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Afrique: Agamaka Baza-Mata - «Nous avons notre propre culture et exploitons-la pour notre propre développement»


Le Potentiel (Kinshasa)
 

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Le Potentiel (Kinshasa)

INTERVIEW
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008

Freddy Mulumba Kabuayi
Kinshasa

Agamaka Baza-Mata est un écrivain congolais (RDC), qui défend ardemment la cause de la culture africaine. Il vient d'en consacrer un ouvrage. Cette Afrique, il la porte tellement dans son être que, parfois, certaines de ses vérités sont dures et d'autres, tellement pures et claires, sont reçues comme une offense par les personnes à qui elles sont adressées. Il se confie au Potentiel.

Vous venez de publier un ouvrage intitulé « Afrique. Le diagnostic d'un revenant », voulez-vous nous donner les motivations qui sont à la base de cette publication ?

Je suis Congolais et j'ai grandi comme tout autre jeune congolais. J'ai pris la première communion comme tout le monde et à la catéchèse on nous enseignait que la communion était sacrée. Mais, à l'âge de douze ans, j'ai promis d'apporter la communion à un ami. C'était un dimanche lorsque le prêtre m'a posé la communion sur la main, je l'ai empochée.

Arrivé à la maison, lorsque je l'ai sortie de la poche, c'était la catastrophe : tout le monde a crié pour me demander comment j'avais osé apporter le corps du Christ à la maison. Un autre fait, c'est dans les années 1970. Il y avait une chanson intitulé «Nakomitunaka» (Ndlr : je m'interroge ou je me pose des questions).

La sortie de cette chanson a provoqué un bouleversement dans le monde du clergé catholique et même des chrétiens en général, au point que les statuettes qui représentaient les saints blancs étaient peintes en noir, pour représenter les saints noirs. Avec plus de recul, j'ai compris que l'histoire du christianisme était une affaire de mercantilisme, conçue juste pour nous dominer. C'est donc ces deux éléments qui m'ont motivé pour écrire ce livre.

Voulez-vous que les Noirs puissent rompre avec les religions venues d'ailleurs et reviennent à leurs sources ?

Après avoir mené certaines recherches, j'ai compris que chaque fruit dépend de l'énergie qui émane de ses racines. C'est la symbolique de l'arbre que j'ai présentée dans mon livre. J'ai trouvé que nous, Africains, nous avons nos racines et pour qu'un fruit soit délicieux il faudra que ses racines l'alimentent régulièrement.

Par rapport à notre vie humaine, la racine ce sont les esprits de nos ancêtres qui sont partis. Malgré qu'on ne les voit pas, les ancêtres constituent pour nous les racines qui alimentent la sève. C'était donc pour moi une nécessité de mettre au clair cette réalité afin que nous soyons connectés à nos racines et que nous ayons également de bonnes sèves émanant de nos ancêtres.

Vous utilisez là un langage d'initiés, pouvez-vous aller plus loin ?

C'est vrai que ce n'est pas facile à comprendre étant donné que nous sommes allez trop loin dans notre voie vers le développement que nous souhaitons aujourd'hui. La question que je me pose aujourd'hui est de savoir si nous avons choisi la bonne direction. Je ne crois pas parce que nous avons tourné le dos à nos propres racines, à nos coutumes et à notre culture. Ce qui fait que nos n'allons pas recevoir la bénédiction des esprits protecteurs de nos ancêtres.

Le constat est que la plupart des écrits des Africains n'atteignent pas les intellectuels. Quel public avez-vous visé et qu'avez-vous fait pour faire passer votre message ?

J'ai écrit ce livre l'année dernière. La première chose que j'ai faite, vous trouverez en page 57-58, une lettre ouverte à nos dirigeants pour qu'ils puissent quand même jeter un coup d'oeil sur ce travail qui m'a pris pratiquement 23 ans de réflexion. Ça a valu mon déplacement personnel à Addis-Abeba en Ethiopie, au siège de l'Union africaine, où j'ai déposé, le 26 juillet 2007, 54 exemplaires équivalant au nombre d'Etats africains membres.

J'ai adressé une lettre à chaque chef d'Etat du continent afin qu'il puisse lire cette réflexion. Lors de la présentation du livre, j'ai lancé un appel à nos dirigeants de jeter un coup d'oeil sur la Conférence de Berlin. Je propose de trouver un moyen d'effacer ce qui a été décidé à Berlin et voir comment convoquer une grande conférence panafricaine pour réfléchir sur la traite négrière, la colonisation et aujourd'hui le néocolonialisme, pour pouvoir façonner une Afrique nouvelle pour le bien-être des Africains.

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Un tel projet n'est-il pas utopique lorsque l'on sait que la plupart des dirigeants africains sont soutenus par ces puissances néocolonialistes ?

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