Mohamed Kadimi
10 Mai 2008
interview
Saïd Abdelwafi : "La sécurité est une nécessité socio-économique"
Récemment, la demande s'est accrue sur les prestations des entreprises spécialisées en matière de sécurité.
Ces dernières assurent souvent cette mission mais aussi le jardinage, la collecte des déchets publics ainsi que l'assainissement liquide.
Quelle est la place accordée à la sécurité au sein des entreprises ?
Depuis les événements tragiques de 16 mai qui ont eu lieu à Casablanca, les chefs d'entreprises et d'établissements publics deviennent de plus en plus conscients à la question de sécurité. Nombreux sont ceux qui attachent un grand intérêt à ce sujet et accordent une importance particulière à leur environnement social.
Malheureusement, d'autres sont moins soucieux ou ne s'intéressent guère à la sécurité ni aux vies de leurs employés. Il faut savoir que le tissu économique est essentiellement composé de petites et moyennes entreprises. Pour certaines, le problème de sécurité des biens et des personnes est au coeur de la stratégie. Ces entreprises ont pour principales préoccupations de s'implanter et avoir un label et une place de marché mais ne négligent jamais l'aspect sécurité. En revanche, le reste ne prend pas en considération les exigences de la sécurité parce qu'il a d'autres contraintes à gérer, et n'est pas, par conséquent, prioritaire. Or, il faut admettre que la sécurité est une nécessité économique et sociale.
Que pensez-vous des incendies qui se déclarent souvent à Casablanca ?
C'est un problème de fond qu'il faut résoudre de toute urgence. Il y a un manque terrible en matière de formation contre la lutte des incendies. Les sapeurs-pompiers peuvent intervenir en fonction de l'effectif qu'ils peuvent mobiliser et du matériel mis à leur disposition. Il est, toutefois, indispensable pour chaque entreprise, de mettre en place un dispositif de sécurité et de sensibiliser ses employés. Pour une entreprise qui opère dans un secteur qui présente des dangers, elle est appelée à prévenir et à mettre en place des plans d'action à même de faire face à tous les dangers éventuels. Cela s'impose d'autant plus qu'il existe des société spécialisées dans la sécurité des biens et des personnes.
Autrement dit, on ne prend pas encore au sérieux la sécurité, les actes de vol, la casse, les incendies. D'où la nécessité de mettre sur pied un dispositif en termes d'agents, de matériel et de formation.
De surcroît, la sécurité a un coût économique important. Pour améliorer la productivité et la qualité, le bien-être des employés est une dimension à prendre en considération.
Mais les agents de sécurité exercent souvent dans des conditions insupportables ?
C'est vrai mais toutes les entreprises spécialisées ne sont pas à mettre dans un même panier. Il est aussi vrai que nombreuses sont celles qui respectent le code du travail et la législation sociale en vigueur. Elles paient aussi les taxes à l'Etat, assurent la couverture médicale à leurs employés et s'acquittent de toutes leurs charges vis-à-vis de l'Etat et des employés. Malheureusement, les sociétés structurées font face à une concurrence déloyale de la part des entreprises qui opèrent dans l'informel. Cela s'explique aussi par l'absence d'une réglementation rigoureuse à même de tirer cette activité vers le haut.
Que pourriez-vous nous dire au sujet de N SOS ?
C'est une société familiale créée en 1977. Elle a comme principale activité la sécurité, l'assainissement liquide et solide, la collecte des déchets industriels et autres. Ainsi, elle est chargée du nettoyage industriel (toutes les unités de l'ONE, OCP). Au niveau de la collecte des déchets, notre entreprise a commencé avec l'ODEP.
Pour ce qui est de l'assainissement liquide, plusieurs techniques sont mises en oeuvre par SOS NDD. Il s'agit essentiellement du tringlage manuel ou mécanique, le curage par boule et hydraulique, les aspiratrices ainsi que le curage des grands ouvrages profonds. En somme, nous agissons de la production du déchet jusqu'à son évacuation vers la décharge.
Aujourd'hui, on est présent également dans l'exploitation et la gestion des décharges publiques. C'est le cas de celle d'El Jadida dont nous avons assuré la réhabilitation ou celle de Kénitra dont on est actuellement chargé.
Pour améliorer nos prestations, nous nous sommes équipés de plus de 100 camions pour la collecte des déchets, 8 camions dédiés à l'assainissement et d'autres engins modernes. Nous avons aussi un partenariat développé avec les communes, surtout, à Fkih Ben Saleh.
Quel est le nombre de vos employés ainsi que la masse salariale ?
Nous sommes à plus de 1200 employés. Cet effectif est composé de financiers, administratifs et d'ingénieurs spécialisés dans le domaine de l'environnement. La masse salariale représente entre 70 et 80% de nos revenus. Même si la masse salariale est élevée, elle est, pour nous, le gage de la qualité des prestations de tous nos agents.
Quel est votre chiffre d'affaires et part de marché annuels ?
Notre chiffre d'affaires s'élève à un peu plus de 100 millions de dirhams. Notre part de marché varie entre 2 à 10% selon le type d'activité.
Quels sont vos principaux clients ?
Ils ont multiples et touchent aux différentes activités. Nous traitons également avec les entreprises privées et les établissements publics. On a, à titre d'exemple, des contrats à Fkih Ben Saleh, El Jadida, Kénitra et Casablanca. Pour ce qui est de la collecte des déchets publics, nous pouvons aussi citer parmi nos clients, les banques (BCP, SGMB, BMCI, BMCE et Wafa Bank), les Offices (ODEP, ONE, ONCF, ONEP et OCP), ainsi que les hôtels.
Quelle évalutaion faites-vous de la profession de sécurité ?
Il faut réguler le marché et l'assainir. Il est inadmissible que cette profession puisse être exercée sans normes. A mon avis, il faut établir les bases d'une concurrence loyale. Il est aussi judicieux de mettre fin à toutes les pratiques et faveurs accordées aux multinationales au détriment des entreprises marocaines structurées et professionnelles.
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