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Ile Maurice: Communalisme - Amnesty International dit non
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L'Express (Port Louis)
12 Mai 2008
Publié sur le web le 12 Mai 2008
Nazim Esoof
Port Louis
L'initiative revient à la section mauricienne d'«Amnesty International». Une campagne nationale, étalée sur trois ans, sur le thème «une pleine citoyenneté au sein de la République mauricienne». Il s'agit de faire reculer le communalisme.
Les militants des droits humains d'Amnesty International section Maurice (AISM) sont à pied d'oeuvre. Le projet est ambitieux. Mais ils ont promis de ne faire l'économie d'aucun effort. Ils veulent parler du communalisme. Ils veulent surtout que Maurice s'en débarrasse. C'est la raison pour laquelle les dirigeants du mouvement ont décidé de lancer une campagne nationale de trois ans pour lutter contre le communalisme.
Kavi Pyneeandy, président d'AISM, explique que l'initiative du mouvement prend sa source dans l'Article 1 de la Déclaration universelle des droits humains (1948). Celui-ci met l'accent sur la nécessité de sensibiliser les populations sur les dangers que représente le communalisme dans une société multiculturelle. «C'est, à ce titre, la responsabilité d'AISM, par exemple, de lutter pour la défense du droit à l'emploi sur la base du mérite. C'est notre mission de sensibiliser contre cette discrimination qui est fondée sur la couleur de peau, la culture ou la religion d'un citoyen. Ce n'est qu'un exemple. Il y a tant d'autres injustices qui sont fondées sur le communalisme. La campagne que nous organisons vise, entre autres, à débarrasser la société mauricienne de certains des fléaux qui se nourrissent du communalisme», explique Kavi Pyneeandy.
Les jeunes sont l'une des cibles principales de l'initiative d'AISM. Ils sont jeunes. Ils ont des convictions. Et ils ne veulent pas faire de compromis. Ils ont assisté à une représentation de la pièce Baraz de la troupe Sapsiway (voir encadré), jouée dans le cadre de la campagne. Ils veulent croire dans une autre île Maurice et promettent d'oeuvrer en ce sens.
Pourtant, le scepticisme est permis. L'expression «les jeunes sont l'avenir» n'est-elle pas, aujourd'hui, galvaudée ? Ces jeunes d'hier étaient également idéalistes. N'ont-ils pas, par la suite, reproduit le réflexe communaliste ?
Toutefois, les jeunes qui ont été interpellés par la campagne d'AISM estiment qu'il y a toujours un espoir de voir les choses prendre une autre tournure. «Je pense qu'on peut changer les choses. Le problème, c'est qu'on n'a pas l'encadrement nécessaire pour se protéger contre cette maladie qu'est le communalisme. A l'école, on vit avec tout le monde, indistinctement. C'est dans le monde des adultes que les réalités changent», soutient avec force Shalini Gungaram, 20 ans. «Il y a ainsi, des portes qui s'ouvrent ou se ferment parce qu'on est de telle ou telle communauté. On commence à catégoriser les gens. On joue sur leurs peurs de l'avenir. On les enferme de la sorte dans des ghettos culturels et ethniques. C'est ainsi qu'en grandissant, certains finissent par croire que seule leur communauté peut les protéger. C'est ça qu'il faut changer», poursuit cette jeune femme qui espère rejoindre les bancs de l'université de Maurice.
Tout est une question d'individu, enchaîne Deborah Jubeau, 17 ans et étudiante au collège Lorette de Mahébourg. «C'est sûr que les choses ne vont pas changer du jour au lendemain. Les jeunes doivent assumer leur responsabilité. Mais il y a aussi une part importante qui incombe aux parents. On hérite du réflexe communal des parents surtout lorsqu'il est question de politique. On vous dit de vous positionner à côté des vôtres. C'est ce noubanisme qu'il faut combattre», tonne la jeune fille.
A AISM autant que parmi ces jeunes, il s'agit désormais de surmonter une hypocrisie ambiante. Les politiques constituent l'une des cibles des jeunes. «Les politiques parlent souvent du communalisme mais ils sont ceux qui l'incarnent le plus. C'est cette rupture entre le discours et la pratique qu'il s'agit de dénoncer», fait ressortir Shalini Gungaram.
AISM a choisi d'investir son énergie dans un combat qui s'annonce épique. Le combat contre le communalisme. C'est une lutte pour sortir de l'infantilisation culturelle et intellectuelle. Ce que dit la section mauricienne d'Amnesty International n'est pas nouveau. Mais c'est la force de conviction et la fraîcheur qui animent sa parole qui sont porteuses d'espoir.
L'art au service de la cause
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La pièce de théâtre Baraz, du dramaturge et metteur en scène Gaston Valayden, a lancé la campagne d'AISM. Avec une cinquantaine de représentations, c'est l'une des initiatives majeures de la campagne. Cette pièce raconte l'histoire de deux familles mauriciennes qui vivent une relation de voisinage exécrable. Dans un langage cru et une mise en scène dépouillée, la pièce «spectacularise» une animosité fondée sur le rejet de l'Autre à cause des différences ethniques. Faisant la genèse de la pièce, Gaston Valayden explique qu'il en a eu l'idée dès un jeune âge. Il devait avoir 12 ans lorsque le pays est ruiné suite au passage du cyclone Carol au début des années 60. «On vivait alors dans de grandes cours avec des gens de toutes les communautés. On pouvait voir comment les gens s'entraidaient. A aucun moment, ils ne se sentaient différents. C'est une image qui m'a marqué et que je n'ai pas retrouvée en grandissant», confie le dramaturge.
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