Hassen Mzoughi
12 Mai 2008
Les raisons d'un flop
Le vainqueur de la Ligue des champions 2007 n'a rien pu faire pour franchir le cap du Dynamos et quitte la course, battu pour la première fois à Sousse en compétitions africaines
Nous savions l'ESS sur le fil ces derniers temps. Elle se maintenait dans un équilibre très précaire, victime d'une soudaine baisse de forme, d'une lassitude des joueurs due à des sollicitations alléchantes, d'un jeu prévisible et d'un coaching un peu trop statique quant au renouvellement des forces. Le tenant qui a tant misé sur l'Afrique a fini par chuter lourdement au terme d'une décevante sortie avant-hier à domicile.
Jeu déséquilibré
L'Etoile du Sahel s'est inclinée face au Dynamos sur les deux manches aller et retour. Elle n'avait tout simplement pas tous ses moyens pour affronter un club zimbabwéen, pourtant arrivé le jour du match vers le coup de 3 heures du matin mais qui s'est montré résolu à s'illustrer de nouveau. Les Zimbabwéens ont abandonné pour l'occasion le jeu offensif qui a fait merveille à l'aller, malgré un seul but marqué. Ils ont par contre fait preuve d'un réalisme froid en prenant l'avantage au score à la 29e minute sur la seule occasion qui s'est présentée à eux, et en parvenant à protéger cette avance sans paniquer, aidés en cela par le jeu stéréotypé de leur adversaire tout le long du match. Le jeu de l'Etoile était déséquilibré samedi avec Berradhia seul actif sur son couloir, alors que de l'autre côté, c'était presque le néant. Les Zimbabwéens l'ont compris et se sont contentés de défendre sur un seul côté. Plus, l'action du but est venue du côté gauche de la défense de l'Etoile. ll faut, par ailleurs, relever les carences de l'entrejeu et de l'attaque notamment quand il fallait soit poser le jeu soit opérer par des changements de rythme.
3 matches, aucun but
Les Etoilés n 'ont pas à chercher de faux fuyants tels que par exemple la fatigue ou la malchance. La malchance ne peut être invoquée dans la mesure où l'ESS est restée muette (0 but marqué ) lors des trois derniers matches contre EGSG ( 0-0) et Dynamos (0-1 et 0-1). La fatigue s'est dèjà installée à la sortie de la Ligue des champions et de la Coupe du monde des clubs, mais l'encadrement n'a pas pris les devants pour contourner les complications. Le problème est donc arrivé après d'autres difficultés relatives à la gestion de l'effectif et les choix de Marchand. En fait, c'est la suite logique de ce que l'on a vécu depuis le retour du Japon. Surtout pour ce qui concerne les joueurs clés. On pensait pourtant qu'on allait " récupérer" l'équipe de manière à ce que la phase cruciale de la saison en termes de résistance, de stress, voire de saturation, puisse se dérouler dans des conditions optimales.
Les premiers signes
Les premiers signes sont apparus dès le match retour (21e journée) contre le ST gagné 1-0 dans les ultimes minutes. Depuis, la marche de l'équipe n'a pas été d'une constance idéale, notamment contre le CA à Sousse (2-2) ou encore face à l'ASM (malgré la victoire) et tout récemment devant EGSG dont le résultat nul aura permis à l'ESS de garder ses chances intactes dans la course au titre. Sans oublier le 3-0 ramassé au tour précédent de la Ligue des champions.
Entre-temps, l'ESS s'est laissé rattraper par le CA à la première place. Une question se pose tout de même: avec un effectif aussi pléthorique et offrant plusieurs solutions de rechange, pourquoi l'ESS n'est-elle pas arrivée à faire la différence en tête du classement par rapport à un CA qui affiche, en termes de moyens humains, moins d'atouts que son concurrent ?
Pas de leader
Contrairement au CA qui possède des leaders en les personnes de Ouertani, Ben Yahia ou encore Dhaouadi et Mouihbi, capables d'emballer l'équipe et d'apporter des variantes dans le jeu, l'ESS, elle, présente certes un groupe consistant mais sans véritable tête pensante, sans un meneur à même d'imprimer la cadence et surtout de temporiser quand les choses ne tournent pas rond. Plus, en l'absence d'un turn-over et de variantes dans le schéma qui auraient allégé le fardeau sur des joueurs trop sollicités et apporté l'effet de surprise, le jeu de l'ESS est devenu plutôt prévisible et donc facile à contrecarrer...
Marchand n'a jamais tenté de remédier à cette carence en maintenant pratiquement les mêmes joueurs dans tous les matches et face à tous les adversaires. On en a eu une nouvelle preuve avant-hier contre Dynamos qui s'est contenté de remballer les balles adverses. Et si l'on ajoute, pour expliquer cette déconcentration-démobilisation, l'envie chez certains joueurs de changer d'horizon, on comprend ce fléchissement surtout mental de l'équipe. La situation aurait dû interpeller l'encadrement technique et l'entourage du club afin d'anticiper les difficultés. Ne dit-on pas que gérer c'est prévenir?
Visages tendus
Avant-hier, la tension était visible sur les visages des joueurs. Et une fois le but encaissé, ils n'ont pas pu refaire leur retard, comme s'ils avaient deja abdiqué, mais l'essentiel c'est que Marchand n'a pas encore une fois été capable de changer les choses.
En tout état de cause, nous croyons qu'il n' y a pas péril en la demeure étoilée.
L'équipe est coleader, elle a son destin en main et suffisament de potentiel technique encore pour remporter un second titre.
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