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Tunisie: 2008, Année nationale de la traduction


La Presse (Tunis)
 

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La Presse (Tunis)

12 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008

Habib Jegham et Ridha Bourkhis

Entretien de Habib Jegham avec l'écrivain Mahmoud Messadi

«Une culture ne peut être vivante qu'en s'ouvrant aux cultures des autres »

L' écrivain Mahmoud Messadi, que les connaisseurs de la littérature tunisienne considèrent comme notre monument littéraire national le plus important, nous a quittés, il y a maintenant presque 4 ans. Mais à l'instar de tous les écrivains et artistes, vrais et grands, il n'est pas vraiment mort :

dans les livres comme dans la recherche universitaire, dans les conférences, dans les hommages et dans les cours des lycéens et étudiants, son génie créateur et sa langue entre toutes belle continuent à vivre et à le faire vivre indéfiniment, par-delà la mort, dans une lumineuse postérité largement méritée.

Auteur surtout de deux essais majeurs Essod (le Barrage) et Hadatha Abou Houraïra Qâl (Ainsi parlait Abou Houraïra) qui ont fait date dans la littérature arabe, Mahmoud Messadi dont on a publié en 2003, grâce aux soins du professeur Mahmoud Tarchouna, les oeuvres complètes, en quatre grands volumes, ne semblait compter que sur sa littérature pour communiquer avec ses lecteurs et ses critiques. Contrairement à beaucoup d'autres, il n'était pas féru d'interviews qu'il n'accordait que rarement. Rarement il a accepté de parler de sa vie personnelle, de son village, de son enfance, de son père, de ses études et de son long parcours vers la création littéraire et vers la notoriété.

Producteur à la Radio nationale tunisienne, Habib Jegham, a réussi, lui, à le faire parler longuement, quelques années avant sa disparition, sur les ondes de cette radio, où il répondait à ses multiples et subtiles interrogations avec une humilité et une courtoisie exemplaires dignes du grand homme qu'il était et qui n'avait plus rien à prouver.

Jugeant cette interview très utile aux lecteurs et critiques de la littérature de Messadi, mais aussi aux élèves et étudiants qui l'étudient en classe, nous l'avons transcrite et traduite de l'arabe et nous vous la donnons à lire.

Professeur Mahmoud Messadi, soyez le bienvenu à mon émission. Nous sommes très honorés de vous écouter.

Moi aussi je suis honoré de cette rencontre avec les auditeurs et les enfants de mon pays. Et c'est une joie pour moi que de me sentir en bonne relation avec mes frères, mes concitoyens.

Alors professeur Mahmoud Messadi, vous êtes né en 1911, vous avez étudié à l'école primaire de Tazarka et vous avez obtenu le certificat d'études primaires pour passer à

Au Collège Sadiki. J'ai passé entre l'école primaire et le collège quelque chose comme douze ans. J'ai obtenu ensuite le baccalauréat avant de commencer mes études supérieures en France, à la Sorbonne.

Et votre père en tant que chef de famille voulait-il pour vous cette voie que vous avez choisie et qui est l'étude des lettres et de la philosophie? Son voeu n'était-il pas plutôt de vous voir médecin, ingénieur ou avocat ?

Quand je me souviens de mon père, j'ai une pensée pieuse et bienveillante pour lui. Cela est la moindre des reconnaissances. Mais lorsque je remonte le temps et que je pense à ces années où mon père s'occupait de moi et m'élevait, je constate encore que je lui dois tout, non pour ce qui relève de la matière, mais pour ce qui est de l'âme qu'il m'a insufflée dont je lui suis reconnaissant ; et pour dire cette reconnaissance, j'ai dédié à sa mémoire mon ouvrage le plus cher Haddatha Abou Houraïra Qal

Et votre mère, quelle place tient-elle dans votre pensée ?

Ma mère a dans mon coeur la même place que mon père.

Lorsque vous avez quitté Tazarka pour vos études, est-ce que vous avez continué à y retourner de temps à autre ?

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Je suis resté en relation continue avec mon village où je retourne régulièrement pour rendre visite à mes parents. Et pour mieux m'attacher à mon village, mon père m'a demandé d'exploiter un petit lopin de terre de 1.000 m2 et m'a conduit à en annexer d'autres qui m'ont permis d'avoir un «ranch» où il m'a appris à aimer le travail créatif et constructif. Et même après la mort de mes parents, je continue à aller régulièrement dans mon village.

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