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Tunisie: «Citoyen-pollueur»?!
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La Presse (Tunis)
BILLET
11 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008
Foued Allani
«Citoyen-pollueur», un concept paradoxal, composé de deux concepts contradictoires l'un par rapport à l'autre. Car il est évident qu'un citoyen, un vrai, ne peut jamais être pollueur et vice-versa.
Et pourtant, ce concept, si paradoxal soit-il, est une réalité tangible chez nous. Et quelle réalité ! Celle où ce ne sont pas les spécimens qui manquent. Bien au contraire, ils sont légion. Laissons de côté nos quartiers avec leurs différents standings et focalisons notre attention sur le centre de la capitale.
Examinons maintenant cette nébuleuse de déchets qui donne du fil à retordre aux brigades des agents de la propreté. De quoi est-elle composée? Papiers-mouchoirs, emballages divers surtout de cigarettes, mais aussi de chewing-gums, de biscuits, de jus de fruits et de mégots.
Mais en quantité, grande, très grande. Indice édifiant que ces déchets sont l'oeuvre des passants.
Prenons alors la peine d'observer pour quelques minutes le comportement desdits passants. On jette à tour de bras tout ce qui passe par la main, alors que les corbeilles sont partout et la preuve est ainsi irréfutable. Et même si celles-ci venaient à manquer, rien n'empêche un bon citoyen de garder sur lui ces petits papiers et sachets jusqu'à ce qu'il rencontre sur son chemin une corbeille.
Le problème est donc ici un peu différent de celui observé dans les autres rues, ruelles et places de la capitale, où c'est la saleté, devenue structurelle, qui appelle la saleté. Pourquoi voulez-vous qu'un passant soit attentif à la propreté si les rues sont sales? Il y a donc un effet d'entraînement visible et une incitation claire au non-civisme, d'où ce cercle vicieux.
Poussons la réflexion un peu plus loin, SVP, pour affirmer d'abord qu'il y a un manque de civisme chez des passants. Cela est dû à quoi? A une absence de représentation de l'espace public comme propriété commune. Pire, à une tendance quasi pathologique à agresser cet espace, à le vider, à le détruire. C'est l'effet d'une quelconque réaction due sans doute à des sentiments refoulés d'exclusion. Il s'agit donc d'un conflit interne qui a traversé plusieurs générations et qui a trouvé son expression la plus visible dans le concept de «beylic». Or qui dit bey dit sujets et dit absence de biens publics. Car dans ce cas-là, les biens sont soit privés, soit beylicaux, appelés «beylic». Donc à bien distinguer de «public» car certains confondent beylic et public, croyant que le premier mot est la déformation populaire du second.
Ceci est donc une tentative de diagnostic éclair qui reste sans doute insuffisant. Mais certains symptômes doivent être aussi traités en attendant l'analyse profonde des causes. Et certains comportements peuvent être changés grâce à l'un des plus grands et importants piliers de l'éducation : la sanction. A condition que celle-ci soit juste et accompagnée de cette fonction éducative.
Les textes réglementaires pénalisant ce genre de comportements irresponsables et nuisibles étant là, il s'agit de les appliquer et d'une manière systématique et continue, caméras de contrôle à l'appui.
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Bien sûr qu'il faut accompagner cet effort d'un autre non moins important : la communication. Dire bien haut et clair que ces comportements sont néfastes, que leurs auteurs sont en porte à faux avec «tout» et que la sanction est progressive et qu'elle peut aller jusqu'à une journée de travail comme «agent de la propreté publique». Pourquoi pas?
Regardez l'enlèvement des voitures mal garées, avec tous les désagréments qu'il cause et les pénalités qu'il occasionne. N'est-il pas dissuasif?
Alors jusqu'à quand ce laisser-aller va-t-il durer? Pour la pollution par les déchets d'abord mais aussi et surtout pour la pollution par les bruits, par les comportements agressifs et déplacés, par les violences de tous genres et la liste est longue.
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