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Afrique: Faut-il oui ou non supprimer la FAO comme le demande Me Wade?


San Finna (Ouagadougou)
 

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San Finna (Ouagadougou)

BILLET
12 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008

Tozi & Tomi
Ouagadougou

On savait que le président sénégalais était remonté contre la FAO puisqu’il ne tarissait pas de critiques à son endroit depuis le cycle d’émeutes contre la faim qui s’est emparé de bien de pays dans le monde dont le Sénégal.

Mais on était loin de penser que l’adrénaline monterait jusqu’à finir par une demande, de la part d’un Président de la République, de suppression de l’institution que dirige le Sénégalais Jacques Diouf.

Eh bien, depuis le 04 mai 2008, c’est fait : Wade l’a demandé lors d’une intervention télévisée. Coup de tonnerre dans le ciel sénégalais, africain mais aussi du monde des ONG et du Système des Nations Unies. Pour avoir fait fort médiatiquement, il l’a fait !

En attestent ces deux opinions contradictoires qui, depuis, se déchaînent : celle qui estime qu’il serait tout à fait suicidaire de supprimer la FAO et celle qui pense que ce serait salvateur. Deux sons de cloche.

CE SERAIT SUICIDAIRE DE SUPPRIMER LA FAO

De tout temps, les hommes, surtout lorsqu’ils sont à la tête d’Etat, ont cherché des faux fuyants pour dévier l’attention des populations sur leurs carences de gestion et autres difficultés de gouvernance, et quand on se trouve en période de crise, cette tendance peut aller très loin, jusqu’à la solution de la guerre. On n’en est pas là au Sénégal mais la crise, avec les émeutes qui en découlent, a amené le président Wade à trouver dans la FAO, le bouc émissaire idéal. C’est l’histoire, version « wadienne » de l’étranger de l’humoriste Fernand Raynaud qui enlève le pain de la bouche des Français. Oui, si au Sénégal, il y a la faim, c’est parce que la FAO se sucre sur les fonds qu’elle récolte, saupoudre à gauche et à droite, ne laissant que des miettes aux Sénégalais : «"La situation actuelle est largement son échec et les cris d'orfraie n'y feront rien. Cette institution aux activités dupliquées par d'autres, apparemment plus efficaces (...), est un gouffre d'argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain", a expliqué le président sénégalais pour qui, il faut « quitter dans ça ! », s’orienter vers des investissements innovants, rompre avec la politique du « Food » qui est un euphémisme pour désigner l’aumône et aller vers celle du « Help to stand up » qui est l’aide à l’auto assistance.

En fait, nous avons affaire là à la plus pure démagogie et dès le mois d’avril 2008, le DG de la FAO n’a pas manqué, au sujet des critiques qui se faisaient déjà fortes de la part de Abdoulaye Wade, de relever tous les secteurs dans lesquels la FAO intervient de façon concrète en Afrique et qui dépassent le simple cadre de l’aumône pour s’attacher au développement direct du secteur agricole, à la fourniture d’intrants, de semences… Il a aussi, pièces à l’appui, montré combien l’organisation aidait les gouvernants à préparer des stratégies pour l’augmentation de la production et de la productivité agricole.

Pour le patron de la FAO, «ce n’est pas à s’attaquant à la FAO et aux Ong qu’on va régler les problèmes du Sénégal. Et c’est étonnant que de tous les 190 chefs d’Etat, il n’y a que lui qui ait tenu de tels propos ». Surtout que, selon lui, les véritables causes de la crise alimentaire se trouvent, en ce qui concerne notamment le Sénégal, dans l’insuffisance des investissements dans les routes rurales, pour « l’acquisition de moyens de stockage des produits agricoles », dans l’absence de « réflexion poussée sur les moyens de pénétrer les marchés dans le monde » comme dans la faiblesse de la « politique de maîtrise de l’environnement économico-fiscal »… Quand on sait que la FAO a déjà alloué depuis décembre 2007, où elle a lancé l’initiative pour lutter contre la flambée des prix, 17 millions de dollars, on mesurera qu’elle n’est pas là pour bailler aux corneilles. Et ce n’est pas le moment de décourager les initiatives individuelles ou institutionnelles et chercher des poux sur des crânes rasés, comme on dit. La FAO a le mérite d’exister ; on peut chercher à corriger des erreurs dans son fonctionnement mais ce serait grave de jeter le bébé avec l’eau du bain !

TOMI.

CE SERAIT SALUTAIRE DE SUPPRIMER LA FAO

On peut ne pas être d’accord avec le président Wade mais quand le lièvre court vite, il faut le reconnaître. En demandant avec courage la suppression de la FAO, il a dit tout haut ce que des milliards de pauvres pensent tout bas de par le monde. Il a d’abord mis en cause cette politique d’assistance dans laquelle se sont spécialisées certaines institutions et une flopée d’ONG. C’est un marché porteur qui attire les margoulins de la pire espèce dont le seul but, c’est de se faire de la « thune » en exploitant la misère du monde et principalement de l’Afrique.

Il suffit de se renseigner sur les super salaires et autres avantages dont bénéficient tous ceux qui travaillent dans ces structures, les commissions prélevées, les détournements effectués… pour se rendre compte qu’on a affaire à une vaste escroquerie dont le Tribunal pénal international gagnerait à s’occuper. Il a également souligné, en justification à sa demande, un argument logique et qui, pour cela, fait mouche : les structures qui font doublon sont inefficaces et encore plus, budgétivores. Il y a une multitude d’institutions relevant souvent du système des Nations Unies qui s’occupent des mêmes choses : la FAO a réclamé 1,7 millions de dollars US pour une initiative d’urgence de distribution de semences et d’engrais alors que de son côté, le Fonds international de développement agricole (FIDA), institution de l’ONU également, promettait 200 millions de dollars US pour des cultivateurs pauvres des pays les plus touchés. Voilà effectivement qui montre que la FAO est larguée et qui conseille une rationalisation des institutions du genre par leur fusion ou regroupement.

La sortie du président Wade devrait être examinée par les différents Etats africains à un moment où il est question, au-delà des investissements innovants dans l’agriculture, de refondation de politique agricole, de révolution dans les modes vestimentaires, alimentaires, etc. Du reste et s’agissant en particulier de la FAO, la chronique a plusieurs fois fait état de ses gestions qui laissent à désirer. C’est donc une porte ouverte que le président sénégalais enfonce, et la suppression de la FAO pourrait être un mouvement déclencheur qui permette de mettre de l’ordre dans les structures d’aide. On a en effet trop souvent vite fait d’accuser les détournements, la mal gouvernance dans les pays bénéficiaires alors que ces faits existent aussi au niveau des pays et institutions donataires. Pas pour rien que des experts européens et africains ont joint leur voix aux critiques du numéro un sénégalais : "La FAO est devenue un lourd appareil qui a trop élargi ses prérogatives.

Elle doit se concentrer sur son rôle central qui est la garantie alimentaire, sinon elle pourrait devenir superflue", a déclaré à l'AFP un expert de l'ONG allemande Welthungerhilfe (Aide mondiale contre la faim), Rafael Schneider. "Je suis aussi très sceptique et de plus en plus critique de l'action d'institutions telles que la FAO. Elles ne sont absolument pas efficaces sur le terrain", a pour sa part estimé le Camerounais Bernard Njonga, président de l'ONG Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). Qu’y a-t-il à rajouter ?

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TOZI.



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