Narjis Rerhaye
12 Mai 2008
Espace de débats publics et de recherches sur les droits de l'Homme et la démocratie
Ce samedi matin à Rabat, l'heure n'était pas au discours mais à la préservation de la mémoire, la mémoire d'un homme qui a dédié sa vie, jusqu'à la mort, à la défense des droits de l'Homme et de l'instauration de l'Etat de droit. Ce 10 mai, il s'agissait pour tous ceux et celles réunis en assemblée générale, de maintenir vivace la mémoire léguée par Driss Benzekri, le père de la réconciliation en terre marocaine, qui s'en est allé il y a un an jour pour jour.
Les compagnons de lutte et de galère, les défenseurs des droits de l'Homme, les passionnés de la dignité humaine et tous ceux qui, de près ou de loin, suivaient le parcours de ce militant dont la frêle silhouette a traversé les années de plomb mais aussi la nouvelle ère. Tous étaient réunis ce samedi pour les bans de naissance de la « Fondation Driss Benzekri des droits humains et démocratie ». « Une Fondation dont la vocation essentielle de traduire, concrètement, ce qu'a accompli Driss Benzekri tout au long de son combat. Une fondation qui a la charge de contribuer aussi de concrétiser les recommandations issues de la commission vérité que présidait le cher disparu. Une Fondation qui a aujourd'hui le devoir de préserver la mémoire de Benzekri qui n'avait de cesse de penser à ce Maroc de demain, ce Maroc meilleur que nous nous devons léguer à nos enfants », explique Ilyas El Omari, l'un des artisans essentiels de cette Fondation et principal animateur de son comité préparatoire.
Ils se sont donc réunis ce 10 mai, à quelques jours du premier anniversaire de décès de celui a fait de la justice transitionnelle une réalité dans un pays, le Maroc, qui a eu mal, très mal à ses droits de l'Homme, pour créer une Fondation dédiée à la culture des droits humains et au renforcement de la démocratie. « Parce que Driss a donné sa vie pour poser les jalons de l'Etat de droit, c'était cela son idéal », chuchote Rabea Mardi, celle qui a très discrètement partagé sa vie. Parce que la défense des droits des faibles, des opprimés, de ceux dont la dignité est bafouée l'a habité très jeune enfant. « Aussi loin que je m'en souvienne, Driss avait cette conscience aigue des droits qu'il fallait respecter sans modération. Il disait toujours à mon père de respecter les droits de notre mère », se souvient son frère, Allal.
Une fondation pourquoi faire, risquent de s'interroger ceux toujours sceptiques ? La réponse fuse, spontanément, naturellement, sans artifice : c'est la mémoire de Driss Benzekri qu'il aurait aimé voir préservée, c'est son héritage qu'il s'agit aussi,aujourd'hui, de consolider, renforcer pour mieux le transmettre. Un héritage fait de démocratie, de respect des droits de l'Homme, de citoyenneté. « La Fondation Driss Benzekri des droits humains et démocratie a pour ambition d'accompagner le processus de consolidation de la culture et des idéaux des droits de l'Homme au Maroc et la dynamique des réformes engagées par le pays. Cette fondation s'est aussi fixé comme objectif d'oeuvrer à fortifier l'édifice démocratique à travers des canaux de dialogue démocratique », soutient Hamid El Kam, l'ami de toujours qui, aux côtés de Benzekri, s'est investi corps et âme dans l'aventure de l'Instance Equité et Réconciliation.
Un conseil d'administration diversifié
Promotion de l'expérience marocaine en matière de justice transitionnelle, sensibilisation au droit à la différence, rayonnement de la culture des droits humains, développement de la démocratie, diversité culturelle et citoyenneté, ce sont là autant d'objectifs que se sont fixés ceux de la Fondation. Les principaux modes d'action se traduiront dans l'organisation de débats publics sur des questions qui posent problème en matière de droits de l'Homme et de démocratie, dans les travaux de recherches qui seront menés sur les thèmes de la justice sociale et la démocratie ainsi que des actions de plaidoyer. Un prix pour les droits et la démocratie sera également instauré, annoncent les membres du comité préparatoire de la Fondation.
En AG, la centaine de membres du conseil d'administration ont adopté le projet de statut de la Fondation, sa charte de valeurs ainsi que la liste des membres deson directoire. Le comité préparatoire a voulu le conseil d'administration pluriel, diversifié, ouvert. Exactement à l'image d'un Driss Benzekri fédérateur. On y retrouve pêle-mêle et dans le désordre des profils comme Bakkoury, patron de la CDG, Ahizoun, le PDG de Maroc-Telecom , l'ancien ministre délégué de l'intérieur Fouad Ali Al Himma ou encore Salah El Ouadie, Driss El Yazami, Amina Lemrini, Latéfa Jbabdi, Mohamed Sebbar président du Forum Vérité et Justice, Amina Bouayach qui préside aux destinées de l'OMDH, les avocats Abderrhaim Jamaï et Ahmed Arrehmouch. S'y côtoient aussi Kacem Laghzaoui, le compagnon de route du défunt, l'homme d'affaires Ali Abdelmoula, le PDG de la SNRT, Fayssal Laaraichi ainsi que l'ex-secrétaire d'Etat à la jeunesse, Mohamed El Gahs. La représentativité politique aussi semble avoir été de la partie avec la présence de l'usfpésite Mohamed Benyahya, Nabil Benabdallah du PPS ou encore le PJDiste Lahcen Daoudi et Mohamed Auajjar du RNI. La présence du mouvement de tous les démocrates ne passera sûrement pas inaperçue. Outre Fouad Ali Al Himma et Bakkoury, Ahmed Akhchichen, Herrzni, l'ancien ministre de la Santé Biadillah, Khadija Rouissi sont aussi membres du conseil d'administration de cette Fondation que préside désormais Abdesslam Aboudrar, le secrétaire général de la CDG qui a cette particularité d'être militant de la transparence.
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