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Tunisie: Lettre à Cécile Yllka ou la naissance d'un livre


La Presse (Tunis)
 

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La Presse (Tunis)

12 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008

Gisèle Seimandi

Tunis le 3 mai 2008

Ma chère Cécile,

L'été tardif a fait place à l'automne. Dans la cour, les feuilles du tilleul quittent leurs branches, détachées par le vent violent comme des feuilles arrachées à un cahier. Tu rentres d'un voyage à Tetovo. Nous sommes en octobre 2005. Tu reviens et le silence de ton absence est rompu. Nous reprenons notre correspondance quotidienne.

Tu me dis avoir croisé une femme à l'aéroport. Tu étais en transit. Alors que tes yeux flânaient dans les vitrines des boutiques, ton regard fut attiré par une jeune inconnue. Regard qui la suivit jusqu'au bout du possible dans le couloir qu'elle empruntait.

Je pense que, dès cet instant, ton roman est né.

Nous savons tous ton attachement à la Tunisie et à ses enfants. Attachement que je partage depuis que nous nous connaissons, depuis que nous sommes jumelles. Les femmes dans tes romans sont tunisiennes. Dans le quatrième, Plus loin que la nuit, tu as entamé une démarche, celle d'aller vers d'autres cultures, d'autres horizons.

Je sais que ce n'est pas une trahison, juste ce que veulent tes chemins d'écriture. L'une de tes héroïnes, May, est britannique. Sa vie est à Helsinki. Je t'incite à aller plus loin et la collection « Eclats de vie » qu'Elisabeth Daldoul te propose est un cadre de qualité pour te recevoir.

Les semaines passent. Tu me reparles de l'inconnue de l'aéroport, de ton projet, puis de tes idées qui naissent sur le papier. Tu me dis quelques bribes mais sans trop révéler. Ton texte t'appartient, tu ne le laisses pas s'échapper. Tu retiens cette femme au bout de tes doigts.

C'est plus tard que tu me livres son histoire qui se déroule dans les Balkans lorsque tu m'envoies le manuscrit terminé. Je te lis.

Aujourd'hui, je t'écris depuis un aéroport, celui de Tunis-Carthage. Je suis chargée de romans achetés à la Foire du livre. Je suis assise dans la salle d'embarquement. Je regarde le mouvement autour de moi. En particulier celui des femmes. Je pense à l'héroïne de ton dernier livre qui paraît ces jours-ci aux éditions Elyzad.

Et dans la résonance de la salle d'embarquement, je sors de mon cartable Le café d'Yllka. La sobriété de la couverture de ce petit livre reflète déjà l'élégance de ton écriture. Et l'ombre de la mosquée de Tetovo ne dévoile pas encore le mystère de ton récit. Il faut l'ouvrir pour en découvrir la trame.

Je suis arrivée tôt à l'aéroport. J'ai le temps. Alors je te (re)lis.

Je t'embrasse.

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Gisèle Seimandi



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