Freddy Monsa Iyaka Duku
13 Mai 2008
Kinshasa — Après Ngurdoto à Arusha, c'est maintenant le tour de Dar es-Salaam d'abriter le sommet des chefs d'Etat de la République démocratique du Congo et de l'Ouganda. Entre les deux sommets, il y a eu bien sûr la réunion de la grande commission mixte des deux pays qui s'est tenue à Kampala.
Trois rencontres en l'espace de sept mois sans oublier les séances de travail des experts, voilà qui fait penser à la pertinence des questions à discuter. Des sommets au goût du pétrole, celui du Lac Albert dont l'exploitation par la RDC et l'Ouganda provoque déjà des remous et des tensions.
Dar es-Salaam vient d'abriter le sommet des présidents de la République démocratique du Congo et de l'Ouganda : Joseph Kabila et Yoweri Museveni. Et ce sous les auspices du président Jakawa Kikwete, président de la Tanzanie. Le chef de l'Etat tanzanien est également président en exercice de l'Union africaine, membre de la « troïka » de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
Avec ses trois casquettes, il est appelé à assumer un rôle de premier rang dans les initiatives de paix, de sécurité et de développement de l'Afrique. C'est à ce titre, en septembre 2007, qu'il avait réuni à Arusha, précisément à Ngurdoto, les présidents congolais et ougandais. Au terme des accords de Ngurdoto, les deux chefs d'Etat avaient convenu de redynamiser leurs relations bilatérales, tant sur le plan sécuritaire, diplomatique, économique que social dans l'intérêt réciproque de leurs peuples respectifs.
D'où l'essentiel de l'Accord de Ngurdoto qui a privilégié la mise en exploitation des gisements miniers et des réserves pétrolières ainsi que la neutralisation des groupes armés qui constituent un véritable obstacle au développement de la région. Lors des travaux de la grande Commission mixte de décembre 2007, les ministres de deux pays se sont attardés longuement sur toutes ces questions avec un accent particulier sur la création d'une « Zone d'intérêt communs » pour l'exploitation commune du pétrole du Lac Albert.
Pétrole : Une question capitale
Il est vrai que depuis la réunion de la grande Commission mixte de Kampala, les choses ne semblent pas évolués comme on l'aurait souhaité. Il y a d'abord des questions liées à la sécurité le long des frontières. Aujourd'hui, le désarmement des éléments de la LRA se pose avec acuité. Pas plus tard qu'il y a de cela deux mois, il était question de procéder à la signature d'un accord de cessation d'hostilités à Juba, au Sud Soudan.
Malheureusement, le chef de la LRA, Joseph Kony, ne s'y était pas rendu, suscitant la colère de Museveni qui a menacé de s'appuyer sur la manière forte pour en finir avec cette rébellion ougandaise. Il entendait user de son droit de poursuite, auquel cas, recourir à la collaboration de la RDC et du Soudan pour neutraliser Joseph Kony.
Le Soudan ne soutient nullement cette proposition et le Congo craint que l'armée ougandaise ne revienne officiellement en territoire congolais, avec tous les risques de commettre d'autres exactions. Entre-temps, des incidents se sont multipliés le long de la frontière commune entre les deux pays, en plus de la présence nuisible des « Mbororo ».
D'autre part, l'on assiste presqu'à un déballage entre le ministère des Hydrocarbures et la Société Tullow Oil, l'une des entreprises pétrolières disposées à collaborer, avec Heritage Oil, dans l'exploitation du pétrole du Lac Albert. Toutes ces tergiversations dérangent le gouvernement ougandais qui, selon certaines sources, aurait déjà commencé à exploiter le pétrole du Lac Albert.
Ce qui ne surprendrait personne si cette information s'avérait vraie, car ce « pétrole est considéré comme une manne pour le président ougandais. C'est une question de vie ou de mort pour lui ». Car, il entend matérialiser un vaste programme social afin de développer son pays à travers de grands travaux de construction immobiliers et routiers.
Mais aussi un ambitieux programme national agricole en chantier. Ce qui explique cette importante rencontre internationale qui s'est déroulée au mois de mars 2008 à Kampala visant à dégager les stratégies de la politique agricole en Ouganda.
A l'image de l'île de Bakassi qui oppose le Nigeria au Cameroun, à cause justement du pétrole, celui du Lac Albert risque de poser les mêmes problèmes entre le Congo-Kinshasa et l'Ouganda. Le gouvernement ougandais envisage de construire une raffinerie et une pipeline jusqu'à Mombassa, au Kenya, pour la commercialisation de ce pétrole.
L'Ouganda est également intéressé au renforcement du commerce frontalier entre les deux pays par la mise en valeur des gisements de l'or en RDC, mais aussi à la construction d'un barrage électrique en Ouganda qui desservirait la partie orientale congolaise en énergie électrique. Autant d'opportunités économiques, une fois bien structurées et concrétisées, permettront aux deux pays d'améliorer les conditions sociales de leurs populations. Du moins, l'Ouganda y croit fermement.
Voilà pourquoi les questions sécuritaires, touchant les activités des groupes armés demeurent une priorité. Des décisions doivent impérativement être prises à ce sujet pour qu'il n'y ait plus d'obstacles dans l'exploitation et la commercialisation des produits pétroliers et miniers. Les discussions entre les deux chefs d'Etat tournent autour de ces deux points économiques majeurs. Le désaccord conduirait à des situations complexes ou inextricables, c'est selon, mais aux conséquences imprévisibles.
Communiqué conjoint sanctionnant la fin du sommet de Dar Es-Salaam
Sur invitation de leur Homologue, son Excellence Monsieur Jakaya Mrisho Kikwete, président de la République Unie de Tanzanie, leurs Excellence Messieurs Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo et Yoweri Kaguta Museveni, président de la République de l'Ouganda, ont eu une rencontre au Sommet le 11 mai 2008 à Dar Es-Salaam, en Tanzanie.
Cette rencontre s'inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre de l'Accord de Ngurdoto/Tanzanie signé le 08 septembre 2007 lequel prévoit des consultations régulières au Sommet pour en assurer le suivi et l'évaluation.
Avant d'aborder les questions d'intérêt bilatéral, cette rencontre a connu dans sa phase introductive la participation de son Excellence Monsieur Jakaya Mrisho Kikwete, président de la République Unie de Tanzanie et président en exercice de l'Union Africaine, qui a examiné avec ses Homologues les questions d'intérêt Régional.
Au cours de leur entretien, les deux chefs d'Etat ont noté avec satisfaction les progrès enregistrés dans la mise en oeuvre de l'Accord de Ngurdoto. Ils se sont félicités de la tenue de la 5ème Session de la grande Commission Mixte à Kampala du 12 au 15 décembre 2007, ainsi que des différentes rencontres sectorielles convenues au niveau de des responsables de leurs deux Gouvernements.
A cet effet, les deux chefs d'Etat se sont mis d'accord d'examiner la possibilité d'élever le niveau de représentation diplomatique au rang d'Ambassadeur.
S'agissant de la démarcation de la frontière, ils ont également noté avec satisfaction que la Commission mixte d'experts chargée de cette question a déjà tenu deux réunions dont l'une à Bunia et l'autre à Entebe et a effectué sur terrain une mission de reconnaissance et pour l'évaluation du budget.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.
Read comments. Write your own.