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Côte d'Ivoire: Touré Moussa "Zéguen" - "Mon arrestation est un avertissement à tous les patriotes ivoiriens "
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Le Nouveau Réveil (Abidjan)
INTERVIEW
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008
Touré Moussa, plus connu sous le nom de Zéguen, s'est distingué pendant les heures de braise de la lutte patriotique (septembre 2002-fin 2005, début 2006).
Fin 2002, il crée, en compagnie de Jean-Claude Groguhet - aujourd'hui dans le couloir de la mort - le GPP, le Groupement des patriotes pour la paix. L'action de ces patriotes "kamikaze" contribuera à maintenir l'équilibre de la terreur au niveau d'Abidjan et des grandes villes de l'intérieur face à une rébellion rapace qui étalait ses tentacules dans la partie gouvernementale de la Côte d'Ivoire. Arrêté vers fin mars dernier par le CeCOS (Centre de commandement des opérations de sécurité, une unité spéciale mixte police-gendarmerie dirigée par le général de Gendarmerie George Guiai Bi Poin et en charge de lutter contre le grand banditisme et la criminalité dans le District d'Abidjan) puis jeté à la MACA, Touré Moussa Zéguen est en liberté provisoire depuis le 15 avril. Environ un mois après sa sortie de prison, c'est la première fois qu'il s'adresse à un média.
Zéguen, comment vous portez-vous depuis votre sortie de prison ?
(Un peu amaigri et visiblement affaibli) Bon, je suis en train de résister, mais il faut dire que je ne me porte pas encore très bien. Déjà, je suis sorti de prison avec trois côtes cassées qui ne sont pas encore soudées. Ensuite, je continue de soigner un palu qui s'est abattu sur moi, en plus d'un rhume aigu que j'ai contracté avec toutes les odeurs de là-bas (NDLR : La Maca, Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan). Mais je peux marcher, Dieu merci, et j'ai le moral ; c'est cela l'essentiel. Je me porte mieux. Pouvez-vous nous expliquer un peu ce qui s'est passé ? On ne comprend pas très bien...
Moi-même je ne comprends pas bien, et je n'ai pas encore fini de comprendre. Donc je ne peux pas expliquer parfaitement quelque chose que moi-même je ne comprends pas très bien. Ce qui est clair, c'est que j'ai été arrêté par le CeCOS et vous avez entendu récemment le général Guiai Bi Poin faire des déclarations là-dessus Où et quand avez-vous été arrêté ? Décrivez-nous un peu dans quelles conditions vous avez été arrêté.
J'étais au marché d'Anono en train de faire le marché avec ma femme. C'était le 20 mars, c'était un jour férié. Comme j'ai beaucoup d'amis au CeCOS qui ont l'habitude de me solliciter pour les aider ou bien qui viennent me consulter par rapport à un certain nombre de choses, c'est comme ça qu'ils sont passés par un ami du CeCOS qui m'a appelé pour me dire que le patron voulait me voir. Il m'a fait savoir qu'il ne connaissait pas tous les détails mais il m'a dit que le patron voulait me voir. Donc, dans mon esprit, c'était comme d'habitude ; quand ils ont des problèmes ils me consultent. J'ai dit : " Comme en ce moment je n'ai pas de voiture, venez me chercher au marché ". C'est ainsi que je me suis rendu dans leurs locaux situés derrière le Lycée Classique et c'est comme cela que ça s'est transformé en arrestation.
Aussi simplement que cela ?
Oui ! D'abord, ils m'ont fait tourner dans une sorte d'interview. Ils m'ont questionné pour savoir pourquoi ces derniers temps je ne parlais pas, quelle est la situation sécuritaire, qu'est-ce qui se passe au niveau des patriotes, qu'est-ce que je pense de la situation du pays, etc. C'est autour de ça d'abord qu'ils m'ont fait tourner. Et puis ils m'ont dit : " Comme on doit aller te déposer, passons d'abord à l'Ecole de Gendarmerie (située à Cocody, sur la route de Bingerville) pour prendre du carburant ". C'est arrivé à l'Ecole de Gendarmerie qu'ils m'ont laissé au parloir. Ils m'ont dit qu'ils arrivaient, et c'est comme ça que les gendarmes sont venus m'enfermer pour me dire que c'est une garde à vue.
Comme ça ?
Oui, comme ça.
Vous étiez toujours avec votre femme ?
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Non, je l'ai laissée au marché. Pour moi, je partais travailler comme d'habitude avec mes gars ; j'ai beaucoup d'amis là-bas. Donc je me retrouve à l'Ecole de Gendarmerie jusqu'au lendemain, le 21 mars. Et c'est maintenant qu'on vient me faire une audition, et qu'on m'informe que je suis mêlé à une affaire d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Et aussi que j'ai des jeunes à qui j'ai distribué des armes dans la ville et qui braquent et qui viennent me rendre compte ; j'ai des millions, etc. J'ai dit : "Mais quelqu'un qui a de l'argent à ce point, on peut mener une enquête ! Notre Etat est quand même un Etat sérieux ! Quelqu'un qui mène des activités subversives de ce genre, certainement qu'il doit avoir de l'argent à distribuer ! Vous pouvez aussi savoir son niveau de vie. Moi, j'ai quoi ? Moi-même, ça fait près d'un an que je n'ai pas de voiture. Ou bien vous voulez vous moquer de moi ? Quand vous dites que moi je braque, avez-vous déjà arrêté un braqueur ou un voleur qui vous a dit que c'est moi qui l'ai envoyé ? Et même si on vous dit cela, nous sommes dans un Etat sérieux ; vous ne pouvez pas mener des enquêtes ? Vous savez très bien que je ne suis pas dans ce genre de choses". Mais je me suis dit que toutes ces accusations, c'est de la pure distraction ; j'ai à peu près une idée d'où ça peut venir. Moi je n'ai pas d'ennemis, ça vient forcément de notre propre camp. Je n'en dirai pas plus.
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