Nord-Sud (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Mlle S.X. (lesbienne) - "L'amour entre femmes ne se raconte pas "

Issa T. Yéo

10 Mai 2008


interview

Très détendue, presque provocatrice, Mlle S est une jeune fille qui ne cache plus sa préférence pour les femmes après avoir eu deux enfants d'aventures qui ont tourné court. En attendant de convoler prochainement en justes noces avec un homme qui accepte son statut, elle trouve son plaisir avec les femmes. Contraste !

Comment êtes-vous devenue homosexuelle alors que vous avez 2 enfants ?

Je vivais avec un européen. Parallèlement, j'avais un petit gars que j'entretenais. Par la suite je me suis retrouvée enceinte et je savais que l'européen n'était pas le père, car il était impuissant. J'avais déjà des problèmes avec sa famille qui ne voulait pas qu'il se marie à une Ivoirienne. J'ai alors décidé de faire partir mon petit copain en Europe avec pour objectif de le rejoindre plus tard. Mais après son départ, mon mari s'est rendu compte de beaucoup de choses. Nous nous sommes séparés. Mais, lorsque j'ai accouché, mon petit copain m'a demandé au téléphone le teint de mon enfant. Franchement cela m'a choqué. Je peux dire que ce sont ces expériences malheureuses avec les hommes qui m'ont poussée vers les femmes. Sinon, je peux dire que j'étais homosexuelle mais je le pratiquais de manière occasionnelle, juste pour m'amuser et pendant que j'étais en ménage avec mon homme. Le déclic est venu après.

Et les premiers contacts homosexuels ?

Je ne sais pas comment ça véritablement débuté mais je sais que c'est à l'internat que j'ai eu mes premiers flirts homosexuels avec les petits attouchements entre filles. Je préfère ne pas citer le nom de l'école, ce qui est sûr c'est un établissement réputé en Côte d'Ivoire.

Est-ce à dire que les filles qui sont à l'internat sont beaucoup plus exposées à l'homosexualité que les autres?

Elles sont beaucoup plus exposées, surtout dans les internats où on ne sort qu'une fois par mois. Pour une fille qui a déjà connu un homme, la tentation est beaucoup plus grande.

Lorsque vous avez découvert que votre homme était impuissant, pourquoi ne l'avez-vous pas quitté tout de suite ?

Il y avait le matériel. Je me sentais bien avec lui, c'était quelqu'un de très compréhensif.

-Les hommes c'était donc pour des questions matérielles ?

Ma première fille, c'est par amour que je l'ai eue. J'aimais bien son père. C'est pour cela que nous avons eu deux enfants. J'ai deux enfants, la première a 12 ans et le dernier aura cinq ans en septembre.

-Quel est le regard de votre entourage quant à votre homosexualité ?

Franchement moi ça me dit peu ce que les gens peuvent penser. Tant que je tire mon plaisir, ce que les gens pensent ne me regarde pas. Mais il y a des gens qui sont réticents. Même dans le quartier où je suis venue habiter j'ai eu plein de problèmes et puis après il y a des gens qui ont été plus compréhensifs, qui m'ont approchée pour mieux me connaître.

-Est-ce si difficile d'assumer son homosexualité?

En tout cas pour moi ça n'a pas été difficile d'assumer parce que de nature je suis franche et je fais ce qui me passe par la tête. Je me suis toujours dis que ma liberté commence là où commence celle des autres. Et c'est pareil pour les autres, leur liberté s'arrête là où commence la mienne. Chaque fois que je rencontre une fille je lui demande d'assumer comme moi. Si elle pense qu'elle peut assumer ma compagnie, il n'y a pas de problème. Mes parents sont intellectuels. Ma mère a vécu longtemps en Europe donc elle connaît un peu le milieu. Quand ils ont su, ils m'ont demandé si c'était vrai. Je leur dis oui. Ils m'ont alors répondu de me cacher parce qu'ici ce n'est pas encore dans nos moeurs. C'est ma mère qui a fait beaucoup de difficultés au début, qui a mis la Bible devant.

-Quel genre de problèmes avez-vous connus ?

Des provocations. Quand je passe, les gens m'interpellaient en disant «lélé-là».

-Il y a d'autres quand même qui ont des difficultés. Est-ce que tu en connais ?

Oui il y en a beaucoup. Il y a beaucoup de filles que j'ai hébergées qui ont été rejetées par leurs parents. Il y a des filles même qui ne veulent pas que leurs parents sachent, qui ne veulent même pas que dans leur quartier on sache qu'elles sont comme ça. Elles ont été rejetées par leurs parents. Il y a aussi des filles qui s'assument librement.

-Vous détestez les hommes ?

Je ne les déteste pas mais je ne suis pas prête en ce moment à avoir une relation avec un homme. Je suis bonne amie avec des hommes, mes meilleurs amis sont même des hommes.

-Mais s'ils vous draguaient, accepteriez-vous ?

Franchement non.

-Ça ne vous intéresse pas ?

Pour le moment ça ne m'intéresse pas. Mais figurez-vous que malgré tout je me marie le mois prochain avec un homme. C'est curieux mais c'est cela.

-Comment l'avez-vous rencontré ?

Je l'ai rencontré par le biais du net et puis c'est quelqu'un qui aime bien les lesbiennes, qui connaît le milieu. Donc au fil de nos chats il a décidé de m'épouser. Je lui ai dit que ça allait mettre du temps avant qu'on ne couche ensemble, il m'a répondu que ça ne le dérangeait pas et que je pouvais prendre le temps que je voulais.

-Quand vous êtes-vous rencontrés ?

Ça va faire bientôt un an.

-Et vous n'avez jamais eu de rapports ? Comment arrive-t-il à gérer tout cela?

Il n'est même pas à Abidjan. Il vient des fois et il repart. En fait c'est un Européen. C'est avec eux que je m'entends le mieux parce que ce sont eux qui peuvent accepter cela.

-Mais à quoi ça tient, votre relation à partir du moment où il n'y a pas de sexe ?

Les relations ne sont pas seulement basées sur le sexe. C'est vrai que le sexe a une part importante mais toute relation n'est pas basée sur le sexe.

-Mais en général pour les africains, le sexe joue beaucoup

Chez les Africains quand il n'y a pas de sexe, il n'y a pas d'amour alors que chez les Blancs ce n'est pas le cas.

-Quand vous faites l'amour avec une fille, comment vous sentez-vous ?

Franchement je me sens à l'aise.

-Quelle est la différence quand vous le faites avec un homme ?

La sensualité de la femme. Et puis qui connaît mieux le corps de la femme si ce n'est la femme elle-même ?

-Mais il y quelque chose qui manque quand même ?

Non c'est une question de fixation. Je me suis déjà mise dans la tête que je me passe des hommes, donc c'est un blocage que j'ai au niveau de la tête. Le jour où j'arriverai à me débloquer, il y aura peut-être un manque et peut-être que je pourrai à nouveau aller avec les hommes. Mais en ce moment j'ai déjà ancré ça dans ma tête et je ne sens pas ce manque-là.

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