Tchad: Salet passé par pertes et profits
Le Pays (Ouagadougou)
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008
Morin Yamongbe
Idriss Deby Itno a le remède pour calmer son opposition: l'inviter à la soupe. Et une fois de plus, comme dans d'autres républiques bannières où la politique sert de courte échelle pour se faire une place au soleil, le coup a marché au Tchad. Alors que tous les regards sont tournés vers N'Djaména qui éprouve du mal à expliquer la disparition du leader de l'opposition démocratique, Ibni Oumar Mahamat Salet, depuis le 2 février 2008, des opposants tchadiens ont rejoint avec armes et bagages, le pouvoir. Pourtant, qui mieux que les opposants, était en mesure de mettre la pression sur le régime de Deby afin que la lumière soit faite sur la disparition d'autres opposants dont Mahamat Salet ? Qui plus que les opposants, pouvait ... s'opposer à la dérive monarchique du pouvoir Deby dont le mode d'emploi est la répression ? Les opposants tchadiens dont Abdelkader Wadal Kamougué, actuel ministre de la Défense, qui ont rejoint l'équipe gouvernementale de Youssouf Saleh Abass, lui-même ex-rebelle, viennent de faire la preuve que seuls comptent pour eux, les intérêts personnels. Faut-il s'en étonner dans une Afrique où les politiciens dans leur majorité sont sans idéal, sans principe et sans conviction ?
Du reste, gagnés par le fatalisme et écrasés par la machine sans pitié des pouvoirs dictatoriaux ayant en horreur l'alternance, les peuples africains n'attendent plus qu'un clin d'oeil du destin. Surtout quand ces "présidents ad aeternam" ont la protection aveugle de leurs parrains étrangers. N'ayant plus aucune voie de salut, les opposants sont contraints d'abdiquer et de se retrouver dans le camp d'un pouvoir qu'ils légitiment parfois à leur corp défendant.