Jean N'saka Wa N'saka
12 Mai 2008
analyse
Qui sont les Mbororo qui occupent des pans entiers des Districts du Bas-Uélé et du Haut-Uélé dans la Province Orientale, y font la loi et en chassent la population autochtone ? Comment y sont-ils arrivés et y restent quasi à demeure ? Ils sont estimés à 15.000 (quinze mille) personnes, et leurs troupeaux à 95.000 (quatre-vingt-quinze mille) têtes de bétail. Sont-ils des réfugiés, des sans-papiers fuyant la persécution chez eux, des braconniers, des pasteurs errants, ou des envahisseurs ?
Longtemps dénoncé dans la presse écrite et dans des débats télévisés, le problème des Mbororo semble avoir retenu l'attention des députés nationaux. Il a été débattu en plénière mercredi 07 mai, suivant le rapport de la commission Idambituo Bakaato qui était dépêchée sur les lieux pour faire des investigations sur ce phénomène. A entendre le rapport de la commission et plusieurs interventions des députés, ainsi que la synthèse du Président de l'Assemblée nationale Vital Kamerhe, les téléspectateurs avertis se rendent compte que le pays n'est pas du tout administré.
La RDC apparaît comme une vaste contrée plus ou moins peuplée mais sans Etat, c'est-à-dire dépourvue de structures politico-administratives classiques pour la gouverner, l'organiser, la développer et la défendre. Absence d'autorités administratives, judiciaires, policières, militaires et sécuritaires dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres ! Les autorités politico-administratives basées aux chefs-lieux de Provinces, de Districts et de Territoires, sont purement symboliques, font semblant de travailler en vase clos, sans contact avec la population du reste de l'ensemble de leurs juridictions, et ignorent les nombreux problèmes et difficultés qui assaillent cette population qui se sent pratiquement abandonnée et ne sait à quel saint se vouer. Telle est la description cartographique et administrative des parties du Bas-Uélé et du Haut-Uélé que la commission Idambituo Bakaato a explorées au cours de ses investigations sur le phénomène des Mbororo. Elle reste la même pour toutes les Provinces de la RDC, caractérisées par l'absence de structures politico-administratives, en dehors des chefs-lieux qui n'en ont qu'à titre purement nominal.
Les Mbororo sont du tout-venant composé de Tchadiens, de Libyens, de Soudanais et de Centrafricains. Dans un pays sans structures politico-administratives, judiciaires, policières, sécuritaires, militaires fiables, ils sont entrés progressivement à partir de la Province de l'Equateur sans coup férir, jusqu'à prendre pied dans le Bas-Uélé et Haut-Uélé dans la Province Orientale, avec leurs troupeaux. Ils sont tout simplement une colonie de pasteurs errants envahisseurs, numériquement supérieurs à la population autochtone. Venant de la localité centrafricaine de Mboki, ils ont traversé via l'Equateur les rivières Mbomu et Gwame dans le Territoire d'Ango, jusqu'à atteindre les Territoires de Dungu et Poko. Leur caïd tchadien s'appelle Mohamed Tchad, avec son second centrafricain dénommé Djibril. L'implantation progressive de cette colonie de Mbororo, de l'Equateur limitrophe de la République centrafricaine jusque dans la Province Orientale, est la preuve même de l'absence criante de structures politico-administratives en RDC. Ils ont progressé aisément comme dans une contrée, vierge, sans être inquiétés nulle part.
Les statuts des Mbororo !
Mais pittoresque et cocasse à la fois a été la nature du débat, au cours duquel certains députés, par leurs interventions, montraient qu'ils n'étaient pas au fait des réalités et des problèmes du pays, inaptes à cerner les paramètres de la matière mise sur le tapis, peu instruits de différentes péripéties de l'histoire politique de ce pays, et de l'évolution de l'environnement international. Comment peut-on se permettre d'envisager leur rapatriement chez eux par voie de négociation avec leurs pays respectifs comme s'ils étaient des réfugiés politiques ? Comment peut-on même dire qu'ils doivent rentrer « dans l'ordre et la dignité humaine » alors qu'ils se comportent en conquérants, dominateurs et persécuteurs de la population autochtones ?
On a même révélé que les autorités administratives locales auraient recouru à leur caïd Mohamed Tchad pour les moraliser et les ramener à de meilleurs sentiments de coexistence pacifique avec la population autochtone ! Un député ne s'est pas embarrassé de scrupules pour dire que « les têtes de bétail de Mbororo étaient une fortune dont la RDC devrait tirer profit ». Selon lui, on devrait les « délocaliser et leur trouver des pâturages ailleurs que là où ils sont fixés » ! Mais « ailleurs là » c'est toujours sur le territoire de la RDC ! Il y a néanmoins des députés qui ont relevé et démoli toutes ces inepties et absurdités. « Il y a des pays avec lesquels nous sommes en bons termes comme l'Angola, mais qui chassent brutalement nos compatriotes et les dépouillent de leurs biens sans négocier avec notre Gouvernement, ni les renvoyer dans « l'ordre et la dignité humaine », a répliqué un député national, faisant allusion à l'intervention de ses collègues qui semblaient se montrer indulgents envers les Mbororo. Même le Président Vital Kamerhe est intervenu pour faire remarquer que les Mbororo étaient des envahisseurs et l'on ne pouvait se permettre de traiter leur cas avec tant de légèreté.
A part quelques développements déraisonnables et bizarres, la plupart des interventions étaient logiques et patriotiques. Leurs auteurs faisaient ressortir tour à tour les déficiences, l'incompétence, la nonchalance, et la démission du Gouvernement, comme cause des humiliations dont le pays est l'objet. Ce défoulement ostentatoire et ces envolées oratoires sont monnaie courante au Parlement lorsqu'il y a des séances plénières radiotélévisées en direct. On pérore pour amuser la galerie et se mettre en vedette. Le tout s'arrête là. On n'a pas le courage d'aller jusqu'au bout de sa logique et franchir le Rubicon. C'est ainsi que le Président de la commission, Idambituo Bakaato, répondant à toutes les interventions, s'est exclamé en ces termes : « Nous avons pris l'habitude de stigmatiser et de vilipender le Gouvernement, mais quand il s'agit de voter une motion de censure ou de défiance, nous reculons» dégonflé. A l'instigation du Président de l'Assemblée nationale, il a été décidé de creuser davantage le problème des Mbororo au niveau des Présidents de Commissions avec les Ministres de l'Intérieur, de la Défense, des Finances,du Budget, bien entendu à huis clos. Une autre variante de la stratégie « Commission spéciales et huis clos » pour les matières délicates.
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