qui avait le champ libre, la caution tacite de ses pairs africains, taillait des croupières dans son électorat en violentant ses militants et en manoeuvrant de 1000 manières pour mettre la Commission électorale et la justice à ses bottes.

L'objectif, c'était de foutre une telle trouille du diable aux électeurs de l'opposition qu'ils iraient se faire voir ailleurs en se cachant au pays ou mieux à l'étranger plutôt que de participer à un second tour où ils pouvaient perdre jusqu'à leurs vies. Alors, comme il fallait s'y attendre, le bruit a commencé à courir que Tsvangirai a pris la poudre d'escampette, qu'il s'est mis au vert, abandonnant ses militants à la fureur de Mugabe, gonflé à bloc, et décidant de croquer jusqu'au dernier des opposants. Un général qui fuit ses troupes, les

abandonnant en rase campagne, c'est pas joli, joli ! Ca mérite plus que le peloton. On n'a pas pensé que l'absence du leader de l'opposition avait une motivation stratégique. C'est bien connu en Afrique : les élections se décident de plus en plus à l'étranger et Tsvangirai est bien placé pour savoir que sans l'appui de la communauté internationale, de la SADEC et de l'Afrique du Sud, il lui sera difficile d'obtenir la reconnaissance de ses droits ou même d'amener Mugabe à amiable composition. Son séjour en Afrique du Sud n'avait certainement pour motif que d'avoir des garanties à cet égard sinon, il ne manque pas de courage, lui dont la photo révélant le visage martyrisé, a circulé à travers le monde parce qu'il a osé s'opposer à Mugabe. Sinon, il n'avait pas que mépris pour le sort qui était fait à ses militants et sur les manœuvres entreprises par le dictateur zimbabwéen pour lui savonner la planche si jamais, il lui prenait l'envie de s'inscrire à la course au second tour.

En décidant, après avoir laissé passer tout ce temps, mettant ainsi à rude épreuve la patience des uns et des autres, de compétir pour le second tour, il a effacé toutes les critiques, toutes les suspicions mais plus encore, il a repris l'avantage car aujourd'hui, c'est lui qui a la donne, ce n'est plus Mugabe. Si l'on avait escompté qu'il jetterait l'éponge, effrayé par les micmacs du vieux dictateur, par ses violences et par la valse hésitation du syndicat des chefs d'Etat, eh bien, on a eu tout faux : Tsvangirai n'est pas une chiffe molle, il veut aller aux élections mais pas bêtement, pas comme quelqu'un qui va à l'abattoir. Il a annoncé qu'il rentrerait dans deux jours, soit le 13 mai 2008 ! S'il doit y avoir un combat, il le veut à la régulière, et c'est ainsi qu'il a posé ses conditions. Oh, l'homme a pris soin de ne pas mettre la barre haut placée pour donner raison à Mugabe de faire comme bon lui semble : il va aux élections, dit-on, mais aux conditions suivantes :

- arrêt des violences ;

- élection au plus tard le 24 mai ;

- accès sans restriction pour tous les observateurs internationaux ;

- rétablissement d'une commission électorale en bonne et due forme ;

- accès des médias sans entrave y compris pour les médias internationaux ;

- envoi des hommes de maintien de la paix au Zimbabwe afin que l'opinion puisse avoir confiance dans l'organisation du scrutin par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).

C'est pas si extraordinaire que ça et ça semble parfaitement compréhensible, vu la situation dans le pays !

Si Mugabe refuse, il se retrouve alors dans la position de celui qui refuse les règles du jeu, qui veut vaincre sans défi, mais s'il accepte, il se retrouve dans la situation qui risque de lui enlever les meilleures cartes qui lui ont toujours permis de garder le pouvoir : la non immixtion des observateurs, des médias internationaux dans le suivi des élections électorales. Et là, l'homme, tel qu'on le connaît, qui a toujours cru que la seule accusation de l'impérialiste, du colonisateur, du Blanc, pour rallier à sa cause les foules éperdues de reconnaissance pour son combat libérateur, n'hésitera pas à balayer d'un revers de la main les conditions de Tsvangirai. Il le fera d'autant plus le cœur léger, sans scrupules, que ce sera l'occasion pour lui de se présenter président élu par défaut.

Il n'y a là rien d'infâmant pour un Robert Mugabe. Ce qui importe le plus pour l'homme, c'est de finir dans la plus pure tradition africaine sa vie au pouvoir et d'obtenir qu'il ne soit pas dit de lui, comme aimait à le proclamer Sékou Touré : «Voilà, celui qui marche-là, c'est l'ancien Président ».

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Mais dans le même temps, Tsvangirai n'aura pas perdu au change car il aura démontré aux yeux du monde entier que non seulement il n'est pas un « couillard » comme on dit mais que celui qui a bien refusé le combat dans les normes, c'est Mugabe. Il gardera alors, dans un monde où le futur est plus que jamais incertain, toutes ses chances !



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